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La fierté de servir son pays mise à rude épreuve

Une victime de la purge au sein des Forces armées canadiennes et sa famille font la paix avec le passé.

Le grand-père de Diane Doiron a quitté sa femme et ses huit enfants pour accomplir son service militaire lors de la Seconde Guerre mondiale.

Photo : Radio-Canada / Guy R. LeBlanc

Marielle Guimond

Le temps est maussade et semble s’être arrêté l’espace d’un instant au cimetière du village d’Escuminac, au Nouveau-Brunswick. En ce jour du Souvenir, Diane Doiron fait un pas de plus vers la réconciliation avec un douloureux passé qu’elle a longtemps gardé sous silence.

Bravant le froid humide de l’automne, l’ancienne combattante dépose un coquelicot sur la pierre tombale de son défunt grand-père qui a servi lors de la Seconde Guerre mondiale.

Lui, il s’est battu pour que le pays soit sauvé et libre, mais il n’a pas pu m’aider. Mon oncle a fait la même chose. [...] Je lui ai dit que c’était O.K.. Je sais que tu as fait ce que tu as pu. Et là mon cauchemar est fini, confie-t-elle, contenant difficilement l’émotion qui lui monte à la gorge.

Diane Doiron a grandi au sein d’une famille militaire. Son grand-père, son oncle, son cousin et son frère ont servi au sein des Forces armées canadiennes. Le devoir envers leur patrie coule dans leurs veines.

Des photos encadrées de militaires sont poses sur un meuble.

Des photos officielles comme celles-ci sont affichées dans plusieurs pièces de la maison de Diane Doiron.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Son désir de suivre les traces de ses prédécesseurs et de servir son pays était tel qu’à 20 ans, elle s’est enrôlée. Je me disais que j’avais pris la bonne décision, je vais être un soldat et servir mon Canada, mon pays.

Mais son expérience sera tout autre.

Diane Doiron est homosexuelle. Durant les années 1980, la « purge LGBT » était en cours dans la fonction publique fédérale et dans les Forces armées canadiennes, menant à des sanctions ou au congédiement de fonctionnaires et militaires n'étant pas hétérosexuels.

Ils m’ont cassée, vraiment [...] je suis devenue une personne qui avait peur, qui avait honte… qui ne voulait plus vivre, partage-t-elle.

Une jeune soldat reçoit un certificat lors d'une cérémonie. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Diane Doiron avait 22 ans lorsqu'elle s'est enrôlée dans la Marine royale canadienne.

Photo : Radio-Canada

Elle subira de longs interrogatoires indiscrets et acrimonieux. Elle sera persécutée en raison de son orientation sexuelle, comme des milliers d’autres au pays.

L’expérience qu’elle qualifie de cauchemar sera pour elle traumatisante. Après une année de purge, elle tente de s’enlever la vie.

Diane Doiron est expulsée de l’armée peu de temps après.

Au-delà de la reconnaissance, il y a l’acceptation

Ce n’est que la deuxième fois que Diane Doiron prend part à des commémorations du jour du Souvenir. Étouffée par la honte, elle avait trouvé réconfort dans le silence. Pendant 30 ans, je ne suis jamais allée aux cérémonies du jour du Souvenir. J’avais honte, je ne me sentais pas acceptée et j’avais beaucoup de rage. J’étais fâchée.

Les excuses officielles présentées à la communauté LGBQ+ en 2017 mettent finalement un terme au mutisme.

L’inclusion a l’effet d’un baume sur des blessures toujours à vif.

J’ai signé aussi pour servir mon pays, mais on ne me voulait pas. On ne me voulait pas de moi comme soldat. Maintenant, on m’accepte comme ancienne combattante et c’est incroyable.

Des vétérants sont assis habillés de leurs habits militaires sur lesquels des médailles et des coquelicots sont mis en valeur.

Une cérémonie pour souligner les sacrifices des vétérans du village d'Escuminac a été organisée à l'école primaire de Baie-Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Guy R. LeBlanc

Dans une école de Baie-Sainte-Anne, son oncle William Rousselle l’accompagne. Il a quitté le Canada dans la jeune vingtaine pour la Corée du Nord, où il était chargé de repérer et de désamorcer des engins explosifs dans le cadre de la guerre de Corée.

Je n’avais pas peur. Je n’ai jamais eu peur. J’ai fait ma job, partage-t-il en toute humilité. Toute sa vie, il a composé avec les séquelles de cette mission dangereuse. Les déflagrations ont endommagé son ouïe. Cela ne l’a toutefois pas empêché de fonder une famille et d’ouvrir son propre magasin, qui lui appartient toujours.

Un vétéran de 89 ans assiste à une cérémonie du jour du Souvenir.

Chaque année, William Rousselle participe à plusieurs cérémonies du jour du Souvenir.

Photo : Radio-Canada / Guy R. LeBlanc

À l’aube de ses 90 ans, l’homme usé par les années se tient toujours droit et garde le salut fièrement alors que des enfants de son village lui rendent hommage.

Cette fierté a néanmoins été quelque peu écorchée par le traitement qu’a subi sa nièce. Je sais que ce qu’ils lui ont fait n’était pas juste, dit-il.

Un vétéran fait le salut militaire.

William Rousselle ne bronche pas. Malgré ses 89 ans, il se tient droit lors du salut militaire comme il le faisait lorsqu'il avait 20 ans.

Photo : Radio-Canada / Guy R. LeBlanc

Serein, il a décidé de pardonner pour mieux avancer. Ce cheminement est éprouvant et ils le feront ensemble, en famille.

Une fois que tu signes, tu as accepté. C’est ça que ma famille a fait. Elle a sacrifié beaucoup. On est une famille de même. On est une famille fière, fière premièrement d’être acadienne et ensuite d’être canadienne.

Diane Doiron de recueille au cimetière d'Escuminac au Nouveau-Brunswick.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, M.Rousselle n'a pas pu envoyer de lettres à sa femmes et ses huit enfants pendant 3 ans.

Photo : Radio-Canada / Guy R. LeBlanc

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