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Élections en Espagne sur fond de crise catalane

C’est du jamais-vu en Espagne. Les électeurs sont convoqués dimanche aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans. Et la question catalane pourrait bien influencer le résultat.

Un partisan du parti d'extrême droite Vox porte un chapeau et une cape aux couleurs de l'Espagne.

Le jeune parti d’extrême droite Vox a le vent dans les voiles en Espagne.

Photo : Reuters / Susana Vera

Yanik Dumont Baron

Une grande salle de réunion dans un hôtel en banlieue de Madrid. Les sacs sont fouillés à l’entrée; les hommes, passés au détecteur de métal.

À l’intérieur, beaucoup de drapeaux espagnols rouge et jaune. Au fond, sur la scène, un décor vert sur lequel est inscrit un slogan simple : España Siempre. L’Espagne, toujours.

Dans la salle, on appuie Vox, un jeune parti d’extrême droite qui a le vent dans les voiles. Une voile gonflée par la crise catalane et la récente flambée de violence à Barcelone.

Il faut défendre la Catalogne!, lance un jeune Espagnol venu avec sa copine. Défendre aussi ceux qui ne veulent pas partir d’ici. Pour moi, c’est l’essentiel.

Un commentaire qui semble bien résumer la pensée des gens venus écouter les candidats de Vox ce soir-là. Le parti est très patriotique, très dur envers les migrants, les féministes et les séparatistes.

Surenchère patriotique

Vox prône la ligne dure contre les indépendantistes et ceux qui ont affronté les policiers dans les rues de Barcelone, depuis l’annonce d’une peine de prison pour les anciens dirigeants du mouvement.

Les violents doivent aller en prison, explique une dame, drapeau espagnol à la main. Ceux qui ne respectent pas la loi doivent aussi aller en prison.

Une logique patriotique, née d’une crise qui ne se règle pas. Une crise qui fait régulièrement la manchette sur la planète. L’appel de Vox séduit un nombre croissant d’Espagnols, selon les récents sondages.

Au point où les autres partis de droite ont rivalisé de déclarations durant la campagne pour montrer qu’eux aussi pouvaient être durs envers les indépendantistes catalans.

Même une partie de la gauche s’y est mise. Et pas n’importe laquelle : le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sanchez, l’actuel président par intérim.

Au cours de cette campagne, qui n'aura duré que huit jours, et lors de l'unique débat, Pedro Sanchez a promis d’agir avec fermeté démocratique dans le dossier catalan. Il a aussi mis en sourdine la portion plus à gauche de son programme électoral.

Des gens agitent des drapeaux et applaudissent dans un rassemblement organisé par le parti Vox.

L’appel de Vox séduit un nombre croissant d’Espagnols, selon les récents sondages.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Impasse politique (encore) en vue

Le PSOE a fait campagne sur les terres de droite afin de séduire une partie des électeurs centristes, soit ceux qui seraient tentés d’appuyer Vox pour sa fermeté patriotique sans compromis.

Les socialistes et les partis de droite bataillent pour les mêmes votes : les votes nationalistes espagnols, décrypte Duncan Shaw, professeur de politique à l’Université Internationale Schiller de Madrid.

Les Espagnols en ont assez de la situation en Catalogne, poursuit-il. [Pedro] Sanchez recherche ce vote anti-catalan, ce vote de frustration.

Les sondages laissent cependant entrevoir une déception pour les socialistes : dimanche, ils remporteraient encore le plus grand nombre de sièges au Parlement, mais resteraient minoritaires.

Obligation, donc, de négocier avec d’autres partis la formation d’un gouvernement. Autant dire, retour à la case départ.

Pedro Sanchez se prend en photo dans un événement de campagne.

Pedro Sanchez, à la tête du parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lors d’un rassemblement de campagne à Barcelone.

Photo : Reuters / Rafael Marchante

C’est justement l’échec des négociations avec un autre parti de gauche, Unidas Podemos, qui a forcé la tenue de ce second scrutin en un peu plus de six mois.

Et malgré ces déclarations de fermeté envers les Catalans, on voit mal les socialistes gouverner en coalition avec les partis de droite, même les plus modérés.

Des électeurs déçus, frustrés

Pas besoin de passer beaucoup de temps dans un marché public près de Madrid pour constater à quel point la situation frustre les Espagnols.

Les quelques politiciens qui passent des tracts sont largement ignorés; même chose pour ceux qui déambulent, sourire aux lèvres, dans l’espoir de rencontrer des électeurs.

Bien des gens ne voteront pas, assure un vieil homme en s’arrêtant devant un étal de légumes frais. À ses yeux, la politique est devenue un cirque bien loin des préoccupations des citoyens.

C’est très mauvais, rajoute le maraîcher, qui parle de cette autre campagne comme d’un gaspillage d’argent. Lui votera, mais il sait que bien d’autres ne voteront pas.

Le client en veut particulièrement au président sortant, Pedro Sanchez. Il critique sa façon de négocier la formation d’un gouvernement. C’était "soit moi, soit personne d’autre", C’est pas bon ça, déplore-t-il.

La crise politique prend ses racines dans la crise économique de 2008. C’est à ce moment qu’ont émergé d’autres formations politiques. Ces apparitions ont signalé la fin d’une alternance entre les deux grands partis de gauche et de droite.

A l’époque, l’émergence de ces partis avait été accueillie comme un vent de fraîcheur sur la jeune démocratie espagnole. Aujourd’hui, bien des gens sont déçus parce que ce système à plusieurs partis ne produit pas de gouvernement, analyse le politologue Duncan Shaw.

Les électeurs rencontrés au marché lui donnent raison. Je me sens un peu idiote de devoir voter de nouveau, lance une jeune femme. Son amie parle de ce vote comme d’une perte de temps.

On ne sait pas s’il y aura un gouvernement. Les politiciens ne se préoccupent pas de nous. Ils ne font rien, ils sont symboliques… comme le roi.

Une jeune électrice

Un parfum de défiance et de scepticisme envers les politiciens flotte sur ce marché près de Madrid, un parfum qui évoque aussi la contestation à Barcelone.

Yanik Dumont Baron est correspondant pour Radio-Canada en France

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