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Le président bolivien Evo Morales démissionne et dénonce un coup d'État

Gros plan du visage d'Evo Morales.

Evo Morales est dans la tourmente depuis qu'il a été réélu pour un quatrième mandat le 20 octobre dernier lors d'un scrutin jugé frauduleux par l'Organisation des États américains.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Radio-Canada

Après trois semaines de contestation contre sa réélection lors d'un scrutin jugé frauduleux, le président de la Bolivie, Evo Morales, a annoncé dimanche sa démission, se disant victime d'un « coup d'État ».

Je renonce à mon poste de président, a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006. « J’envoie ma lettre de démission à l’Assemblée législative de la Bolivie. »

À ses côtés, le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera a lui aussi indiqué qu'il quittait ses fonctions. Le coup d'État a eu lieu, a-t-il déclaré à son tour.

S'adressant directement aux Boliviens, M. Morales a demandé à ce que cessent les attaques contre les frères et sœurs, les violences et les incendies.

Ces déclarations surviennent au terme d'une journée mouvementée au cours de laquelle l'armée a appelé à la démission d'Evo Morales. Le commandant en chef de l'armée bolivienne jugeait qu'une telle décision était nécessaire afin de restaurer le calme dans le pays.

Après avoir analysé le conflit national, nous demandons au président de renoncer à son mandat présidentiel, de permettre le rétablissement de la paix et la restauration de la stabilité dans le pays, avait dit le commandant des forces armées terrestres, Williams Kaliman.

Le président Morales avait même proposé dimanche matin la tenue de nouvelles élections, comme le recommandait l'Organisation des États américains (OEA). Il n'avait toutefois pas spécifié s'il allait se représenter.

Il avait également annoncé le remplacement des membres de la commission électorale, conformément aux recommandations de l'OEA, qui avait demandé dimanche matin l'annulation du scrutin, entaché d'irrégularités selon elle.

L'OEA appelait aussi à la convocation d'un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire « la composition d'un nouvel organe électoral », allusion au Tribunal électoral suprême (TSE), dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités. La présidente du TSE a été arrêtée dimanche soir sur ordre du parquet bolivien, qui enquête sur ces irrégularités.

Dans un rapport rendu public un peu plus tôt, l'OEA demandait l’annulation pure et simple du scrutin du 20 octobre dernier, remporté par le président sortant, en raison de graves irrégularités.

Une femme remplie d'émotion agite un drapeau.

Des manifestants célèbrent dans les rues de La Paz, à la suite de l'annonce de la démission du président Morales.

Photo : Reuters / Luisa Gonzalez

Solidarité envers Evo Morales

Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays, s'est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, qui s'était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères de Cuba a condamné énergiquement le coup d'État en Bolivie. De la même façon, le président vénézuélien Nicolas Maduro a condamné « catégoriquement » sur Twitter le « coup d'État » et a appelé à « la mobilisation pour exiger que soit préservée la vie des peuples indigènes boliviens, victimes du racisme ».

Le Nicaragua a aussi dénoncé ce qu'il a appelé un coup d'État. Le gouvernement dénonce et condamne fermement le coup d'État qui s'est produit aujourd'hui.

Nous rejetons et désavouons les pratiques fascistes qui ignorent la constitution, les lois et l'institutionnalisme qui régit la vie démocratique des nations, a ajouté le gouvernement du président Daniel Ortega.

Le Chili s'est par ailleurs dit préoccupé par l'interruption du processus électoral en Bolivie et a appelé à une solution rapide et pacifique.

Le Mexique a offert dimanche l'asile à Evo Morales après sa démission de la présidence de Bolivie et à la suite de l'accueil par l'ambassade mexicaine à La Paz de fonctionnaires et de parlementaires boliviens, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard.

Le Mexique, conformément à sa tradition d'asile et de non-intervention, a reçu 20 personnalités de l'exécutif et du législatif de Bolivie dans la résidence officielle [mexicaine, NDLR] à La Paz, et s'il en décidait ainsi, nous offririons aussi l'asile à Evo Morales, a écrit M. Ebrard sur son compte Twitter.

De son côté, le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro a estimé que les dénonciations de fraude avaient poussé Evo Morales à démissionner.

La président-élu d’Argentine, Alberto Fernandez, a indiqué que « l’effondrement des institutions était inacceptable ».

Maisons de ministres incendiées

Le président de l'Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné dimanche après l'incendie de son domicile par des manifestants, qui contestent depuis trois semaines la réélection au premier tour du président Evo Morales.

Je renonce à [la présidence de] l'Assemblée [...], pourvu que cela aide à préserver l'intégrité physique de mon frère, qui a été pris en otage.

Victor Borda

Ce dernier a remis sa démission peu après celle du ministre des Mines, César Navarro, qui a dénoncé l'incendie de sa maison et l'agression de son neveu.

Des manifestants se cachent derrière des boucliers de fortune aux couleurs de la Bolivie et portant l'inscription La Paz.

Des manifestants gardent l'accès à la Plaza de Armas à La Paz, en Bolivie, en appui aux policiers et contre le président Evo Morales, le 9 novembre 2019.

Photo : afp via getty images / JORGE BERNAL

Un deuxième ministre bolivien, le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, avait lui aussi démissionné dimanche. Dans une lettre envoyée au président et publiée sur son compte Twitter, il a écrit que le cours des événements va à l'encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques, et donc cela m'empêche de continuer à la tête du portefeuille d'État que je dirige.

Dans un communiqué de presse, les forces armées boliviennes ont déclaré avoir ordonné des opérations aériennes et terrestres afin de neutraliser des groupes armés agissant en dehors des lois.

Evo Morales, 60 ans, leader indigène de gauche au pouvoir depuis 2006, a remporté le scrutin du 20 octobre pour un quatrième mandat jusqu'en 2025. Un quatrième mandat pourtant rejeté par référendum en 2016.

Les résultats de la présidentielle du 20 octobre faisaient état d’un score dépassant de plus de 10 points celui du centriste Carlos Mesa. L’opposition a aussitôt qualifié ces chiffres de frauduleux.

Rébellion de policiers et médias assiégés

En plus du rapport de l’OEA, l'élection controversée a donné lieu à une véritable crise dans le pays. Trois personnes ont été tuées et plus de 380 autres ont été blessées depuis le début de la vague de contestation.

Plusieurs unités de police se sont rebellées et des médias ont été ciblés par les manifestants hostiles au président Morales.

Des policiers en uniformes noirs se tiennent sur le toit d'un commissariat en brandissant le drapeau de la Bolivie.

Des policiers boliviens hissent le drapeau national dans une manifestation contre le président Evo Morales à La Paz, le 9 novembre 2019.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Vendredi, trois unités de la police se sont mutinées dans la ville de Cochabamba dans le centre du pays, puis à Sucre et à Santa Cruz, une région riche de l'est du pays et un bastion de l'opposition. Les mutineries se sont étendues dans la nuit de vendredi à samedi aux autres régions, selon les médias locaux.

À La Paz, les sièges de Bolivia TV et Radio Patria Nueva, deux médias d'État ont été occupés et les employés ont été contraints de quitter les lieux.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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