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Immigration : la réforme du gouvernement Legault suspendue, des consultations à venir

Le gouvernement Legault compte « refaire [ses] devoirs ».

François Legault à l'Assemblée nationale

Le gouvernement Legault a finalement annoncé la suspension de sa réforme de l'immigration, après une semaine de controverse.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Radio-Canada

La réforme des règles entourant le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) est mise en veilleuse.

Le gouvernement Legault compte retourner à la planche à dessin, et des consultations auront lieu ultérieurement avec des représentants du milieu des affaires et du monde universitaire.

On sentait bien qu'on n'avait pas d'alliés, a expliqué un proche de François Legault à Radio-Canada.

Désormais, l'objectif du gouvernement est de rallier les différents acteurs qui ont déploré un manque de dialogue avant l'annonce de cette réforme, la semaine passée.

Dans une courte publication sur Facebook, le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, a écrit qu'au cours des derniers jours, différents acteurs des milieux économiques et de l’éducation ont soulevé des interrogations en rapport avec les listes des domaines de formation en demande et des emplois en déficit.

Afin de rassurer l’ensemble de ces acteurs, le gouvernement du Québec annonce la suspension temporaire des modifications au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Les listes des domaines de formation en demande et des emplois en déficit seront révisées en collaboration avec les acteurs concernés, a ajouté le ministre sur le réseau social.

Simon Jolin-Barrette a perdu toute crédibilité

Les réactions n'ont pas tardé à la suite de l'annonce du retrait de la réforme.

On a eu droit à une fin de semaine qui a été assez mouvementée, a souligné le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pierre Arcand, qui est aussi le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.

On a vu un gouvernement qui était extrêmement brouillon, qui a reculé une première fois mercredi sur une réforme en immigration qui n'avait aucun sens, et on voit ce soir [vendredi] un gouvernement qui recule complètement sur sa réforme. Ce que je constate, c'est qu'après l'avoir défendue, bec et ongles, toute la semaine, et avoir, dans une certaine perspective, contredit le premier ministre, le ministre de l'Immigration a perdu toute crédibilité face aux différents groupes et étudiants, a-t-il poursuivi.

Je pense que le premier ministre devrait penser sérieusement à lui retirer son dossier.

Pierre Arcand, chef intérimaire du PLQ

Le gouvernement, dit le chef libéral intérimaire, improvise et ne fait pas ses devoirs. M. Arcand invite également François Legault et ses ministres à travailler dans l'intérêt des Québécois, et pas seulement dans l'intérêt d'une base électorale.

C'est une bonne nouvelle, ça veut dire que la mobilisation a permis de faire changer d'idée le gouvernement; [...] c'était trop important pour l'avenir des cégeps, des universités, du monde du travail, de la vitalité de nos régions... C'est le message que nous avons porté toute la semaine, a déclaré le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

Pour la suite, dit-il, on veut être consultés, on veut que ça soit une réussite; le premier ministre pourra compter sur la contribution du Parti québécois pour avoir la meilleure politique possible pour s'assurer du succès de chacun des étudiants internationaux au Québec.

Chez Québec solidaire, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois a salué sur Twitter la fin du « règlement catastrophe » de Simon Jolin-Barrette. La preuve que rien, même un gouvernement arrogant et insensible, n'est plus fort que la colère populaire.

Je salue cette décision du premier ministre. Je tends la main au gouvernement pour participer aux consultations de la nouvelle mouture du règlement, a de son côté déclaré Guy Breton, le recteur de l'Université de Montréal.

Pour sa part, Guillaume Cliche-Rivard, président de l'Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration (AQAADI), le gouvernement « a fait preuve de courage et d'humilité » en reconnaissant que sa réforme n'obtenait pas l'approbation des divers acteurs touchés par les mesures annoncées.

Être capables de dire "OK, on s'est peut-être trompés", et de retourner à la planche à dessin, ce n'est pas quelque chose que l'on a beaucoup vu non seulement de ce gouvernement, mais de tous les gouvernements passés, a-t-il ajouté, avant de préciser que le gouvernement a erré en ne consultant pas avant d'annoncer sa réforme.

Et à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on indique, par voie de communiqué, que la suspension de la réforme « est la bonne décision dans les circonstances ».

Une réforme en profondeur

La décision d'annuler temporairement la réforme a été prise en concertation avec le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, en fin d'après-midi, quelques heures après la publication d'un reportage illustrant de nombreuses incohérences dans la liste des domaines de formation désormais admissibles au PEQ. Ce programme, qui s'adresse à des étudiants et à des travailleurs temporaires, permet d'obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ) plus rapidement que par la voie classique.

La refonte de ce programme, qui est un chemin rapide vers l'immigration permanente, était au cœur des débats.

Selon cette modification réglementaire, les étudiants et les travailleurs temporaires étrangers souhaitant postuler au PEQ devaient avoir étudié dans un secteur ou occupé un emploi qui figurait dans une liste publiée par le ministère de l'Immigration.

Cette mesure avait été critiquée dans un premier temps par des étudiants, puis des avocats, des experts en intelligence artificielle comme Yoshua Bengio, mais aussi l'ensemble du milieu économique, sans oublier les recteurs des universités et les dirigeants des cégeps.

Un premier recul partiel mercredi

La réforme touchait bon nombre d'étudiants ou de travailleurs déjà installés au Québec, et qui avaient, dans certains cas, fondé des familles, en plus d'occuper un emploi ou de suivre une formation.

Devant le tollé soulevé par cette décision, le gouvernement avait reculé une première fois, en annonçant mercredi qu'une clause de droits acquis serait offerte aux étudiants étrangers participant déjà au PEQ, leur permettant d'échapper à la refonte.

Hier, j’ai été très ébranlé par les témoignages qu’on a entendus, avait ainsi commenté le premier ministre Legault, peu après que son ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, eut confirmé la volte-face du gouvernement.

Un retrait complet réclamé

Ce lest jeté par la CAQ n'avait toutefois pas suffi; les milieux d'affaires et ceux de l'enseignement supérieur avaient continué à réclamer le retrait de la réforme, alléguant que le resserrement des critères nuirait aux entreprises, déjà engluées dans une pénurie de main-d'oeuvre, ainsi qu'aux cégeps et universités, dont plusieurs programmes dépendent de l'afflux des étudiants étrangers.

On reste préoccupés, avait affirmé Pierre Cossette, le président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), mercredi.

La liste des domaines de formation donnant accès désormais au PEQ, publiée par le gouvernement la semaine dernière, est beaucoup trop restrictive, clame-t-il en faisant référence à plusieurs métiers d’avenir, professions et programmes importants pour le Québec qui ne s’y retrouvent pas.

De son côté, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, avait réclamé un allègement de la réforme, en évoquant des problèmes de recrutement accrus si les changements étaient adoptés.

À cela, François Legault avait répondu que les milieux d'affaires cherchaient à obtenir le plus d'immigrants possible pour éviter que les salaires n'augmentent trop, et que les cégeps et universités étaient financés par les frais que déboursent les étudiants étrangers.

Avec la collaboration de Romain Schué et de Sébastien Bovet

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