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Montréal s'apprête à accueillir le Congrès mondial des entendeurs de voix

La toile de Carlisle Boivin «Unis pour les ondes» a été choisie pour illustrer le 11e Congrès mondial des entenderus de voix. L'œuvre représentant la population du monde s’unissant pour parler d’un sujet encore tabou.

La toile de Carlisle Boivin « Unis pour les ondes » a été choisie pour illustrer le 11e Congrès mondial des entendeurs de voix. L'œuvre représente la population du monde s’unissant pour parler d’un sujet encore tabou.

Photo : Carlisle Boivin

René Saint-Louis

Un événement particulier aura lieu en début de semaine à Montréal : il s'agit du Congrès mondial des entendeurs de voix. Pour l'occasion, les intervenants de différents groupes d'aides pour les gens qui entendent des voix ou qui souffrent d'hallucinations visuelles seront réunis.

Présent dans plus de 30 pays, le Mouvement des entendeurs de voix est de plus en plus populaire au Canada. Seulement à Montréal, on compte une quinzaine de groupes de soutien, dont celui du Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel (CAMÉÉ).

Implanté dans l'arrondissement Montréal-Nord, le CAMÉÉ est un groupe d'entraide en santé mentale fondé et géré par des personnes psychiatrisées et ex-psychiatrisées. Depuis 2009, un groupe d'entendeurs de voix y a vu le jour – l'un des premiers au Québec. Le groupe se réunit une fois par semaine.

Le directeur du CAMÉÉ, Jean-Nicolas Ouellet, explique que l'objectif est d'inciter les gens à parler ouvertement des voix qu'ils entendent ou encore des hallucinations qu'ils subissent.

Les participants viennent chercher des stratégies, ils viennent chercher une solidarité avec d'autres gens. Ils viennent aussi essayer de donner du sens à leur expérience. Il y a une recherche de sens là-dedans que le diagnostic ne donne pas nécessairement. Les gens qu'on va aller voir au congrès, ça fait partie d'une quête qu'ils ont : donner du sens à leur expérience qui n'est pas comme les autres.

Jean-Nicolas Ouellet, directeur du Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel de Montréal-Nord

Lorsque Jean-Nicolas Ouellet parle de diagnostic, il fait référence tout d'abord à la schizophrénie. Plusieurs personnes qui fréquentent les groupes d'entendeurs de voix ont reçu un diagnostic de schizophrénie ou encore de maniaco-dépression. M. Ouellet tient cependant à préciser que ces gens ne sont pas les seuls à entendre des voix.

Quelqu'un qui vit une solitude extrême, par exemple les grands navigateurs et les grands alpinistes, risque aussi d'entendre des voix, raconte Jean-Nicolas Ouellet. Voilà pourquoi, selon lui, entendre des voix n'est pas uniquement le symptôme d'une maladie.

Le directeur du CAMÉE est fier que le Congrès mondial des entendeurs de voix ait choisi Montréal pour sa 11e édition. Jusqu'à maintenant, les rencontres s'étaient surtout tenues dans des villes européennes, une seule fois aux États-Unis et une fois en Australie.

Le mouvement est plus connu dans le monde anglo-saxon, où il porte le nom Intervoice : The International Hearing Voices Network.

Apprivoiser ces voix

Kevin Gagnon et Julie Rivard, qui fréquentent tous deux le CAMÉÉ, comptent bien y participer. Kevin entend des voix et Julie a souffert par le passé d'hallucinations visuelles.

Kevin est curieux de rencontrer des personnes qui viennent d'autres pays et qui vivent la même chose que lui. Il veut aussi découvrir les ressources dont ils disposent pour apprivoiser ces voix.

Le directeur du Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel, Jean-Nicolas Ouellet, l'intervenant Julie Rivard, et Kevin Gagnon qui participe aux rencontres des entendeurs de voix à Montréal-Nord

Le directeur du Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel, Jean-Nicolas Ouellet, l'intervenant Julie Rivard, et Kevin Gagnon qui participe aux rencontres des entendeurs de voix à Montréal-Nord

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Julie, de son côté, cherche aussi des façons de mieux vivre avec des voix intérieures ou des hallucinations.

La jeune femme, qui n'a pas eu d'hallucinations depuis plusieurs années et qui est maintenant intervenante au CAMÉÉ, se demande quelles sont les dernières innovations et la dernière documentation disponible.

Il y en a qui vivent très bien avec leur voix ou avec les hallucinations visuelles. Il y en a d'autres pour qui c'est plus difficile. L'objectif est de trouver une stratégie de contrôle pour ne pas être dominé par les voix, même si on ne peut pas les enrayer. On ne peut pas promettre à une personne que cela va disparaître, mais on peut l'aider à mieux vivre avec.

Julie Rivard, intervenante au Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel de Montréal-Nord

Julie Rivard n'en revient pas du progrès accompli ces dernières années en raison de la levée du tabou sur les hallucinations auditives, visuelles et sensorielles. Maintenant, dit-elle, les gens viennent la voir spontanément pour avoir des conseils pour calmer leurs hallucinations.

Le Réseau des entendeurs de voix québécois accueille le congrès mondial avec l'aide de l'Association québécoise pour la réadaptation psychosociale. Cette association qui regroupe 400 membres individuels et corporatifs, en profitera pour tenir son 19e colloque annuel sous le thème Innovations et pratiques émergentes.

La chargée de projet pour l'organisation du congrès, Sandrine Rousseau, souhaite que les services offerts par les 35 groupes d'entendeurs de voix répartis à travers le Québec soient reconnus comme étant complémentaires à l'offre de service en santé mentale. Elle souligne que le fait de parler librement de leur réalité permet aux gens qui entendent des voix de cesser de se sentir stigmatisé ou encore de s'auto stigmatiser.

Des participants de sept pays et de trois provinces canadiennes sont attendus. Le fondateur du mouvement, le psychiatre hollandais Marius Romme, ouvrira le congrès, qui doit se dérouler du 11 au 13 novembre.

Pour consulter le programme complet du Congrès mondial des entendeurs de voix et du colloque de l'Association québécoise pour la réadaptation psychosociale. (Nouvelle fenêtre)

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