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Pas d’hémodialyse en Matanie : pénible pour un proche aidant de Grosses-Roches

Serge Létourneau devant l'hôpital de Matane.

Serge Létourneau demande des services d'hémodialyse à Matane pour sa femme et pour les cinq autres personnes de la Matanie qui doivent se rendre à Rimouski trois fois par semaine.

Photo : Radio-Canada / Brigitte Dubé

Brigitte Dubé

L'accès aux traitements d’hémodialyse est compliqué pour les patients de la Matanie, qui doivent se déplacer à Rimouski. La question prend toute la place dans la vie du proche aidant Serge Létourneau, un résident de Grosses-Roches. Il lance un cri du cœur pour inciter la direction du CISSS du Bas-Saint-Laurent à implanter des services à l’hôpital de Matane.

J’y pense à chaque fois que je fais le voyage à Rimouski pour conduire ma femme, dit-il. Je me dis tout le temps que ce serait si facile d’arrêter à Matane. On passe en avant! Ma femme se sentirait comme chez elle. Elle maganerait pas mal moins!

Il faut dire que sa conjointe, Fernande St-Pierre, vit avec un état de déficience intellectuelle en plus de souffrir de diabète, ce qui complique grandement la situation. Elle ne comprend pas la gravité de sa maladie, se désole Serge Létourneau.

Un patient reçoit un traitement

Traitements d'hémodialyse à Rimouski

Photo : Radio-Canada

Des fois, ils proposent aux gens d’aller à Sainte-Anne-des-Monts. C’est moins loin, c’est vrai, mais moi je ne voudrais pas parce que ça n’améliorerait pas la situation de ma femme. Ça serait encore plus d’insécurité pour elle, explique-t-il.

Jusqu’à tout récemment, M. Létourneau assurait le transport de sa femme à Rimouski, mais ses problèmes de santé s’étant aggravés, elle a dû être hospitalisée. On demandait à M. Létourneau d’assister quand même aux traitements pour la sécuriser. Il devait donc de nouveau se déplacer à Rimouski.

Aux dernières nouvelles, il était question d’envoyer Mme St-Pierre en hébergement intermédiaire, à Rimouski, peut-être même à Matane, selon M. Létourneau. Il faudrait malgré tout qu’elle fasse le voyage à partir de Matane pour avoir ses traitements. Ce ne serait pas moi qui la transporterais, mais je sais à quel point ça la fatigue, voyager, confie-t-il.

Tout va très vite présentement. Trop vite pour moi. J’ai de la misère à suivre.

Serge Létourneau, proche aidant

Il y en a qui me disent que je devrais porter plainte, mais je ne suis pas prêt à ça parce que je ne peux pas dire que ma femme reçoit de mauvais soins, affirme-t-il. Y’en a aussi qui me disent de lâcher prise. C’est plus facile à dire qu’à faire! On est ensemble depuis 43 ans.

Trois de ses filles vivent aussi avec un état de déficience intellectuelle et demeurent à la maison familiale. Elles ont besoin de la présence de leur mère, s’attriste M. Létourneau. Des fois, j’en vois pleurer une.

L’hémodialyse à domicile serait une solution selon le CISSS

Cyril Gibeault manipule la machine d'hémodialyse

Cyril Gibeault, qui avait alerté la communauté sur son problème d'accès à l'hémodialyse, peut maintenant s'administrer lui-même ses traitements.

Photo : Radio-Canada / Léa Beauchesne

Selon le Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent, six patients de la Matanie reçoivent actuellement des services d’hémodialyse.

Interpellé sur la question en général (et non pas sur le cas de Mme St-Pierre en particulier), le CISSS fait savoir que des démarches sont en cours pour trouver des solutions afin de favoriser l’accès à l’hémodialyse.

À l’heure actuelle, peut-on lire dans un courriel, notre équipe est à l’œuvre afin de déployer, dans les prochains mois, l’hémodialyse autonome à domicile. Ce mode de traitement émergent améliore grandement la qualité de vie des gens qui en font le choix en leur permettant d’avoir leurs traitements dans le confort de leur maison.

Nous voulons que cette option soit plus accessible aux usagers du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie dans un cadre sécuritaire et de qualité, tout en respectant la condition clinique de chaque usager.

Deux stations d'hémodialyse.

Des stations d'hémodialyse.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Avant d’ouvrir un centre satellite ou même d’augmenter la capacité d’un centre, il nous faut également nous assurer de la capacité de l’équipe des néphrologues à prendre en charge de nouvelles unités satellites. Il faut savoir qu’actuellement l’équipe est incomplète, soit trois sur cinq, ajoute Ariane Doucet-Michaud, conseillère-cadre aux communications stratégiques à la présidence-direction générale et relations avec les médias au CISSS du Bas-Saint-Laurent.

Serge Létourneau estime que l’hémodialyse à domicile ne serait pas une solution pour des cas très particuliers comme celui de sa femme.

Un appareil d'hémodialyse.

Un appareil d'hémodialyse

Photo : Radio-Canada / ICI Radio-Canada

Le CISSS rappelle qu’au cours des dernières années, le CISSS du Bas-Saint-Laurent, en collaboration avec celui de la Gaspésie, a contribué au développement de trois unités satellites en Gaspésie à Maria, Sainte-Anne-des-Monts et Gaspé. L’unité de Chandler offrait déjà ce service.

Injustice selon Pascal Bérubé

La question de l’hémodialyse a refait surface ces dernières semaines lorsque la ministre de la Santé, Danielle McCann, confirmait que les services d’hémodialyse pourraient être bonifiés à Rivière-du-Loup.

Pour le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qui a réclamé des services à Matane et à Amqui à plusieurs reprises, il serait inéquitable que Rivière-du-Loup obtienne une bonification des services alors que Matane n’en a pas du tout. Rivière-du-Loup ont déjà six chaises, c’est une injustice, juge-t-il.

Pascal Bérubé au téléphone.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Bien qu’il remarque davantage d’ouverture de la part du CISSS, il maintient la pression. Ce que je demande, ce sont des chaises d’hémodialyse à l’hôpital de Matane, insiste-t-il.

À son avis, l’hémodialyse à domicile ne remplacerait pas les services à l’hôpital : À six personnes à Matane, on a la masse critique pour installer des chaises. Dans la Matapédia, deux personnes se déplacent à Rimouski pour avoir des soins.

Selon lui, la ministre de la Santé a expliqué qu’il n’y avait tout simplement pas eu de demande de la part du CISSS du Bas-Saint-Laurent pour de l’hémodialyse à Matane. Le milieu va se mobiliser et on aura à terme des chaises pour nos patients à Matane et à Amqui, prévoit-il.

À la demande du député, la MRC de la Matanie a d’ailleurs adopté une motion demandant l’implantation de services d’hémodialyse à Matane.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Santé physique et mentale