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Destitution : des pressions sur Kiev dénoncées avant même l’appel de Trump à Zelensky

Alexander Vindman dans un corridor d'un bâtiment du Congrès américain.

Le lieutenant-colonel Alexander Vindman, directeur des affaires européennes au sein du Conseil de sécurité nationale, a témoigné vendredi à huis clos à Washington.

Photo : Reuters / Tom Brenner

Agence France-Presse

Inquiets d'un chantage exercé sur Kiev par un proche de Donald Trump, des conseillers à la Maison-Blanche avaient sonné l'alarme deux semaines avant que le président américain ne demande à son homologue ukrainien d'enquêter sur un de ses rivaux, d'où la menace de destitution qui pèse sur lui.

Fiona Hill et Alexander Vindman, membres de l'influent Conseil de sécurité nationale, ont expliqué lors de témoignages à huis clos au Congrès qu'ils avaient saisi les services juridiques de la Maison-Blanche dès le 10 juillet, selon les transcriptions de leurs auditions rendues publiques vendredi.

Ils venaient d'assister à une réunion au cours de laquelle l'ambassadeur américain auprès de l'Union européenne, Gordon Sondland, avait annoncé à une délégation ukrainienne que leur nouveau président Volodymyr Zelensky serait reçu à la Maison-Blanche s'il annonçait des investigations sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump lors de la présidentielle de 2020.

L'ambassadeur Sondland a expliqué en présence des Ukrainiens qu'il avait un accord avec le chef de cabinet du président Mick Mulvaney pour une rencontre s'ils avançaient avec des investigations politiques, a déclaré Fiona Hill, collaboratrice du conseiller à la Sécurité nationale John Bolton.

Ce dernier, qui a été démis de ses fonctions en septembre, s'était raidi et avait mis un terme de manière abrupte à la réunion, selon Mme Hill et M. Vindman.

M. Sondland, un homme d'affaires qui a donné de larges sommes pour la cérémonie d'investiture de Donald Trump, avait poursuivi l'échange avec les Ukrainiens dans une autre salle de la Maison-Blanche. Selon M. Vindman, l'ambassadeur avait alors explicitement mentionné Joe Biden, dont le fils Hunter a longtemps fait des affaires en Ukraine.

Furieux, John Bolton avait ensuite demandé à Mme Hill d'aller faire un signalement auprès de l'avocat du Conseil de sécurité. Dites-lui que je ne suis pas dans l'espèce de trafic de drogues que Sondland et Mulvaney préparent, avait-il intimé à sa collaboratrice.

En parallèle, M. Vindman avait lui aussi relaté l'incident à ce juriste, s'inquiétant que des pressions politiques entrent dans une discussion de sécurité nationale.

Rudy Giuliani, « explosif »

À une autre occasion, John Bolton avait formellement interdit à ses équipes de parler avec l'avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani, engagé dans une campagne de pressions en Ukraine.

Il a dit : "Rudy est une grenade dégoupillée qui va tout faire sauter", a rapporté Mme Hill.

Malgré ces mises en garde, le président Trump a demandé le 25 juillet à M. Zelensky de se pencher sur les Biden et de parler avec M. Giuliani.

Le lieutenant-colonel Vindman, qui écoutait en direct la conversation téléphonique, s'est précipité dès la fin de l'appel pour partager ses inquiétudes avec l'avocat du Conseil de sécurité nationale.

Fiona Hill, qui n'a pas assisté à l'échange, a été choquée en lisant sa transcription. J'ai vu beaucoup d'appels en deux ans et demi à la Maison-Blanche, et jamais rien de tel, a-t-elle confié aux parlementaires.

« Irréprochable »

Ces témoignages affaiblissent la défense de Donald Trump, qui assure que son appel était irréprochable.

Se disant victime d'une chasse aux sorcières, il a intimé à ses conseillers de ne pas participer à l'enquête du Congrès. Vendredi, son chef de cabinet Mick Mulvaney, qui aurait pu être un témoin-clé, a donc ignoré une convocation au Capitole.

Outre son rôle dans la promesse d'une visite à la Maison-Blanche, Mick Mulvaney a également ordonné à la fin de juin le gel d'une aide militaire de 400 millions de dollars destinée à l'Ukraine. Au détour d'une conférence de presse, il avait lâché l'avoir fait pour des considérations politiques, avant de rétropédaler.

Les démocrates accusent Donald Trump d'avoir utilisé cette aide pour faire pression sur Kiev, ce qui, selon eux, constitue un abus de pouvoir.

La Chambre des représentants, chargée par la Constitution de la mise en accusation du président (impeachment) avant son procès au Sénat, pourrait retenir ce chef contre lui. Si la Chambre à majorité démocrate vote en ce sens, Donald Trump devrait néanmoins échapper à une destitution, le Sénat restant aux mains des républicains.

Bolton a des informations... mais ne veut pas témoigner

Selon ce que rapporte CNN, l'ancien conseiller à la Sécurité nationale John Bolton disposerait de nouvelles informations relatives au dossier ukrainien. M. Bolton a toutefois refusé de témoigner volontairement dans le cadre de l'enquête sur le président Trump. Les démocrates, de leur côté, ont renoncé à le citer à comparaître, l'avocat de M. Bolton ayant menacé de combattre cet ordre devant les tribunaux.

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