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Suspension de la réforme de l'immigration : soulagement teinté d'inquiétudes

Plusieurs personnes lèvent la main, comme pour indiquer qu'ils sont touchées par la réforme du PEQ.

Quelques dizaines d'étudiants et de travailleurs étrangers s'étaient joints au PLQ, à QS et au PQ, mardi, lors d'une conférence de presse conjointe de l'opposition à l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Joane Bérubé

Le recul du gouvernement Legault sur les modifications au règlement sur l'immigration portant sur les balises du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) est accueilli avec soulagement un peu partout dans l’Est-du-Québec.

La décision survient à la fin d'une semaine mouvementée pour le gouvernement du Québec, alors que la réforme proposée n’a cessé de susciter des attaques de la part des partis d'opposition, d'établissements d'enseignement et d'acteurs des milieux économiques.

Le directeur général du cégep de Baie-Comeau, Claude Montigny, se dit bien content puisque la réforme, en vigueur depuis le 1er novembre, imposait des contraintes importantes sur le plan du recrutement.

Claude Montigny se réjouit de la décision du gouvernement de consulter le milieu sur une éventuellement nouvelle mouture de la réglementation. Il compte faire comprendre la réalité démographique de la Côte-Nord au gouvernement. On a connu une forte baisse de la population au cours des cinq dernières années, rappelle M. Montigny. C’est ce qu’on nous prévoit encore pour les prochaines années. Pour nous, c’était inconcevable, au-delà de nos programmes d’études. Si le gouvernement prend la peine de nous consulter, c’est ce genre de réalité qu’on pourra partager avec eux.

Le directeur général du Cégep de Baie-Comeau, Claude Montigny. accorde une entrevue devant le cégep.

Claude Montigny, directeur général du Cégep de Baie-Comeau

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

En Matanie, où le milieu des affaires, le monde collégial et municipal s’étaient mobilisés pour demander un moratoire sur le règlement du ministre Simon Jolin-Barrette, c’est aussi un grand soulagement.

La nouvelle version du PEQ aurait eu des impacts économiques importants tant pour le Cégep de Matane que pour la région.

La nouvelle députée fédérale d’Avignon—La Mitis—Matane—Matapédia, Kristina Michaud, salue la mobilisation du milieu. On voit que la mobilisation citoyenne peut changer les choses. Je suis très contente de voir que les gens de chez nous se sont mobilisés pour les étudiants étrangers qui sont très importants pour notre économie.

Le directeur de la Chambre de commerce de la région de Matane, Alain Gagnon, qui était partie prenante de cette mobilisation, s’est dit très fier et heureux d’en constater les répercussions. Tout cela a été initié par Pierre Bédard, le directeur du cégep de Matane, explique M. Gagnon J’en retire une grande fierté parce que j’avais beaucoup de doutes.

M. Gagnon rappelle que les étudiants étrangers viennent combler des besoins de main-d’œuvre importants dans les entreprises matanaises. On va aller dans une autre direction et tout le monde va en sortir rassuré dans le futur , croit le directeur de la Chambre de commerce.

Des séquelles

Cet optimisme demandera à être confirmé pour Fanny Allaire, coordonnatrice au Service d’accueil des nouveaux arrivants de la Matanie.

Mme Allaire, dont les bureaux sont situés au cégep de Matane, admet que la semaine a été difficile. Nous étions en gestion de crise, dit-elle.

Le revirement du gouvernement la soulage, mais elle estime que cela laissera des traces auprès des étudiants et travailleurs étrangers, mais aussi de gens comme elle qui travaillent auprès de candidats à l’immigration. Ça veut dire que du jour au lendemain, des programmes qui fonctionnent bien, qui répondent aux besoins autant des personnes qui travaillent et qui étudient ici que du marché du travail, peuvent sauter. Je pense qu’il y a un bris de confiance, une insécurité additionnelle. Déjà que les démarches d’immigration sont extrêmement complexes, extrêmement lourdes, extrêmement coûteuses. C’est vraiment venu ébranler complètement le système d’immigration.

Mme Allaire rappelle que la mesure ne touchait pas seulement les étudiants internationaux, mais aussi les travailleurs étrangers.

En Matanie, plusieurs entreprises manufacturières se déplacent à l’étranger pour recruter des travailleurs dont l’expérience au Québec pouvait être considérée par le Programme d’expérience québécoise.

C’était, ajoute Mme Allaire, le programme le plus facilitant pour obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ).

Ce certificat permet à la personne immigrante d’entamer les démarches pour obtenir un statut de résident permanent et éventuellement sa citoyenne canadienne. Une chance, commente Fanny Allaire, que cela a été annulé et qu’il y aura un travail plus sérieux qui sera fait autour du PEQ. C’est correct de vouloir de répondre au marché du travail, mais il y a une façon de faire pour ne pas nuire à l’économie à long terme.

Chargée de recherche au Centre d'initiation à la recherche et aide au développement durable, diplômée de l’Université de Sherbrooke, Marlène Javany vit au Québec, en Gaspésie, depuis 2013.

La dernière semaine l’a déstabilisée. J’avais l’impression d’une perte de reconnaissance complète. D’avoir mon permis de travail, ça me permettait de contribuer à la société et de mettre en pratique les apprentissages que j’avais faits dans ma maîtrise et là, c’est comme si vraiment je suis tombée en bas de l’échelle, comme si je n’étais plus considérée.

La néo-Gaspésienne d'origine française se dit néanmoins très satisfaite de la décision puisque la réforme initiale complexifiait ses démarches d'immigration.

Des étudiants dans un auditorium.

Cette semaine, des étudiants internationaux de l'UQAR se disaient inquiets de la décision du gouvernement Legault.

Photo : Radio-Canada

À l’UQAR où la décision de Québec avait causé des remous, les étudiants interrogés se disaient contents et bien heureux de ce dénouement.

Le finissant de l'UQAR, intervenant communautaire et responsable du jumelage interculturel pour Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent à Rimouski, Mouhamadou Lamine Gueye, salue la volonté du gouvernement de consulter le milieu de l'éducation.

Son confrère, étudiant à la maîtrise et responsable des affaires sociopolitiques de l’Association générale étudiante du campus de Rimouski, Damien Kamisse, souhaite que le gouvernement étende ses consultations aux différentes communautés du Québec avant d’aller plus loin dans une prochaine réforme.

avec les informations de Jean-Pierre Perouma, Isabelle Larose, Isabelle Damphousse, Guylaine Lebel

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Politique provinciale