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  • Envoyé spécial
  • Une opposition morcelée en Haïti

    Le porte-parole de l'Alternative Consensuelle répond aux questions assis à une table.

    André Michel

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Philippe Leblanc

    La contestation populaire contre le président haïtien, Jovenel Moïse, demeure entière. Un des groupes d'opposants a appelé jeudi à la reprise des manifestations partout dans le pays dimanche après quelques jours d'accalmie, essentiellement dans la capitale Port-au-Prince. Mais les groupes d'opposition n'arrivent pas à s'entendre sur la marche à suivre dans l'éventualité du départ du président.

    Voici un petit guide explicatif dans les mots des principaux acteurs des groupes importants.

    Pourquoi les Haïtiens manifestent-ils?

    Nos revendications de base sont la démission sans condition du président de la République, Jovenel Moïse, ainsi que la réalisation du procès pour la dilapidation de 4,2 milliards du fonds d'aide PetroCaribe et la réalisation d'autres procès de corruption, car il y a d'autres cas de corruption.

    André Michel de l'Alternative Consensuelle

    Le problème n'est pas seulement le président qui est là, précise Lemète Zéphyr, porte-parole de La Passerelle. Ce président est le résultat d'un système et les choses sont bloquées parce qu'il y a trop de différences entre la situation des simples citoyens et les dirigeants. Il y a aussi les questions de la corruption et de l'impunité, de l'injustice sociale. Tout ça, c'est un grand chantier qui passe aussi par le vote d'une nouvelle constitution.

    Un homme en chemise répond aux questions d'un journaliste.

    Edgard Leblanc fils

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Quels sont les différents groupes d'opposition qui réclament le départ du président?

    Il y a deux grands pôles, explique Edgard Leblanc fils, qui est le coordonnateur général d'un des partis politiques membres de Mache Kontre, un terme créole qui signifie marcher vers les autres et les rencontrer. Notre regroupement Mache Kontre, c'est d'abord une démarche, une stratégie pour partager une vision de sortie de crise avec les autres acteurs politiques et de la société civile. Il s'agit de former un groupe représentatif de la société capable d'inspirer confiance à la population.

    Nous sommes incontestablement la principale force politique de l'opposition, affirme André Michel de l'Alternative Consensuelle, qui est derrière les manifestations souvent violentes des huit dernières semaines. La mobilisation est une arme de combat démocratique. C'est notre seule arme, donc on ne peut pas l'abandonner.

    Sur quoi les groupes d'opposants ne s'entendent pas?

    Les problèmes se sont manifestés autour de comment obtenir un président provisoire, puisque la constitution haïtienne amendée n'a pas de provision pour cette situation, explique Lemète Zéphyr de La Passerelle. L'Alternative Consensuelle croit qu'il faut utiliser la tradition et choisir un juge de la Cour de cassation [l'équivalent de la Cour suprême au Canada]. Les autres [Mache Kontre] ont plutôt des critères pour choisir un Conseil national de l'autorité de contrôle de la transition qui devrait être formé des divers secteurs de la société.

    Il bouge les mains en parlant.

    Lemète Zéphyr, de La Passerelle

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    L'union des opposants à Jovenel Moïse est-elle possible?

    Nous, on est venu jouer un rôle de facilitateur pour une courte durée, précise Lemète Zéphyr. Notre démarche vise à harmoniser le discours de l'opposition et à permettre aux groupes de discuter entre eux.

    Nous n'avons pas de problème pour discuter avec les autres, soutient André Michel. Mais attention, nous n'avons pas le même engagement que les autres sur le terrain. Ça fait plus de deux ans que nous sommes dans cette dynamique de combat. Nous ne pouvons pas attendre les autres groupes, puisqu'ils ne sont pas impliqués dans cette bataille qui se fait sur le terrain. Ils n'ont aucun rapport avec le combat que mène la population.

    L'Alternative Consuelle, ils ont été un petit peu intransigeants sur leur position, rétorque Edgard Leblanc fils. On a eu plusieurs réunions de négociations pour arriver à un consensus. Mais ça n'a pas marché, car ils ont eu une attitude de manipulateurs.

    Qu'arrivera-t-il si l'opposition ne s'unifie pas?

    La population veut exprimer son ras-le-bol, soutient M. Zéphyr. Même s'il y a une pause, ça va recommencer parce que la vie est impossible ici.

    Ce n'est pas utopique de penser qu'on peut s'unir, c'est une nécessité, affirme M. Leblanc. Parce que si cela ne se produit pas, le président actuel, Jovenel Moïse, se trouverait renforcé. Entre-temps, les gens sont à bout et c'est pourquoi le lock [la paralysie du pays] ne peut pas tenir. Il y a une grande attente de la population pour que ça arrive à un terme.

    Notre envoyé spécial Philippe Leblanc est en Haïti toute la semaine pour rendre compte de la situation sur le terrain alors que le pays traverse une profonde crise.

    Crises politiques

    International