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La vie après la DPJ

Le reportage de Vincent Maisonneuve

Photo : Radio-Canada

Vincent Maisonneuve

« Le monde pense que les jeunes qui sortent des centres jeunesse, ce sont tous des bums. Qu’on finit tous dans les gangs de rue à vendre de la poudre. C’est vraiment faux. » Mikaël en a assez de l’image qu’on colle aux jeunes des centres jeunesse de la DPJ. Olivier, Philippe, Anthony et lui racontent comment ils ont vécu le passage des centres jeunesse à la vie adulte.

Ils ont de 19 à 22 ans. Ils ont un emploi. Ils étudient au cégep ou à l’université. « Je suis à l’université et je vis sur le Plateau-Mont-Royal », lance Anthony qui, entre les études et le travail, s’entraîne à la boxe. Les quatre hommes sont allumés, curieux et remplis d’humour. On est loin de l’image du délinquant souvent associé aux jeunes des centres jeunesse.

Ils ont passé plusieurs années en foyer de groupe, des résidences où vivent des jeunes de la DPJ sous la supervision d’intervenants et de travailleurs sociaux. « Je suis entré en centre jeunesse, j’avais 11 ans », explique Mikaël. « J’y suis resté jusqu’à 18 ans. Depuis un an et demi, je suis en appartement. Ce n’est pas toujours facile au quotidien. »

La vie après 18 ans

Lorsque est venu le temps de quitter le centre jeunesse, Mikaël, Olivier, Anthony et Philippe ne pouvaient pas retourner dans leur famille, pour différentes raisons. Pour bien des adolescents, le passage à la vie adulte s'accompagne de tout un lot de défis. Les quatre ont dû faire cette transition sans le soutien de leurs parents.

Philippe, le plus discret des quatre, s’ouvre sur ses premiers moments en appartement. « Quand on est [en centre jeunesse], on est comme dans une coquille protégée du monde extérieur. » Il admet avoir dû s’adapter à la vie à l’extérieur du centre. « J’ai réalisé qu’il faut être prudent. » Philippe dit avoir appris à ne pas faire systématiquement confiance à tout le monde.

Tu pars d’un environnement où l’on te dit : “tu te lèves à telle heure, tu manges à telle heure…” J’étais rendu complètement libre et je ne savais pas quoi faire de ma liberté.

Mikaël

Lorsque est venu le temps de quitter le centre à 18 ans, Mikaël était capable de cuisiner et de s’occuper de son appartement. Mais sur le plan social, il s’est senti « un peu déficient. On n’a pas la chance de vivre les expériences qu’un adolescent normal vit habituellement en famille », dit Mikaël. « Je pense que c’était nécessaire que je sois [au centre jeunesse], parce que je ne serais pas assez autonome sur plein de côtés si je n’avais pas été ici », ajoute-t-il, rappelant que la vie en centre jeunesse est très encadrée.

C’est comme quitter une famille. On quitte les centres jeunesse, on quitte tout ce qu’on connaît pour aller vers un autre monde.

Olivier

L’aide est là, mais il faut en vouloir

« Si un éducateur ne t’offre pas de soutien après [tes 18 ans], ce n’est pas un bon éducateur. » Olivier va bientôt avoir 23 ans. Comme les trois autres, il reste profondément attaché à certains adultes qu’il a côtoyés en centre jeunesse, surtout Renée. « Je peux parler pour tout le monde et dire que c’est une travailleuse sociale qui a eu un gros impact sur nous. Elle nous a changés. » Renée continue d’ailleurs d’accompagner les quatre jeunes hommes dans leur transition vers la vie adulte. « On se sent à la maison quand on est avec Renée. »

Olivier (de dos) explique que les jeunes qui quittent les centres jeunesse ont accès à des services d'aide.

Olivier (de dos) explique que les jeunes qui quittent les centres jeunesse ont accès à des services d'aide.

Photo : Radio-Canada

Anthony soutient que l’aide existe. Même après 18 ans. Il faut cependant vouloir être aidé. « Si le jeune n’est pas réceptif à l’aide des éducateurs, la scène du gars qui se retrouve seul avec [ses affaires dans] un sac à poubelle risque d’arriver. » Selon Anthony, chaque cas est différent, mais certains arrivent à 18 ans et préfèrent se libérer le plus vite possible de l’encadrement des centres jeunesse.

« Il y en a qui font le choix de vivre pauvrement leur liberté. Alors que d’autres vont prendre les outils qui sont là. » Olivier enchaîne avec un exemple. « Tu peux demander à Renée d’aller te reconduire à l’appartement que tu as loué ou partir seul avec un sac poubelle et te ramasser dans un refuge parce que tu voulais absolument partir trois semaines plus tôt, avant même d’avoir trouvé un appartement. »

Il y a ceux qui sont prêts à partir et ceux qui pensent qu'ils sont prêts à partir. C’est vraiment ça, l’histoire de la vie dans les centres jeunesse.

Olivier

Olivier admet qu’il n’a pas toujours voulu qu’on l’aide. « La première fois que j’ai réalisé que je n’avais pas de bouffe, que j’ai réalisé que j’avais besoin d’aide, je n’en ai pas demandé. Je ne voulais pas piler sur mon ego. » Il dit n’avoir mangé que du riz pendant trois semaines. Pourtant, l’aide était disponible, répète-t-il. « Si tu as besoin de nourriture, de vêtements ou d’un manteau d’hiver, ils ne nous laissent jamais les mains vides. »

« De l’aide, il y en aura toujours. Il faut juste aller la chercher », assure-t-il.

Anthony se rappelle un soir d’hiver il y a quelques années. Il habitait toujours dans le foyer de groupe. « J’espère que je ne vais pas trahir un secret de mon unité », dit-il, hésitant à raconter son histoire. Ce soir-là, un ancien du centre cogne à la porte. Le jeune homme n'avait nulle part où aller. Anthony se souvient que l’intervenant en charge ce soir-là a dit : « Si tu as besoin de dormir ici, viens passer quelques nuits. »« Ils vont toujours t’aider », conclut Anthony.

« La transition à la vie adulte est difficile pour tous nos jeunes », convient Isabelle Lavertu, chef de service au centre jeunesse de Montréal. « C’est un double défi quand tu as été hébergé longtemps en centre jeunesse. C’est clair. »

Je défie quiconque d’affronter ce que les jeunes [de la DPJ] ont dû affronter. De faire le passage à la vie adulte avec toutes les brisures qu’ils ont à l’intérieur. Ces jeunes sont des gens que l’on devrait honorer et admirer.

Isabelle Lavertu, chef de service au centre jeunesse de Montréal

L’équipe que dirige Isabelle Lavertu prépare les jeunes à cette transition dès l’âge de 16 ans. L’accompagnement se poursuit jusqu’à l’âge de 19 ans, et les services d’aide peuvent se poursuivre au-delà de cet âge si les jeunes ne se sentent pas encore prêts. « On a tous l’image du jeune avec son sac vert sur le perron. Ça fait des années qu’on travaille pour ne plus que cela arrive », assure-t-elle.

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