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Comédies romantiques : l’amour existe encore

Scènes de la série « Sex and the City, » des films « Bridget Jones's Diary » et « Crazy Rich Asians. »

Les comédies romantiques font un grand retour sur les écrans.

Photo : Associated Press

Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

« On ne laisse pas Bébé dans un coin », affirmait Patrick Swayze à Jennifer Grey dans l’une des scènes cultes de Dirty Dancing. Quelques années plus tard, les studios de cinéma jetaient les comédies romantiques aux oubliettes. Antiféministes et clichées, ces œuvres ont déserté les écrans. En 2019, elles renaissent, plus inclusives et féministes que jamais. 

En 2013, The Hollywood Reporter annonçait la mort de la comédie romantique. Mais cinq ans plus tard, le géant Netflix mettait en ligne sept films originaux de ce genre, faisant mentir les critiques. 

Et vendredi, Last Christmas prend l’affiche au cinéma. Au cœur de Londres, ses protagonistes, interprétés par Emilia Clarke et Henry Golding, s'éprennent l’un de l’autre sous les lumières des sapins. Quoi de plus romantique? 

Une scène du film « Last Christmas » dans laquelle deux acteurs regardent vers le ciel.

Le film « Last Christmas » de Paul Feig prend l'affiche au cinéma.

Photo : Universal Pictures

Comme bien des femmes de ma génération, j’ai grandi en rêvant d’une histoire d’amour comme celle de Bridget Jones et de Mark Darcy. Encore aujourd’hui, je me plais à trouver les similarités entre ce personnage et moi : journaliste, célibataire et un peu maladroite en amour. 

Que ce soit Carrie Bradshaw dans Sex and the City ou Vivian Ward dans Pretty Woman, ces personnages ont laissé leur marque sur ma génération. Mais dévoiler son attachement à ces films, c’est aussi se soumettre à beaucoup de jugement. 

Photo : HBO

Les critiques ont été nombreuses à l’endroit de ce genre : rétrograde, prévisible, hétéronormatif, exclusif. Mais en 2019, faut-il tuer le genre, ou lui donner un souffle nouveau?  

En tout cas, les critiques n’arrêtent pas l’autrice et scénariste Sarah-Maude Beauchesne, qui déclare haut et fort son amour pour les comédies romantiques. 

Je ne me suis jamais jugée d’aimer ça. C’est tellement assumé. Les comédies romantiques sont à la base de mon éducation romantique et cinématographique.

Sarah-Maude Beauchesne

Pour des histoires d’amour inclusives

Bien que les aléas de l’amour de Meg Ryan en fassent toujours rêver plusieurs, dont Sarah-Maude Beauchesne, ces histoires perdent leur éclat par leur manque flagrant d’inclusivité. Celle qui tient la vedette de la série Fourchette, qu’elle scénarise, partage ces réserves. 

En 2019, les comédies romantiques doivent être « multidimensionnelles, multiculturelles, féministes et inclusives envers toutes les diversités sexuelles », soutient Sarah-Maude Beauchesne. C’est d’ailleurs ce qui manquait aux films des années 90, à son avis.  

Dans sa websérie Fourchette, elle a tenté de s’éloigner des vieux codes. Son personnage tombe amoureuse, certes, mais avec elle-même. 

Elle porte une tuque bleue et un veston en jeans.

L'autrice et comédienne Sarah-Maude Beauchesne

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

On ne peut pas bouder l’amour romantique. Mais il ne faut pas s’effacer derrière cette quête-là. C’est souvent ce que j’ai fait et ce que mes personnages ont fait aussi. L’erreur, c’est de prioriser cette quête-là au détriment de tout le reste.

Sarah-Maude Beauchesne

Selon la professeure à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal Stéfany Boisvert, c’est ce qui a en partie poussé les comédies romantiques à leur perte. 

« Les comédies romantiques ont été discréditées pour leur manque flagrant de diversité et leur vision dominante de femme blanche hétéronormative. » – Stéfany Boisvert 

Malgré ces critiques valables, le jugement envers le genre reste sévère, à son avis. Pour Stéfany Boisvert, l’explication est claire : les comédies romantiques sont créées pour et par les femmes. 

Un homme en costume aux côtés d'une femme portant une robe à pois et un chapeau.

Pretty Woman, de Garry Marshall

Photo : Buena Vista Canada

Historiquement, lorsqu’une œuvre est considérée comme plus féminine ou quand elle s’adresse aux femmes, on a tendance à la discréditer, à lui refuser une forme de légitimité culturelle et à considérer que c’est un genre artistique moins noble que d’autres.

Stéfany Boisvert

Un constat que partage Sarah-Maude Beauchesne. Elle-même avoue grincer des dents quand ses romans sont qualifiés de « chick lit » (littéralement : littérature de filles). 

Un deuxième âge d’or pour les comédies romantiques

Les beaux jours de Harry et Sally à la table du restaurant Katz’s sont peut-être loin derrière. Mais la magie opère toujours. La comédie et la romance au cinéma sont un mariage plus que réconfortant, selon Vincent Georgie, directeur général du Festival international du film de Windsor (WIFF). 

Le directeur général et chef programmateur du WIFF, Vincent Georgie, à l'extérieur devant une affiche du WIFF.

Le directeur général et chef programmateur du WIFF, Vincent Georgie

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Quand je pense à When Harry Met Sally ou à Sleepless in Seattle, ce sont des œuvres formidables, drôles, charmantes et romantiques.

Vincent Georgie

Netflix a décidé de combler le vide d’histoires de cœur ces dernières années. Un pari gagnant, qui lui a permis d’étoffer son offre tout en investissant dans des films à moyen budget. La plateforme en ligne a misé sur des créations originales comme To All the Boys I’ve Loved Before et Alex Strangelove. La première met en vedette un couple interracial, et l’autre, l’amour entre deux hommes. 

Deux adolescents se tiennent la main.

Le film « To All The Boys I've Loved Before » de la réalisatrice Susan Johnson est sorti sur la plateforme Netflix en juillet 2018.

Photo : Netflix

M. Georgie observe, notamment dans la programmation de son festival, que les nouvelles comédies romantiques représentent davantage les réalités LGBTQ+ et celles des communautés culturelles. 

Un des problèmes qui ont nui aux comédies romantiques est que ce sont des films à moyen budget. Dans un contexte où les gens vont moins au cinéma, les studios hollywoodiens ont tendance à privilégier les blockbusters [superproductions] qui coûtent cher à produire.

Stéfany Boisvert

Mme Boisvert explique que l’ère numérique profite aux comédies romantiques parce que ce sont des œuvres faciles, peu coûteuses à produire et populaires. 

Je n’attendrai donc pas les critiques avant de courir voir Last Christmas ce vendredi au cinéma. Bien que ce genre ait fait des erreurs, je lui donnerai toujours une chance. Simplement parce que l'amour existe encore.

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