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Chute du mur de Berlin : l'Allemagne critique « l'égoïsme » américain

Le reportage de Jacaudrey Charbonneau

Photo : Reuters / Fabrizio Bensch

Radio-Canada

Le président allemand a exhorté samedi les États-Unis de Donald Trump à faire preuve de « respect » à l'égard de leurs alliés et à tourner le dos à « l'égoïsme national », lors des cérémonies des 30 ans de la chute du mur de Berlin.

Alors que ces festivités s'annonçaient comme consensuelles, Frank-Walter Steinmeier, dont le rôle est honorifique, mais qui est considéré comme l'autorité morale du pays, a profité de cette occasion pour souligner la dégradation des relations transatlantiques ces dernières années.

Devant la mythique porte de Brandebourg, symbole jusqu'en 1989 de la division de l'Allemagne, Frank-Walter Steinmeier a décrit dans un discours le rôle prépondérant des États-Unis, le bras fort de l'Ouest, dans la tombée du rideau de fer, il y a trois décennies.

Nous, les Allemands, nous devons beaucoup à cette Amérique. À cette Amérique en tant que partenaire dans le respect mutuel, en tant que partenaire pour la démocratie et la liberté, contre l'égoïsme national. C'est ce que j'espère aussi à l'avenir, a asséné M. Steinmeier. Une allusion voilée, mais limpide, à l'administration actuelle à Washington.

Donald Trump, qui n'a pas fait de visite officielle en Allemagne depuis son élection en 2016 et qui projette de construire un mur entre son pays et le Mexique, a quant à lui salué samedi l'Allemagne en disant qu'il s'agissait de l'un des plus précieux alliés des États-Unis.

Mais du contentieux au sujet des dépenses militaires à celui concernant le commerce, les relations entre l'Allemagne et les États-Unis n'ont jamais été aussi tendues durant la période d'après-guerre que depuis l'élection de Donald Trump.

L'actuel chef de l'État américain a ainsi critiqué à maintes reprises l'Union européenne.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est d'ailleurs lui aussi inquiété cette semaine du fait que, pour la première fois, nous [ayons] un président américain [Donald Trump] qui ne partage pas l'idée du projet européen.

Le président allemand a également lancé des messages à la nation allemande lors de cette célébration, dans un enthousiasme mesuré, de la fin du rideau de fer.

M. Steinmeier a déploré que de nouveaux murs [aient] été construits dans tout le pays : des murs de frustration, des murs de colère et de haine.

L'Allemagne est en effet loin d'afficher le même optimisme qu'il y a 30 ans.

La fracture politique et économique entre l'est et l'ouest du pays, plus riche, reste d'une brûlante actualité, en particulier avec le succès de l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans l'ex-RDA communiste, où de nombreux habitants se sentent traités comme des citoyens de seconde classe.

Les présidents allemand, hongrois et polonais, Frank-Walter Steinmeier, Janos Ader et Andrzej Duda, la présidente slovaque, Zuzana Caputova, et le président tchèque, Milos Zeman

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a rendu hommage samedi aux pays d'Europe de l'Est qui ont contribué à la chute du mur de Berlin.

Photo : Reuters / Fabrizio Bensch

Plus tôt, le consensus

Les dirigeants allemand, polonais, hongrois, slovaque et tchèque ont assisté, plus tôt dans la journée de samedi, à la cérémonie dans la Bernauer Strasse, rue de Berlin où se trouve le mémorial du mur et où l’on peut encore voir l'une de ses parties conservées.

En présence de la chancelière Angela Merkel, le président Steinmeier a rendu hommage aux pays d'Europe de l'Est qui ont contribué à la chute du mur.

Sans le courage et le désir de liberté des Polonais, des Hongrois, des Tchèques et des Slovaques, les révolutions pacifiques d'Europe de l'Est et la réunification de l'Allemagne n'auraient pas été possibles.

Frank-Walter Steinmeier, président allemand

Ensemble, avec nos amis, nous nous souvenons avec une profonde gratitude des événements d'il y a 30 ans, a poursuivi le président allemand.

Le 9 novembre nous rappelle qu'il faut combattre la haine, le racisme et l'antisémitisme, a dit pour sa part la chancelière allemande. Cette journée marque en parallèle en Allemagne l'anniversaire de la Nuit de cristal de 1938, durant laquelle les nazis incendièrent les synagogues du pays.

Angela Merkel a exhorté l'Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme la démocratie et la liberté face aux contestations grandissantes.

Les valeurs qui fondent l'Europe, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'État de droit et la préservation des droits de l'homme ne vont pas de soi et doivent toujours être défendus, a-t-elle assuré dans la chapelle de la Réconciliation, un des lieux de mémoire de la division de la ville, qui a duré de 1961 au 9 novembre 1989.

Selon Frank-Walter Steinmeier, la disparition de ce symbole de la guerre froide n'a pas scellé la fin de l'histoire annoncée par l'historien américain Francis Fukuyama. Les affrontements se poursuivent et l'avenir est plus incertain que jamais, a-t-il souligné.

Axel Klausmeier, responsable du mémorial du mur de Berlin, a rendu hommage aux manifestants pacifiques d'Allemagne de l'Est et des pays voisins du pacte de Varsovie, qui ont battu le pavé pour exiger la liberté et la démocratie.

Non loin du mur, Angela Merkel a commémoré ceux qui ont été tués ou emprisonnés pour avoir tenté de fuir l'Allemagne de l'Est afin de se rendre en Allemagne de l'Ouest.

La chancelière Angela Merkel

La chancelière Angela Merkel allume une bougie à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

Photo : Reuters / Fabrizio Bensch

Aucun mur qui empêche les gens d'entrer et restreint la liberté n'est si haut ou si large qu'il ne peut être démoli, a déclaré Mme Merkel.

Un pan d'histoire

En août 1989, les gardes-frontières hongrois ont d’abord autorisé les Allemands de l'Est à entrer librement en Autriche, ce qui a ouvert la voie à la chute du mur, trois mois plus tard.

Les coups de pioche dans cette construction de béton de plus de 150 km de long avaient marqué la fin d'un monde coupé en deux durant la guerre froide et fait à l'époque espérer une longue ère de détente et d'unité.

Avant de se rendre dimanche à Berlin, le président français, Emmanuel Macron, a lancé samedi, en français et en allemand sur Twitter, un appel à être « digne » de la « promesse » d'il y a 30 ans.

Il y a 30 ans, le mur de Berlin n'est pas tombé. Il a été abattu par le courage de milliers de femmes et d'hommes épris de liberté. Ils ont ouvert la voie de la réunification de l'Allemagne et de l'unité de l'Europe.

Emmanuel Macron, président français

Le fait qu'en si peu de temps et de façon aussi pacifique il y ait pu avoir cette disparition du mur puis cette réunification allemande est quand même quelque chose d'extraordinaire, a déclaré le chef du gouvernement.

Avec les informations de Associaed press, Agence France-Presse, et Reuters

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