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Le cinéma en salle est-il en perte de vitesse en Abitibi-Témiscamingue et au Québec?

Une rue avec au loin la marquise du cinéma du Rift.

Le cinéma du centre Le Rift, à Ville-Marie

Photo : Jean-Francois Girard/Le Rift

Alexia Martel-Desjardins

Des statistiques de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) démontrent une diminution de l'assistance dans les salles de cinéma dans la région au cours des cinq dernières années. Cependant, ces chiffres ne révèlent pas d'autres variations plus encourageantes.

Depuis cinq ans, seul le secteur des arts de la scène a connu une hausse de l'assistance dans la région, selon les données de l'OCCQ.

La diminution de l'assistance dans les salles de cinéma depuis 2013 ne semble toutefois pas inquiéter les propriétaires de cinémas de la région.

Il faut vraiment considérer que les cinémas sont des joueurs très actifs dans le milieu culturel, et je crois que c’est pour encore un bon bout de temps.

Pierre Gaudreault, propriétaire du cinéma Paramount, à Rouyn-Noranda

Lysandre Rivard, responsable des communications et coordonnatrice du cinéma Le Rift, à Ville-Marie, observe plutôt que l'assistance fluctue en fonction de divers facteurs, comme la température extérieure ou l'origine des films.

Je dirais aussi que ça dépend énormément de l’offre qu’on a. Au Témiscamingue, les films québécois sont énormément populaires, donc à partir du moment qu’on présente un film québécois, notre salle est pleine à craquer tout le temps, remarque-t-elle.

Pierre Gaudreault, propriétaire du cinéma Paramount, à Rouyn-Noranda, abonde dans le même sens. Il a constaté de bonnes ventes en 2018, notamment grâce aux succès de films québécois.

Au Québec, on a une particularité, c'est qu'on a le cinéma québécois, dit-il. Alors une année où le cinéma québécois est très fort, ça paraît, parce que ça vient augmenter les ventes; ça vient compléter, si on veut, les ventes qu'on a pour les films américains.

M. Gaudreault voit plutôt un maintien sur le plan de l'assistance et des revenus.

On constate des variations saisonnières, annuelles, et dans les dernières années, on pourrait dire qu'on est à peu près stables, ou sinon on pourrait parler de maintien, rapporte-t-il.

Les plateformes en ligne : pas vraiment une menace

L'expérience qui consiste à regarder un film dans une salle de cinéma ne peut être recréée en le visionnant chez soi sur une plateforme en ligne (diffusion en continu, ou streaming). Ainsi, Lysandre Rivard et Pierre Gaudreault croient que l'abondance et la popularité des plateformes de visionnement (pensons à Netflix, à HBO, à Hulu, à Illico ou à ICI Tou.tv, pour n'en nommer que quelques-unes) ne menacent pas la survie des salles de cinéma.

Les gens ont accès à beaucoup plus de variété et d’offres. Cependant, le cinéma est encore considéré comme quelque chose de différent, dans le sens où il procure une expérience aux clients; il leur procure une sortie, souligne M. Gaudreault.

L'Abitibi-Témiscamingue se classe au cinquième rang parmi les 12 régions du Québec pour ce qui est du taux d'assistance dans les cinémas. La région de Montréal est la deuxième, avec le plus faible taux d'assistance (après les Laurentides, qui arrivent en dernière position).

On mise énormément, dans notre promotion, sur l'effet grand écran; le son, qui est toujours meilleur au cinéma que chez soi, sur son téléphone ou sur son ordinateur.

Lysandre Rivard, responsable des communications et coordonnatrice du cinéma Le Rift

Lysandre Rivard croit aussi que c'est seulement en salle de cinéma qu'on peut vivre une certaine expérience sensorielle.

Dès qu'on a des effets spéciaux, des films en 3D (trois dimensions), des films qu'on peut difficilement trouver sur Internet, c'est vraiment ce qui nous maintient populaires, soutient-elle.

Le défi du financement

Madeleine Perron, directrice générale du Conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue, explique que les activités culturelles ponctuelles – spectacles, festivals, événements spéciaux, etc. – génèrent davantage d'intérêt, et donc de profits, que les programmations régulières, comme c'est le cas dans les cinémas.

Les événements de courte durée, tu te mobilises, tu fais le plein de culture. Alors ça, c'est certain que c'est très apprécié et, évidemment, c'est plus facile d'aller chercher du financement au niveau de la commandite d'un événement que d'une programmation régulière, [...] et puis aussi, les événements ont des possibilités au niveau du tourisme, ce qui n'est pas le cas dans les programmation régulières, nuance-t-elle.

Une affiche aux couleurs vives montre un huard dans la tradition autochtone. L'affiche indique 38e Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.

Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue a présenté cette année 16 films primés et 28 premières : 13 mondiales, 3 nord-américaines, 9 canadiennes et 3 québécoises.

Photo : Radio-Canada / Marc-Olivier Thibault

En effet, Pierre Gaudreault observe que l'industrie du cinéma reçoit moins de subventions que les arts de la scène ou les institutions muséales.

Des pellicules utilisées pour la diffusion de films dans un cinéma du Manitoba, le dimanche 26 août 2012

Les pellicules 35 mm telles que celle-ci disparaissent au profit de la diffusion numérique de film dans les salles de cinéma.

Il croit que les cinémas bénéficieraient d’une aide financière du gouvernement dans les prochaines années, notamment en raison de l'achat d'équipements numériques, dont la qualité se détériore plus rapidement que les équipements utilisés auparavant avec les films en pellicules.

Je pense que, oui, le gouvernement devrait penser à supporter les cinémas pour le renouvellement du parc technologique, surtout quand on considère que cette technologie-là permet, entre autres – et nous, on va le vivre, au cinéma Paramount – de présenter des productions locales beaucoup plus facilement qu’à l’époque de la pellicule, explique-t-il.

Dans son rapport de statistiques sur l’industrie du film et de la production télévisuelle indépendante, l'OCCQ mentionne que les données des dernières années semblent démontrer un ralentissement de la tendance à la baisse de l'assistance dans les cinémas, une tendance observée depuis 2003.

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Abitibi–Témiscamingue

Cinéma