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Mort de Jean-Paul Beaumont en prison : un rapport pointe les failles du système

Un homme, proche de la quarantaine, avec un t-shirt noir et des lunettes noires.

Jean-Paul (« J.-P. ») Beaumont, 39 ans, est mort en octobre 2012 lorsqu'il était détenu au Centre correctionnel de Brandon au Manitoba (archives).

Photo : CBC

Radio-Canada

Comment Jean-Paul Beaumont a-t-il pu avoir accès à une grande quantité de morphine du fin fond de sa cellule? Le rapport d’enquête sur la mort de Jean-Paul Beaumont, survenue en 2012 quand il était incarcéré, vient d’être publié. L’auteur du document, le juge John Combs, indique que la drogue a probablement été introduite par d'autres prisonniers.

C'était le 24 octobre 2012. Ce matin-là, le corps sans vie de Jean-Paul (« J.-P. ») Beaumont a été retrouvé dans sa cellule du Centre correctionnel de Brandon.

L’homme de 39 ans était un haut gradé des Rock Machine, un groupe de motards criminalisés du Manitoba. Cette organisation avait été impliquée dans une guerre de territoire contre les Hells Angels, un autre gang auquel a appartenu Jean-Paul Beaumont.

En 2010, Jean-Paul Beaumont a fui la province après que sa maison eut été la cible d'une fusillade. Il a été arrêté à Toronto et renvoyé au Manitoba, car il était en liberté sous caution à l'époque. D'après le récent rapport, la vie de Jean-Paul Beaumont était « toujours sur le fil ».

Il est mort cinq jours avant son procès, où il faisait face à un chef d'accusation de tentative de fuite. Il avait une autre date d'audience prévue en novembre 2012 pour conduite dangereuse et violations présumées de ses conditions de libération sous caution.

À la suite de cette mort, jugée suspecte, le Service de police de Brandon et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avaient ouvert une enquête.

Sa mort a ensuite été jugée de nature non criminelle, la cause étant plutôt le résultat d'une surdose de morphine.

En octobre 2017, une nouvelle enquête a été ouverte pour que la lumière soit faite sur la manière dont le détenu avait pu accéder à la morphine, et pour déterminer par quel moyen la substance est arrivée dans son organisme et si sa mort aurait pu être évitée.

Une dose importante de morphine

Le rapport d’enquête indique que Jean-Paul Beaumont avait 393 nanogrammes de morphine et 76 nanogrammes de méthamphétamine dans son sang. Le document précise que, au-delà de 100 nanogrammes, la substance est considérée comme toxique et peut avoir différents effets, incluant la mort.

Cette ingestion de drogue était-elle volontaire? Difficile de le déterminer selon les conclusions du juge responsable de l’enquête. Mais rien n’indique non plus qu’on l’a forcé.

Au cours de cette enquête, certains prisonniers ont indiqué avoir vu Jean-Paul Beaumont prendre de la drogue le jour de sa mort. L’un d’entre eux a même admis en avoir pris avec lui.

Le document souligne que compte tenu de l’attitude de ses codétenus et qu'aucune trace de lutte n'a été retrouvée sur le corps du défunt, il est difficile de croire que Jean-Paul Beaumont a pu être obligé d'ingérer les substances.

Le juge Combs explique : Bien que jamais personne puisse être totalement sûr des circonstances de la mort de J.-P., la seule évidence que j’ai est que la mort a été causée par l’ingestion volontaire d’une grosse quantité de morphine.

Une stratégie bien rodée

Pour autant, le stratagème grâce auquel Jean-Paul Beaumont a pu avoir accès à la morphine est révélé.

Selon le rapport, Jean-Paul Beaumont a toujours usé du système de visites et de livraisons de paquets pour se fournir.

En ce qui a trait aux drogues qui lui ont été fatales, elles ont été introduites par un autre prisonnier. Ce dernier a profité d’un rendez-vous médical pour placer les drogues dans des œufs en chocolat qui ont été attachés à la cuvette des toilettes, proches de son lieu de rendez-vous. Un autre prisonnier les a ensuite récupérées.

Les recommandations

Dans son rapport, le juge Combs émet plusieurs recommandations à l’attention de l’administration pénitentiaire.

Les rondes pour vérifier le nombre de prisonniers et leur état de santé doivent être faits de manière plus minutieuse, surtout celles en fin de journée. Le juge préconise que les gardiens vérifient que les détenus sont bien en vie.

Quant à la transmission du courrier, tout doit être vérifié. C’est une disposition que le Centre applique déjà depuis l’incident.

Le juge recommande de ne pas transmettre aux prisonniers des informations sur le lieu et l’heure de leurs rendez-vous à l’extérieur de la prison en amont. Le but : éviter de donner l’occasion aux prisonniers d’élaborer des stratégies pour introduire de la drogue ou autre dans la prison.

Le juge préconise de renforcer la formation des agents qui escortent les prisonniers à l’extérieur de la prison.

Il incite aussi l’administration pénitentiaire à réfléchir à l’installation d'alarmes de panique dans les cellules individuelles.

Enfin, le juge manitobain estime qu’un règlement devrait être mis en place pour demander que chaque incident où des armes ou les drogues sont retrouvées dans l’institution doive être rapporté.

Faire son deuil en paix

La sœur de Jean-Paul Beaumont, Suzanne Beaumont, a fait partie de la liste des témoins interrogés pour cette enquête. Depuis la mort de son frère, elle milite pour que ce triste événement entraîne des améliorations quant au traitement des détenus.

Jointe par téléphone, Suzanne Beaumont a expliqué être soulagée de voir ce rapport publié. Elle dit que désormais, elle pourra faire le deuil de son frère en paix, et ce, même si elle est persuadée que ce dernier n'a pas ingéré volontairement la drogue qui a causé sa mort. Comme on l’a bien mentionné dans le rapport, le décès de mon frère est complexe. On ne saura jamais à 100 % ce qui est arrivé à Jean-Paul ce soir-là. Je sais, au fond de mon coeur, qu’il n’a pas consommé cette drogue.

Elle estime tout de même que ce rapport va dans le bon sens, car il met en exergue certaines failles du système. Suzanne Beaumont souhaite que les recommandations du juge soient mises en application.

Manitoba

Justice et faits divers