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Baleine noire : patrouille et nouveaux cordages pour les homardiers de la Gaspésie

Des baleines noires de l’Atlantique Nord.

Des baleines noires de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis).

Photo : Pêches et Océans Canada/Jolinne Surrette

Joane Bérubé

Les pêcheurs de homard de la Gaspésie se préparent en vue des nouvelles mesures qui seront bientôt imposées par les États-Unis pour protéger les mammifères marins, dont la baleine noire de l’Atlantique.

Même si la baleine franche de l’Atlantique, communément appelée « baleine noire », ne semble pas fréquenter les eaux peu profondes des zones côtières où pêchent les homardiers gaspésiens, ces derniers réfléchissent tout de même aux solutions qui permettraient d’éviter que leur pêcherie ne soit compromise par un incident avec une baleine.

De nouveaux cordages et des patrouilles maritimes, telles sont les idées qu’explorent actuellement le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, qui rassemble plus de 160 homardiers gaspésiens.

Surtout qu’à compter de 2022, les règles changeront aux États-Unis, principal marché d’exportation du homard gaspésien.

Tous les pays qui voudront exporter du poisson ou des fruits de mer aux États-Unis devront alors prouver que leurs mesures de conservations sont comparables aux règles américaines.

Cela va toucher directement le portefeuille des pêcheurs, prévient le président de l’Alliance des pêcheurs professionnels du Québec, O’Neil Cloutier. Le risque est que les groupes environnementaux américains mettent tellement de pression que le marché américain serait fermé aux produits sauvages exploités avec l’aide de casiers. On parle de pêche au crabe, de pêche au homard.

C’est un véritable problème qui, à mon avis, va s’accentuer. On doit avoir des projets pour démontrer qu’on suit la baleine, qu’elle soit présente ou non.

O’Neil Cloutier, président du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie

Pour prévenir ce qui serait ni plus ni moins qu’une catastrophe pour les pêcheries gaspésiennes, le Regroupement a créé, cet été, une patrouille chargée de sillonner la côte entre Port-Daniel et Gaspé afin de signaler la présence de baleines.

Un homardier près de Percé.

Bateau de pêche au homard au large de Saint-Georges-de-Malbaie.

Photo : Radio-Canada / Bruno Lelièvre

Pendant un mois, du début juillet au début août, l’embarcation a surveillé la zone de moins 20 brasses de profondeur fréquentée par les pêcheurs de homard.

Aucune baleine noire n’a été signalée. O’Neil Cloutier y voit la preuve que les pêcheurs de homard gaspésien ne sont pas un danger pour cet animal.

L’expérience sera toutefois renouvelée l’an prochain sur une période plus étendue, du 1er juin au 1er août, puisque le comportement de la baleine dans le golfe n'a pas encore été étudié précisément.

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a aussi lancé un projet de recherche avec le Centre industriel du Québec pour développer de nouveaux types de cordage.

La stratégie d’alimentation de l’animal, qui remonte à la surface la bouche grande ouverte pour capter le plancton, la met à haut risque de s'empêtrer dans le matériel de pêche.

Le Regroupement souhaite trouver une solution pour que les câbles et les mouillages ne flottent plus à la surface. L'organisme a déjà investi 8000 $ dans l’aventure. Il doit présenter sous peu une demande de financement au nouveau Fonds des pêches du Québec afin de réaliser un prototype.

Des dizaines de casiers à homards et de cordages sur un quai.

Des casiers pour la pêche au homard.

Photo : Radio-Canada / CBC/John Robertson

Les premiers tests pourraient avoir lieu durant la saison 2020.

Le travail se fait, même s’il n’existe aucune preuve qu'une baleine noire se soit jamais empêtrée dans les cordages des homardiers, précise O’Neil Cloutier.

Population sous surveillance

Après l’hécatombe de 2017, où, sur dix-sept baleines noires ayant perdu la vie, douze sont mortes dans le golfe du Saint-Laurent, le Canada a resserré ses mesures de protection. Aucune autre baleine morte n’a été signalée en 2018 dans les eaux canadiennes de l’Atlantique.

Par contre, neuf carcasses de baleines ont été repérées dans les eaux canadiennes en 2019.

D’après celles qui ont pu être récupérées et analysées, les animaux seraient majoritairement morts à cause de collisions avec des bateaux. La nécropsie d’une des baleines a toutefois permis d’attribuer la cause de la mort à des cordages de pêche dans lesquels cette dernière s'était empêtrée.

Selon les scientifiques, une baleine qui s'empêtre souvent n'est pas nécessairement en danger mortel, mais elle risque de se blesser et de devenir plus vulnérable.

La baleine noire a été remorquée par la Garde côtière canadienne à l'anse de Grang-Étang.

La baleine noire a été remorquée par la Garde côtière canadienne à l'anse de Grang-Étang.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

En 2019, au moins 126 baleines noires différentes ont été aperçues dans les eaux du golfe du Saint-Laurent.

Le nombre de baleines franches de l’Atlantique est en déclin. Les scientifiques ont évalué à 70 le nombre de baleines mortes au cours des 16 dernières années, dont plus de la moitié sont imputables à l’activité humaine.

Le troupeau était évalué à un peu plus de 400 animaux en 2019.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Protection des espèces