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analyse

Mise à jour économique : familles, familles, familles!

Eric Girard, souriant, tenant dans sa main gauche une copie de sa mise à jour économique.

Les familles sont au coeur de la mise à jour économique du gouvernement Legault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Gérald Fillion

Depuis 20 ans au Québec, on mise sur les familles : des garderies à 5 $ aux allocations familiales, la province est le paradis des familles. Et le ministre des Finances Eric Girard maintient le cap!

Eric Girard n’avait que de bonnes nouvelles pour les familles dans sa mise à jour économique présentée jeudi. Dorénavant, l’Allocation famille sera d’un peu plus de 2500 $ par enfant, pour tous vos enfants, qu’on vous en ayez un, deux, cinq, douze, peu importe! On vient uniformiser la mesure.

Le ministre annonce également l’abolition complète de la contribution additionnelle sur les frais de garderie subventionnée, une taxe famille qui représentait, dans les faits, une forme de double imposition des coûts de garderie pour des milliers de parents. Le gain est substantiel : 1100 $ en contribution supplémentaire qu’une famille moyenne devait payer au moment de remplir sa déclaration de revenus. C’est annulé et c’est rétroactif au 1er janvier 2019.

Ça veut dire que, pour un couple qui gagne environ 100 000 $ par année et qui a deux enfants, le gain fiscal s’approche de 2800 $. C’est énorme!

« À chaque budget, à chaque élection, nous a dit le fiscaliste Luc Godbout à RDI économie jeudi soir, il y a des promesses qui sont souvent ciblées vers les familles avec enfants. Il semble que ce soit politiquement rentable de faire des promesses aux familles. Les jeunes ménages qui n’ont pas encore d’enfants se sentent concernés parce qu’ils vont en avoir plus tard. Les ménages qui ont des enfants l’apprécient. Et les grands-parents, qui ont des petits-enfants, apprécient ces mesures également. »

Quoi qu’il en soit, le ministre a fait son lit depuis longtemps. Il veut réduire les charges fiscales des contribuables. « Les Québécois sont extrêmement taxés, nous a dit Eric Girard à RDI économie. Et, oui, nous avons besoin de réduire le fardeau fiscal. [...] Lorsqu’on combine les taxes municipales et les taxes scolaires, nous sommes les numéros un au Canada au niveau de la charge fiscale. »

Donc, si les finances publiques le permettent dans l'avenir, nous a-t-il dit, « viendront possiblement, s’il y a toujours des marges de manoeuvre, dépendamment de l’évolution de l’économie, des réductions du fardeau fiscal. »

Prudence!

C’est bien, mais il me semble que le gouvernement de François Legault doit, plus que jamais, jouer de prudence et être fin dans l'utilisation des surplus budgétaires. Même s’il était tout à fait approprié de mettre fin à la « taxe famille », le ministre doit résister à la tentation d'épuiser l'extraordinaire marge de manoeuvre budgétaire dont il dispose.

Depuis le budget de mars, le gouvernement a bénéficié d'un écart positif de 2,3 milliards de dollars. Ça veut dire que les revenus sont plus importants que prévu, et les dépenses, plus faibles que ce qui avait été projeté.

Pourquoi? Pour deux raisons. La première, c'est que le ministre des Finances Eric Girard a surévalué les coûts d'intérêt dans son budget. Il prévoyait dépenser en intérêts un total de 8,996 milliards de dollars pour 2019-2020. Il ramène aujourd’hui cette projection à 7,741 milliards de dollars. C’est un gain pour le gouvernement de 1,255 milliard de dollars.

La deuxième, c'est que la croissance économique est plus forte. Québec fait passer sa projection de croissance de l’économie de 1,8 à 2,4 % pour 2019, de 1,5 à 1,8 % pour 2020.

Ça permet ainsi au gouvernement de devancer la réduction des charges fiscales pour les familles. En intégrant les sommes prévues pour la modernisation de l'industrie du taxi, le nouveau pacte fiscal avec les municipalités et le soutien aux médias écrits, c’est 857 millions de dollars de plus que le gouvernement peut dépenser. Le reste de l’argent, environ 1,4 milliard de dollars, est considéré comme un surplus budgétaire.

L’économie va ralentir

Maintenant, les experts s’entendent pour dire que l’économie va ralentir. Le potentiel de croissance annuelle du Québec au cours de la prochaine décennie n’est pas de 2,4 % mais il est beaucoup moindre, environ de 1,3 %. Avec une hausse éventuelle des taux d’intérêt et donc des coûts d’emprunt, la marge de manoeuvre du gouvernement va s’estomper.

La croissance de la population active ralentit également et va même diminuer à partir de 2030. Il y a également 140 000 postes à pourvoir au Québec, et l’économie mondiale ralentit. De plus, il reste à voir si les nouvelles politiques en immigration du Québec réduiront l’afflux d’investisseurs et de travailleurs sur notre territoire. Les organisations des milieux économiques et les universités ont exprimé une vive inquiétude sur les effets de cette réforme.

Le ministre des Finances a conscience des défis démographiques du Québec et de la circonstance exceptionnelle de la marge de manoeuvre qui s’est dessinée. C’est sans doute pourquoi il se montre pressé de réaliser les promesses de son parti, qui sont celles de remettre de l’argent dans les poches des Québécois. Mais ces choix doivent être faits avec circonspection et mesure.

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