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analyse

Immigration : la goutte qui a fait déborder le vase

Simon Jolin-Barrette et François Legault à l'Assemblée nationale

Le ministre Simon Jolin-Barrette et le premier ministre du Québec, François Legault

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sébastien Bovet

Quel gouvernement invite des étudiants étrangers à s’engager dans un programme qui forme les femmes pour qu’elles deviennent des ménagères? Le gouvernement de François Legault! Aussi absurde que cela puisse paraître, un baccalauréat en sciences domestiques se trouvait dans la liste des 218 domaines d’études donnant accès au Programme de l’expérience québécoise pour combattre la pénurie de main-d’oeuvre. Une incohérence de trop, dans une politique mal ficelée, fait passer les caquistes pour une bande d’amateurs. Autopsie d’un fiasco.

L’entourage de François Legault est « tombé sur le derrière », semble-t-il, en prenant connaissance des aberrations de la liste du ministre Jolin-Barrette. La seule décision possible, et c’est la bonne, était de suspendre la réforme et de repartir à zéro.

Le ministre Simon Jolin-Barrette a déjà laissé entendre que le plus gros de son travail consistait à gérer les travaux parlementaires dans sa fonction de leader. Il devra passer plus de temps au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (une autre de ses fonctions) pour s’assurer que ses réformes passent le test de la simple vérification.

L’improvisation de la démarche fait mal, évidemment. Mais l’entêtement du gouvernement à défendre ses décisions dans ce dossier est ce qui est le plus dommageable.

Le ministre et le premier ministre ont soutenu que le travail de préparation avait été rigoureux. Ils ont répété qu’ils avaient consulté leurs partenaires des milieux économiques. Ces mêmes partenaires affirmaient par contre qu’ils n’avaient pas été entendus.

L’impression laissée est négative : le gouvernement improvise, il est brouillon, trop pressé, et il n’écoute pas ceux qui sont, en théorie, ses alliés.

Des politiques gouvernementales à l'épreuve des faits

La gêne de cette réforme bâclée retombe d’abord sur les épaules du ministre Simon Jolin-Barrette. Son étoile pâlit et ses faux pas s’additionnent. Des 18 000 dossiers d’immigrants jetés à la poubelle jusqu’à une réflexion à voix haute sur une interdiction formelle du « bonjour-hi », en passant par le rythme de travail législatif qu’il impose aux députés de la CAQ, le ministre au calme olympien déçoit.

Mais son patron, le premier ministre lui-même, a contribué à la glissade. Son attaque personnelle contre le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, transpirait la frustration.

Même chose avec les recteurs des universités, trop corporatistes aux yeux de François Legault. Attaquer le messager plutôt que le message n’est pas signe de force et de conviction en politique. Vrai, les chambres de commerce et les recteurs défendent des intérêts, mais ils sont aussi, objectivement, des partenaires du gouvernement.

Il faut du courage et de l’humilité pour admettre son erreur en politique. C’est ce que François Legault a fait. Pour la suite, il y a peut-être une leçon à tirer de cette dure semaine. Les prochaines politiques publiques de ce gouvernement devront être consensuelles, ordonnées et à l’épreuve des faits.

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