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La concentration des terres agricoles, « un très grand défi pour la relève »

Une vue aérienne de la parcelle mise en vente et formée par quatre terrains familiaux.

Seule une vue aérienne permet de saisir la grandeur de la parcelle qui est désormais en vente au Manitoba. À 1000 hectares près, ces champs à perte de vue pourraient loger la ville de Vancouver.

Photo : Darren Sander

Thibault Jourdan

Alors que la plus grande terre agricole du Canada est en vente au Manitoba pour près de 56 millions de dollars, le directeur associé à la Cité universitaire francophone de l'Université de Regina et auteur d’une étude sur la concentration des terres agricoles, André Magnan, revient sur la précarité de la relève agricole liée à la concentration des terres au Canada.

Quelle est votre réaction quand vous voyez une terre agricole aussi grande en vente à ce prix?

C’est certainement une terre qui coûte cher. C'est une vente de grande envergure : 10 117 hectares, c’est assez impressionnant.

Comment en arrive-t-on à avoir des terres aussi grandes en vente au Canada en 2019?

C'est vraiment à cause d'un processus d'accumulation et de concentration des terres qui se reproduit depuis des décennies. Nous savons que les superficies des exploitations agricoles augmentent tous les ans, et on est rendu aujourd'hui à un point où on peut vendre des fermes et des exploitations agricoles pour des dizaines de millions de dollars.

André Magnan sourit.

André Magnan est directeur associé à la Cité universitaire francophone de l'Université de Regina.

Photo : Radio-Canada

Depuis quand a commencé ce processus dont vous parlez, et a-t-il toujours évolué de façon linéaire?

C'est un processus qui remonte au moins aux années 1940. Il y a eu une accélération de cette tendance à la concentration des terres dans les 30 dernières années. Il est assez commun, aujourd’hui, de voir des exploitations de plus de 4000 hectares.

Il y a aussi deux tendances qui se renforcent l'une et l'autre : d'un côté, il y a la concentration des terres agricoles pour faire de très grandes exploitations et, de l'autre côté, il y a l'intérêt des investisseurs dans les terres agricoles.

Je pense que, de plus en plus, les investisseurs vont vouloir acheter de grands blocs de terres, des fermes d'envergure, parce que ça rend la tâche d'investissement plus simple.

Quelle incidence cette concentration des terres a-t-elle sur l’économie et le monde agricole?

Je pense que cela pose un très grand défi pour la relève agricole. Aujourd'hui, si un jeune agriculteur veut se lancer dans l'industrie, ça prend vraiment un investissement très important. J'ai des inquiétudes par rapport à ça, car je crois que ça pourrait causer des ennuis aux jeunes agriculteurs qui veulent se lancer dans l'industrie.

Les fermiers canadiens ont-ils les moyens financiers et matériels d'acheter des terres aussi grandes que celle vendue au Manitoba?

Je ne suis pas convaincu qu’un fermier moyen pourrait acheter une terre comme ça. Par contre, on voit de plus en plus d'entreprises d'envergure qui s'intéressent au secteur agricole, donc je pense qu'il y a plusieurs possibilités.

Oui, parfois il y a de très grands agriculteurs qui pourraient possiblement faire un investissement comme celui-ci, mais on voit aussi de plus en plus d'investisseurs, que ce soit des fonds de pension ou des personnes très riches, qui veulent aussi acheter des terres agricoles dans les trois provinces des Prairies.

Vue aérienne d'une terre agricole à Le Pas, au Manitoba.

Une parcelle regroupant quatre fermes familiales d'une superficie totale de 10 117 hectares est en vente à Le Pas, au Manitoba, pour 56 millions de dollars.

Photo : Darren Sander

Il y a des lois qui empêchent des étrangers d’acheter des grandes terres agricoles. Ces lois-là existent en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, donc ce sont plutôt des investisseurs canadiens. Il y a plusieurs compagnies d'investissement qui se spécialisent dans l'acquisition des terres agricoles un peu partout au Canada.

Par exemple, le fonds de pension du Canada détient plus de 46 000 hectares en Saskatchewan. Il y a aussi un homme de l'Alberta qui possède près de 81 000 hectares en Saskatchewan, mais, dans ce cas-là, ce sont des propriétés qui sont éparpillées un peu partout dans la province.

Parmi les trois provinces des Prairies, voit-on une grande différence dans la concentration des terres agricoles?

Les tendances sont assez semblables dans les trois provinces. Par contre, la taille moyenne des exploitations agricoles est plus grande en Saskatchewan. J'ai remarqué une propriété agricole en Saskatchewan qui est annoncée pour plus de 62 millions de dollars.

C'est sûr que dans les trois provinces, il y a de plus en plus de très grandes exploitations, et nous allons voir des ventes pour plusieurs millions de dollars. Ce qui est plus normal, c'est d’avoir des ventes de terres et des exploitations agricoles dans les 5 à 6 millions, parfois 11 millions de dollars.

Financièrement parlant, est-ce que ça vaut le coup d’investir dans les terres agricoles au Canada?

Dans les 15 dernières années, ça a été un investissement payant. On constate que les prix pour les terres agricoles ont augmenté de 8 % à 10 %, parfois même jusqu’à 25 %.

Dans les années 2012-2013, on a vu une augmentation très, très rapide, mais je crois que dans les deux ou trois dernières années, ça s'est calmé un peu.

Certaines retouches mineures ont été apportées aux réponses d'André Magnan afin de faciliter la lecture.

Agriculture

Économie