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La chute du mur de Berlin, ou la fois où l’Histoire s’est écrite devant Louis Bélanger

Un homme avec des lunettes regarde vers la lentille de l'appareil photo et sourit.

Le cinéaste Louis Bélanger raconte comment il a assisté à la chute du mur de Berlin.

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet

Radio-Canada

Il y a 30 ans, le cinéaste Louis Bélanger (Gaz bar blues, Post mortem, Vivre à 100 milles à l’heure) a vu les premières images de la chute du mur de Berlin à la télévision et, dans les heures qui ont suivi, il s’est emparé d’un billet d’avion et s’est envolé vers l’Allemagne.

Un texte d’Angie Landry
D’après une entrevue de Patrick Masbourian, à l'émission Tout un matin

Le 9 novembre 1989, Louis Bélanger a à peine 25 ans. Il regarde le journaliste Raymond Saint-Pierre parler à la télévision de ce qu’on allait bientôt qualifier comme étant la fin d’un des plus grands symboles de division du peuple allemand.

Il est dans le salon de son appartement avec sa copine de l’époque, Camille Lavoie, et son colocataire, le cinéaste Robert Morin.

Je regarde le fameux reportage que l’on a tous vu. J’ai dit : "On part!"

À ce moment, Louis Bélanger a déjà beaucoup voyagé en à peine un quart de siècle. Absolument fasciné par les pays de l’Est, il avait d’ailleurs parcouru la République tchèque et la Slovaquie, du temps où les deux territoires, aujourd’hui séparés, ne faisaient qu’un.

Avant la chute du mur de Berlin, il avait aussi mis les pieds en Allemagne de l’Est.

Je savais que ça s’en venait parce que, depuis le mois d’août, il y avait une fissure entre la Hongrie et l’Autriche. Ça passait au compte-goutte. Je surveillais ça pas mal et, pour moi, quand le mur est tombé, c’était comme quand l’homme a marché sur la Lune, ou quand Kennedy a été assassiné.

Louis Bélanger, réalisateur

Comme dans les films, Louis Bélanger et ses deux acolytes achètent leur billet sur un coup de tête. Ils atterrissent le 11 novembre à Kreuzberg, un quartier autrefois considéré dans le secteur Berlin-Ouest.

C’est là que l’Histoire s’écrit devant leurs yeux.

Je me suis dit : "Je vais écrire un film avec ça." Je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire avec ça. Je voulais juste être là.

Louis Bélanger, réalisateur

Je n’étais pas journaliste. Je n’avais pas d’argent, je n’avais pas de caméra film, mais je me suis dit : "Je vais faire comme Chris Marker, comme dans le film La jetée, et je vais faire de la photographie avec une bande-son en son direct."

Avec ses comparses, il photographie tout. Il enregistre même le son ambiant avec un simple Walkman.

Puis, un matin, tôt, très tôt, Louis et Camille partent explorer. Il est 6 h du matin et les oiseaux chantent, mais il y a un son qui contraste avec les gazouillis.

On entendait : "Bang! Bang! Bang!", dit le réalisateur.

Les sons proviennent en fait de personnes qui cognent dans le mur avec des massues pour en ramasser les morceaux. Ce sont aussi les bruits des grues qui fracassent des tronçons de mur complets.

Les bruits guident le couple et le dirigent vers les personnes à photographier, à qui parler.

Ce bang! bang!, on allait l’entendre tous les jours qui ont suivi.

Très rapidement, Louis Bélanger a cette envie de photographier les personnes âgées, « le monde ordinaire », ceux qui n’étaient pas dans cet état d’exaltation générale que l’on soulignait notamment dans les médias. Plutôt que de rester à Berlin-Ouest, où les bars ne ferment pas, où la moyenne d’âge est assez jeune et où l’on fait la fête, il décide de passer à l’Est.

À l’Est, c’était autre chose. Très rapidement, j'ai déchanté. Très rapidement, j'ai vu une mercantilisation du mur.

Louis Bélanger, réalisateur

On y vend des épingles avec des bouts de mur et des trousses « pour avoir son bout de mur », qui contiennent un petit marteau et un burin. Des soldats est-allemands vendaient même leurs médailles, leur képi, leurs bottes.

Il y avait des stands de vente partout aux abords du mur et là je me suis dit : “Tiens, tiens, c'est organisé comme une vente de garage.”, dit Louis Bélanger.

Il arrête donc de photographier la fête à partir de ce moment. Il s’intéresse ainsi à tous ces gens qui, un jour, se sont fait dicter « la bonne façon de vivre », et qui, du jour au lendemain, se sont fait dire que tout cela était fini.

« Il y avait un vent de quelque chose de “trippant”, qui soufflait. C’était un ordre nouveau, tout était possible. Rétroactivement, j’ai vu ce que c'était le jour un de la mondialisation », estime-t-il.

C'était la fin d'un monde bipolaire, où tout s'expliquait soit par les communistes, soit par les capitalistes. Moi, j'avais grandi dans cette explication du monde et elle s'écroulait du jour au lendemain.

Louis Bélanger, réalisateur

Prendre du recul

La quête devait d'abord mener à un court métrage. C’est finalement presque 15 ans plus tard que tout le matériel amassé et l'expérience vécue prendront vie.

Louis Bélanger a offert en 2003 le film Gaz bar blues, qui relate l’histoire d’un père de famille malade dont l’entreprise familiale est menacée de fermeture par l’émergence des stations libre-service. Un de ses fils, Réjean (Sébastien Delorme), ne voit toutefois aucun intérêt à reprendre le commerce, et, à l’aube de sa vie adulte, se questionne sur sa place dans la société.

En allant au-delà du premier degré de la trame narrative de Gaz bar blues, on plonge dans un univers de métaphores qui illustrent des thèmes, comme celui du changement de mœurs, de la quête identitaire ou de la relation père-fils.

C’est au moyen de ces thématiques que Louis Bélanger a su insérer son aventure vécue en 1989, dans les rues de Berlin, à travers le personnage d’Alain (Maxime Dumontier), le plus jeune de la fratrie, mais surtout celui de Réjean, puisque, tout comme son personnage, le cinéaste a quitté son petit appartement d’un trait pour s’en aller vivre l’Histoire et se sentir vivant.

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