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Kétel Assé, le bloqueur qui déjoue le destin

Kétel Assé en est à ses derniers matchs au stade Telus.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf

Guillaume Piedboeuf

Il fait saliver les recruteurs professionnels et il croit en ses chances de percer la NFL. Avant de prédire l’avenir de Kétel Assé, il faut toutefois comprendre d’où il vient. Alors que s’achève sa carrière universitaire, le bloqueur format géant du Rouge et Or a une histoire à raconter. Celle d’un jeune décrocheur de Montréal-Nord qui a su déjouer le destin.

Assis aux abords du café du PEPS de l’Université Laval, Kétel Assé passe difficilement inaperçu. Avec ses 2 mètres de hauteur et 138 kg, doté d’immenses mains, le bloqueur étoile du Rouge et Or fait paraître bien petite la table cabaret à laquelle il est assis.

Sa présence, toutefois, n’a rien d’intimidant. Le colosse a le rire facile et un large sourire contagieux. Une chaleur humaine qui n’est probablement pas étrangère à ses racines haïtiennes.

Il parle vite et beaucoup. Comme si les mots et les idées se bousculaient dans sa tête. C’est qu’il n’a pas pris ce matin sa médication pour son trouble du déficit de l’attention, précise-t-il.

Samedi après-midi, le bloqueur a rendez-vous avec le puissant front défensif des Carabins de l’Université de Montréal devant une foule monstre, au stade Telus. Quand tu rentres dans le stade Telus et tu vois la foule, c’est magnifique. C’est un sentiment incroyable, décrit-il, conscient qu’il doit profiter du dernier droit.

Il préfère ne pas penser à cette éventualité, mais en cas de défaite, le match de la Coupe Dunsmore serait son dernier dans l’uniforme du Rouge et Or. En cas de victoire, ses adieux aux partisans de Québec pourraient se faire dans deux semaines en brandissant la Coupe Vanier.

À la mi-saison, son nom figurait au 7e rang des meilleurs espoirs en vue du repêchage de la Ligue canadienne de football, plus haut que n’importe quel autre joueur du réseau universitaire canadien. Cette saison, des recruteurs des 49ers de San Francisco et des Bears de Chicago se sont déplacés au nord de la frontière pour le voir à l’oeuvre.

Son visage n’est pas aussi connu des amateurs du Rouge et Or que ceux de ses anciens coéquipiers Mathieu Betts et Antony Auclair, mais c’est presque un compliment. Quand on joue sur la ligne offensive, ne pas se faire remarquer est synonyme de travail bien fait.

Kétel Assé fait plus que rêver à une carrière chez les pros. Il est convaincu qu’il en aura une. Cet hiver, il passera par le même processus que Betts et Auclair avant lui. Il devra s’entraîner sans relâche pour bien performer lors de tests physiques et se vendre aux recruteurs. Cela ne l’inquiète pas du tout.

Son grand défi de l’année 2020, assure-t-il, ce sera plutôt de compléter son baccalauréat en intervention sportive. Une chose bien moins probable dans sa vie qu’une carrière de sportif professionnel.

Je n’ai aucun proche qui est allé à l’université. Moi-même, j’avais lâché l’école. Le physique pour jouer au football, je l’ai eu naturellement. Je n’ai pas travaillé pour ça. Mais si j’obtiens mon diplôme après tous les obstacles, avec une dyslexie et un TDAH, là je vais vraiment être fier.

Kétel Assé tente de bloquer un joueur des Stingers.

Kétel Assé (#67) lors d'un match contre les Stingers de Concordia.

Photo : Nathalie Martin

Footballeur par hasard

Élevé par sa mère, son demi-frère et sa demi-soeur, tous deux beaucoup plus âgés que lui, Kétel Assé avait 5 ans lorsque la famille a quitté Saint-Marc, en Haïti, pour venir s’établir à Montréal.

Je me rappelle de la date exacte parce qu’on devait partir le 11 septembre 2001.

C’est finalement une dizaine de jours plus tard qu’il a mis les pieds au Canada. La famille s’est installée à Montréal-Nord. Un quartier riche en immigrants, parfois dur, mais où Kétel s’est vite senti à la maison.

Son premier amour était le basketball. J’ai toujours été plus grand et plus gros que les jeunes de mon âge, se remémore-t-il.

Mais l’équipe de basket de l’école secondaire Henri-Bourassa a été dissoute un an après que le grand adolescent ait commencé son secondaire.

L’été suivant, il était avec des amis dans un centre de jeux vidéo quand un entraîneur des Cougars de Saint-Léonard, une équipe civile, l’a abordé pour lui proposer de venir essayer le football. Kétel pensait qu’il parlait de soccer. Quand il a compris que le sport en question lui donnait le droit de distribuer des coups d’épaules de toutes ses forces, il s’est laissé tenter. Même si en raison de son poids, il devait jouer avec des joueurs plus vieux.

Au début, j’aimais frapper du monde, mais pas vraiment le football. Assimiler le cahier de jeu et tout, je trouvais ça trop cérébral.

Après un essai, Kétel décide d’arrêter. Mais rapidement, deux joueurs des Cougars, les jumeaux Omba et Shako Dimanche-Likuwa, lui passent un coup de fil pour lui demander de revenir. Il se laisse convaincre par les frères, eux aussi d’origine haïtienne, avec qui il se lie vite d’amitié. La mère de Kétel, une couturière, lui dit pour sa part qu’elle est prête à payer pour le football seulement s’il s’y consacre sérieusement.

C’était cher, mais elle préférait payer pour que je joue au football et savoir que j’étais bien encadré plutôt que je fasse des conneries dans la rue.

L’entente fonctionne bien durant trois ans et Kétel devient vite un joueur dominant, mais à sa 4e saison avec les Cougars, la motivation n’est plus là.

Au début de mon secondaire 5, on m’a mis dehors de l’école Henri-Bourassa parce que je n’étais pas un enfant facile à vivre. J’ai décidé de lâcher l’école et d’entrer sur le marché du travail. J’avais 17 ans et je travaillais déjà dans les bars comme portier.

Kétel Assé

Sur les traces du talentueux décrocheur

Paul Eddy Saint-Vilien venait de quitter un poste d’adjoint chez les Carabins pour prendre les rênes du programme de football des Nomades du cégep Montmorency. Pour relancer les Nomades, l’entraîneur avait besoin d’attirer de jeunes talents et il voyait dans sa soupe Kétel Assé, qu’il avait entraîné dans une équipe de flag football au secondaire.

Je savais qu’il y avait un gars au talent exceptionnel à l’école Henri-Bourassa et qu’à peu près personne à part moi savait qu’il était là. Je ne savais pas s’il jouait encore, mais j’ai décidé d’aller le chercher. J’ai fait quelques coups de fil puis je suis allé voir le directeur des sports à Henri-Bourassa pour avoir ses coordonnés, raconte Saint-Vilien.

Entre-temps, sous l’insistance de sa mère, Kétel avait décidé, à l’hiver 2013, de retourner compléter son secondaire aux adultes. À peu près au même moment, son ex-entraîneur de flag-football, avec qui il s’était toujours bien entendu, refait surface. Il me posait des questions sur mes études et je lui ai expliqué que l’école, ce n’était pas fait pour moi. Que je voulais commencer à faire de l’argent et tout.

Le décrocheur accepte tout de même de participer au camp de printemps des Nomades, ne serait-ce que pour renouer avec les frères Dimanche-Likuwa, qui portent déjà les couleurs de l’équipe.

Saint-Vilien l’invite ensuite à dîner pour discuter avec lui. Encore à ce jour, Kétel Assé en parle comme une conversation qui a eu de profondes répercussions sur sa vie. Le message, se rappelle son ancien entraîneur, était pourtant simple.

Je lui ai expliqué que quand tu as 18 ans et tu fais 20 $ de l’heure, tu as l’impression que tu es riche parce que tes amis travaillent au McDo à 12 $ de l’heure. Mais tu te rends compte rapidement qu’à la vitesse où tu dépenses cet argent-là, c’est rien. Je lui ai dit qu’avec son physique, s’il était sérieux avec le football, il allait pouvoir vraiment bien gagner sa vie.

Paul Eddy Saint-Vilien a un plan pour accommoder le joueur de ligne offensive. En faisant la sécurité à quelques événements du cégep, Kétel obtiendra de l’aide financière pour l’achat de ses livres et de son laissez-passer d’autobus. Il pourra manquer les pratiques à l’occasion pour continuer à travailler comme portier. À l’automne, Kétel Assé est officiellement un Nomade.

Paul Eddy Saint-Vilien vêtu aux couleurs des Carabins

Paul Eddy Saint-Vilien entraînait l'unité défensive des Carabins lors des débuts de Kétel Assé avec le Rouge et Or, mais le lien entre les deux hommes va bien au-delà de la rivalité.

Photo : Carabins de l'Université de Montréal

Sortir de Montréal-Nord

L’entraîneur-chef quitte les Nomades l’année suivante pour retourner avec les Carabins, mais il s’assure que l’entente entre Kétel et lui reste en vigueur.

Même s'il rencontre des difficultés à l'école, le jeune athlète réussit à passer ses cours. Il est motivé par une rencontre avec l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, lors de son deuxième camp printanier des Nomades. On s’est parlé rapidement, mais il m’a dit que j’avais la carrure non seulement pour jouer universitaire, mais possiblement chez les pros. Il y a comme eu un déclic.

Au bout de trois saisons à Montmorency, le talent de Kétel Assé n’est plus un secret dans le monde du football canadien. Des universités de partout au pays s’arrachent ses services. Dans l’espoir d’obtenir une bourse d’études dans une université américaine, le bloqueur participe à des camps au sud de la frontière.

Et il fait tourner des têtes, assure Paul Eddy Saint-Villien, qui l’a accompagné dans un camp en Ohio. Je m’en rappelle encore. Il était capable de complètement neutraliser des joueurs qui avaient des bourses d’études dans les plus gros programmes américains. Il avait épaté tout le monde. Le succès qu’il a aujourd’hui, j’aurais pu vous le prédire il y a dix ans.

Mais les offres américaines que reçoit Kétel sont toutes conditionnelles au fait qu’ils passent plusieurs cours de cégep additionnels. Dans le doute, il choisit de rester au Canada.

Son ancien entraîneur tente évidemment de l'attirer chez les Carabins, mais Kétel décidé qu’il vaut mieux pour lui de changer d’environnement. Pour un athlète, Montréal-Nord n’était pas idéal. Mes amis, ce n’étaient pas tous des citoyens modèles. Il y en a qui faisaient beaucoup d’argent et ça peut être tentant de faire comme eux. Je voulais m’assurer de ne pas avoir de mauvaises influences et avoir la tête au football.

Après deux visites à Québec, un passage de Glen Constantin au domicile familial de Montréal-Nord et une conversation avec Mathieu Betts, la décision de venir étudier à l’Université Laval est prise.

Kétel Assé estime que le programme du Rouge et Or est celui qui s’approche le plus de la NCAA. La ville de Québec, toutefois, ne lui dit rien.

Arrivée brutale

C’est comme cela que Kétel Assé décrit ses premiers pas à Québec, à l’hiver 2016. Durant six mois, il vit chez son demi-frère, à Charlesbourg, puis il loue un appartement.

J’étais isolé. Je ne connaissais absolument personne dans l’équipe. Il n’y avait personne d’autre de Montmorency. Les gars de la ligne offensive me trouvaient dur d’approche, mais c’était à peu près tous des gars de Québec d'un milieu assez aisé. Pour moi, un noir de Montréal-Nord, c’était un gros changement, raconte-t-il.

L’imposant athlète travaille encore comme portier dans les bars quatre à cinq soirs par semaine, ce qui le fait parfois manquer des entraînements.

Kétel Assé se place sur la ligne offensive dans un match contre les Redmen de McGill.

Kétel Assé (#67) et la ligne offensive du Rouge et Or.

Photo : Yan Doublet

Les gens n’ont aucune idée à quel point ça fesse pour un gars de Montréal-Nord qui arrive à Québec. Tu ne sais pas comment les gens te perçoivent et tu as toi-même des idées préconçues, raconte Paul Eddy Saint-Vilien, qui avait vécu une expérience similaire au début des années 2000 en venant jouer pour le Rouge et Or. Kétel m’appelait pour m’en parler et je lui disais qu’il fallait qu’il s’accroche. Que la première année était la plus difficile.

Même avec le réputé entraîneur de la ligne offensive du Rouge et Or, Carl Brennan, c’est difficile pour le bloqueur d’origine haïtienne. Carl travaille comme chez les pros. Moi, j’avais toujours été quelqu’un qui faisait les choses à ma manière. Je n’étais pas organisé. Un calendrier, ça n’existait pas. Je vivais dans le moment présent.

Un manque d’assiduité qui se traduit aussi à l’école, mais Glen Constantin ne laisse pas son joueur tomber. Il m’a beaucoup, beaucoup, beaucoup soutenu là-dedans. Il s’assurait que je vois mes tuteurs, que je passe mes cours pour ne pas perdre ma bourse. Si ce n’était pas de lui, je serais reparti à Montréal.

Une claque au visage survient lors de la dernière semaine de sa première saison, alors que le Rouge et Or se prépare à disputer la Coupe Vanier.

Je n’étais tellement pas ponctuel que la journée qu’on partait à Hamilton, je suis arrivé en retard. On m’a rencontré et on m’a expliqué que ça ne pouvait plus marcher comme ça. Rendu à ce niveau-là, et surtout si je voulais aller pro, le talent ne suffisait plus. Aucune équipe n’allait tolérer ça.

Kétel Assé

Quelques semaines plus tard, Glen Constantin convoque son bloqueur pour lui parler. Il lui suggère alors d’aller passer des tests pour déterminer s’il a un trouble du déficit de l’attention. Sur le terrain comme dans les salles de classe, il a toujours eu de la difficulté à se concentrer.

En arrivant à Laval, je pouvais bloquer n’importe qui en 1 contre 1, même Mathieu Betts. Mais en situation de 12 contre 12, j’étais toujours mélangé. Trop souvent, je partais à gauche alors que je devais bloquer à droite. C’est comme si je pensais à trop de choses en même temps.

Un joueur transformé

Kétel Assé souffre d’un TDAH et d’une dyslexie. Le diagnostic et la médication qui lui a été prescrite ont changé bien des choses.

Mais ce n’est pas que ça, avoue-t-il. Ce serait trop facile. Son attitude a dû changer aussi. J’ai compris que dans une équipe, il faut que tu t’adaptes aux autres, pas l’inverse.

Entre sa première et sa deuxième saison, il a mis la main à la pâte. Pour la première fois de sa vie, il a pris l’entraînement en gymnase au sérieux. Avec l’aide de son coéquipier sur la ligne offensive Samuel Lefebvre, il s’est plongé dans le cahier de jeu. À la fin de l'été suivant, il est arrivé au camp d’entraînement transformé.

Kétel Assé en action

Kétel Assé est le bloqueur à gauche partant du Rouge et Or depuis la saison 2017.

Photo : mathieu belanger / Mathieu Belanger

Devenu partant, Kétel Assé n’a jamais cessé d’ajouter des cordes à son arc depuis. D’un joueur brouillon de 124 kg, il est maintenant un mur de 138 kg sur le flanc gauche de la ligne offensive du Rouge et Or.

L’hiver dernier, lorsque des recruteurs de la NFL se sont déplacés à Québec pour le Pro Day de Mathieu Betts et Samuel Thomassin, Assé n’est pas passé inaperçu. Les recruteurs ont même insisté pour prendre sur-le-champ les mensurations du joueur de ligne offensive.

Un représentant des 49ers est venu le voir pour lui dire: les attributs physiques que tu as, même des joueurs étoiles de la NFL n’ont pas ça. Si tu es capable de peaufiner ton jeu, c’est sûr que tu vas avoir une chance­.

Kétel a encore beaucoup de place pour progresser. Il doit améliorer plusieurs aspects de son jeu s’il veut jouer dans la NFL, estime pour sa part son agent, Sasha Ghavami. Mais c’est tout à fait normal pour un joueur qui arrive du Canada. Mesurer 6 pieds 7 pouces avec des bras de 34 pouces, ça ne s’apprend pas. Ce que Kétel doit continuer à montrer, c’est qu’il progresse chaque semaine.

La promesse d’une vie meilleure

Toujours assis aux abords du café du PEPS de l’Université Laval, Kétel Assé reprend son souffle après plus d’une heure à se confier. Le reste de l’histoire, il doit encore l’écrire.

En le regardant au milieu de ses coéquipiers, cette saison, difficile de croire que le charismatique athlète a déjà senti qu’il n’était pas à place chez le Rouge et Or. Au fil des ans, il a pris sous son aile d’autres joueurs de Montréal qui arrivaient à Québec dans un contexte similaire au sien. ll y en a plusieurs que j’appelle mes fils. Ils savent que s’il y a quelque chose, ils peuvent toujours venir jaser chez moi, relate-t-il.

Il se voit s’établir à Québec, après sa carrière chez les pros. Il a adopté la ville. Cela ne nuit pas que sa copine de longue date soit de la région.

Au début, je pensais que c’était des paroles en l’air quand Glen disait que quand il recrute un athlète, il veut non seulement en faire un meilleur joueur, mais une meilleure personne. C’est cliché, mais aujourd’hui je peux te dire que c’est vrai.

Où serait-il n’eût été le football, Paul Eddy Saint-Vilien et Glen Constantin?

Comme beaucoup de mes boys de Montréal-Nord, j’aurais peut-être pris des chemins qui n’auraient pas rendu fière ma mère. C’est plate, mais quand tu essayes de faire de l’argent rapidement pour aider ta famille, tu ne prends pas toujours de bonnes décisions.

Côté football, le gentil géant vient d’être nommé sur l’équipe d’étoiles du Québec pour la deuxième année consécutive. Samedi, il tentera de remporter la Coupe Dunsmore pour la 4e fois en quatre ans. Les trois premières ne veulent plus dire grand chose. Si je termine ma carrière sur une défaite, qui va se rappeler que je suis trois en quatre?

Ces jours-ci, il se concentre sur le Rouge et Or. Le processus pour atteindre la NFL débutera cet hiver. Il ne demande qu’une chance de se faire valoir. Il a confiance en ses moyens.

Même si les gens me disent qu’il y a seulement 0.01% de chance pour un joueur universitaire canadien d’atteindre la NFL, je leur dis que ce 0.01%-là, c’est Kétel. J’ai la tête dure et je vais me rendre. Si vous m’aviez rencontré il y a 10 ans, je vous aurais dit la même chose.

Kétel Assé regarde vers le ciel durant l'hymne national.

Pour une rare fois, Kétel Assé pourra lever les yeux vers sa mère dans les estrades du stade Telus, samedi après-midi.

Photo : Yan Doublet

Ce qu’il n’aurait jamais prédit, il y a 10 ans, c’est d'être en voie d’obtenir son baccalauréat. Dans les dernières années, plusieurs anciens professeurs du primaire et du secondaire lui ont écrit pour l’encourager à continuer. Ils n’en revenaient pas de le voir à l’université.

Je serais vraiment content de finir mon bac. Pour moi, pour ma mère, mais aussi pour donner tort à tout le monde qui m’ont dit que je n’allais pas réussir. Et pour montrer aux jeunes de Montréal-Nord qu’il y a d’autres avenues que d’aller sur le marché du travail le plus vite possible pour aider sa famille.

La mère de Kétel, Tertilia, est heureuse de tout ce que le football a apporté à son fils, mais elle déteste le sport. Elle n’aime pas me voir frapper du monde et elle ne comprend rien des règlements. La règle qu’on s’est donnée depuis le début, c’est qu’elle vient seulement quand je suis en finale.

En entrant sur le terrain, samedi après-midi en finale québécoise, Kétel Assé pourra donc lever les yeux vers Tertilia pour la première fois de la saison.

Encore aujourd'hui, tout ce que je fais, c’est pour elle. Si elle n’avait pas travaillé si dur, je ne serais même pas au Canada, encore moins joueur de football. Elle tombe bientôt à la retraite et je veux être capable de lui redonner. Je veux jouer pro pour pouvoir lui assurer une vie confortable jusqu’à la fin de ses jours.

Sa mère n’aime peut-être pas le voir avec ses épaulettes, mais le fils a bon espoir que le football leur apportera à tous deux une vie meilleure.

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