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De Top Chef à sans-emploi : un immigrant francophone lance un appel à l’aide

Khalid Kahya, vêtu de son uniforme de chef, accoté sur un lampadaire, devant un arbre.

Khalid Kahya était chef dans un restaurant de Casablanca, au Maroc, après avoir travaillé en Italie.

Photo : Radio-Canada / Khaid Kahya

Julie Landry

Khalid Kahya, un chef cuisinier marocain qui est arrivé au Canada il y a 18 mois avec sa femme et leurs deux enfants, dénonce le système de permis fermé qui le lie à un employeur.

Le chef, qui a déjà participé à la version arabe de l'émission Top Chef, a d'abord été recruté par un propriétaire de restaurant vancouvérois en vertu du programme de mobilité francophone, qui favorise l’immigration des francophones à l’extérieur du Québec.

Après l'échec de ce premier emploi, il a été recruté par un deuxième restaurateur doté d'un permis qui ne lui permet de travailler que pour cet employeur.

Gros plan de Khalid Kahya, vêtu de son uniforme de chef avec le logo Top Chef.

Khalid Kahya a participé, en 2016, à la version arabe de l'émission de télévision « Top Chef ».

Photo : Khalid Kahya

« Le travail qu’ils m’ont promis, je ne l’ai pas eu », explique le chef cuisinier, qui avait accepté de commencer au bas de l’échelle, avec l'espoir de remonter. « Mais en fin de compte, ce n’était pas ça. C’était : tu es là, tu es une machine, tu travailles et c’est tout », déplore-t-il.

Il a fini par craquer, parce que les heures, le salaire et les promesses d’avancement que lui avait fait miroiter le second employeur l'ayant recruté ne se sont pas concrétisés.

M. Kahya dit avoir reçu de nombreuses offres d’emploi comme chef, mais les employeurs se désistent lorsqu'ils apprennent qu’ils doivent faire les démarches pour un nouveau permis de travail fermé. Le temps de traitement de dossier est de 144 jours.

« Je suis déçu de ce système. C’est très difficile. »

Des répercussions sur toute la famille

La santé physique, financière et surtout psychologique de M. Kahya en souffre.

« Ça me travaille beaucoup au niveau sentimental, mon comportement avec mes enfants et avec ma femme », confie le père de famille.

Ils voient très bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Ils voient très bien que je ne veux pas briser leur rêve canadien.

Khalid Kahya, chef cuisinier

Sa femme, Kawtar El Jamal, en a contre ce système qui, selon elle, empêche son mari de gagner sa vie.

« On n’est pas là pour chômer! On n’est pas là pour demander de l’argent de l’État. On veut vivre dans ce magnifique pays et, surtout, voir nos enfants devenir des citoyens épanouis », explique-t-elle.

Khalid Kahya et Kawtar El Jamal sont debout l'un à côté de l'autre, dans la cour arrière de leur maison.

Khalid Kahya et Kawtar El Jamal espèrent pouvoir rester au Canada pour offrir leur rêve à leurs deux enfants.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Ce qui soutient leur couple, c’est justement de constater à quel point leurs deux enfants sont si bien intégrés et heureux dans les écoles francophones de Vancouver, notent-ils.

Les recours possibles :

  • Trouver un autre employeur qui ferait les démarches de demande de permis pour un travailleur temporaire étranger. Temps de traitement de dossier : 144 jours.
  • Faire une demande de permis de travail ouvert pour travailleurs vulnérables, si l’employé peut prouver qu’il est victime de violence physique, sexuelle, psychologique ou financière. Temps de traitement de dossier prévu : 5 jours.
  • Faire ce qui est communément appelé « le tour du poteau », c’est-à-dire se rendre aux États-Unis et demander au poste de douanier américain de retourner au Canada en faisant une nouvelle demande de permis. Cette solution est toutefois déconseillée à cause des nombreuses embûches possibles.

Source : Stéphane Duval, associé chez McCarthy Tétrault et responsable de groupe sur le de l'immigration

Aide de la communauté francophone?

Khalid Kahya demande de l’aide. À l’aide d’une conseillère en immigration, il déposera sous peu une demande de permis de travail ouvert pour travailleurs vulnérables.

En attendant, il lance aussi un appel à la communauté francophone d’accueil afin qu’elle vienne appuyer davantage les nouveaux arrivants qui sont dans la même situation que lui. « On veut un suivi, on veut qu’elle épaule ces gens si elle veut qu’ils restent ici et que le français soit entendu partout. »

La gestionnaire de programme au Programme d’immigration francophone de la Colombie-Britannique, Pascaline Nsekera, connaît le genre de situation que vit M. Kahya.

Elle croit que le fait d’avoir un permis de travail rattaché à un employeur crée une situation de vulnérabilité en cas de mauvais traitements.

Elle admet toutefois que son groupe a des moyens limités pour les aider. « Nous recevons plus que 450 personnes par an et nous avons seulement une personne qui travaille deux jours par semaine », précise-t-elle.

Colombie-Britannique et Yukon

Immigration