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Le sort de tortues menacées entre les mains du gouvernement ontarien

Tortue mouchetée bébé.

Des chercheurs de l'Université Laurentienne ont trouvé que les tortues mouchetées étaient présentes en grande concentration sur le site où l'entreprise Darien Aggregates veut implanter sa carrière.

Photo : Centre de conservation des tortues de l’Ontario

Miguel Lachance

Le conseil municipal du Canton de North Shore, entre Sudbury et Sault-Sainte-Marie, a approuvé dans un vote de 3 contre 2 un changement de zonage pour permettre l’ouverture d’une carrière par la minière Darien Aggregates dans un secteur habité par des tortues mouchetées, une espèce menacée de disparition.

La province doit maintenant donner son accord pour que le projet puisse aller de l’avant.

Un groupe de citoyens de North Shore se préparent de leur côté à contester la décision du conseil municipal.

Le gouvernement Ford a modifié plus tôt cette année la Loi sur les espèces en voie de disparition, qui prévoit désormais un Fonds pour la conservation des espèces en péril auquel les entreprises devront contribuer s’il exerce une activité qui serait autrement interdite.

Le biologiste David Lesbarrères, doyen aux études supérieures à l’Université Laurentienne, craint que ce changement ait des conséquences néfastes.

J’ai un peu peur que ça soit seulement un sparadrap et que ce soit au contraire la porte ouverte à des dérives. En gros les entreprises les plus riches vont se permettre de prendre des décisions coûteuses pour notre biodiversité parce qu’ils seront capables de payer.

David Lesbarrères, biologiste et doyen aux études supérieures à l'Université Laurentienne

Gary Wheeler, porte-parole du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs (MEPNP), explique que malgré les changements à la loi, les promoteurs de projet sont toujours tenus d'obtenir une autorisation sur le terrain en prenant des mesures pour éviter ou minimiser les impacts sur les espèces en péril.

M. Wheeler affirme que le ministère prend très au sérieux son rôle protecteur de la faune.

Il précise qu'à ce moment-ci, le MEPNPn'a pas été approché par l'entreprise Darien Aggregates.

Destruction de l'habitat

M. Lesbarrères affirme que le projet de carrière à North Shore perturbera les migrations des tortues mouchetées entre leurs sites d’hibernation, de reproduction et d’alimentation.

Une tortue mouchetée

La tortue mouchetée est une espèce menacée au Canada

Photo : Parcs Canada/Ishkhan Ghazarian

M. Lesbarrères explique que des mesures peuvent être prises pour compenser la destruction de l’habitat des tortues, par exemple en créant des sites artificiels pour la ponte.

Mais là, le problème c’est qu’on va détruire une grande partie de zone humide et ça, c’est difficile à remettre en place, met en garde le biologiste.

Donc si le projet va de l’avant, l’idéal c’est qu'il se fasse à un autre endroit où la population de tortues se déplace moins. Mais d’après ce que j’ai vu sur les cartes, il y a un chevauchement quasiment à l’identique entre [la zone] proposée pour la carrière et l’habitat qui est utilisé par les tortues.

David Lesbarrères, biologiste et doyen aux études supérieures à l'Université Laurentienne

M. Lesbarrères précise que même si des sites de nidification sont créés, les autres activités des tortues seront limitées, voire impossibles, par la présence de la carrière. Il y aura une grande mortalité. Ce n’est pas la solution à ce moment-ci.

Photo de David dans les locaux de Radio-Canada

Le Dr David Lesbarrères croit qu'il est à peu près impossible de protéger les tortues mouchetées dans la région de North Shore en autorisant le projet minier tel que proposé.

Photo : Radio-Canada / Josée Perreault

La présence d’un nombre important de tortues mouchetées dans la région de North Shore n’était pas connue jusqu’à tout récemment, souligne le biologiste. Il semble que l’habitat est propice, mais personne n’avait été vérifier s’il y avait beaucoup de tortues.

L’importance de l’avis d’experts indépendants

David Lesbarrères n’a pas entendu parler d’un projet semblable dans la région qui serait allé de l’avant en faisant fi délibérément d’une espèce menacée.

Il ajoute qu’il est possible que dans certains cas l’évaluation environnementale ait été déficiente. Par mégarde, ou par manque de ressources, on a peut-être donné le feu vert à des développements alors qu’on avait des espèces qu’on aurait dû protéger.

Le biologiste souligne qu’il est essentiel que des chercheurs universitaires indépendants soient consultés lors des évaluations environnementales.

Il y a eu par le passé une méfiance à l’encontre des scientifiques de la part à la fois des industriels et des gouvernements qui a fait qu’on a tenu à l’écart la science pour prendre des décisions liées au développement économique.

Avec les informations de Bienvenu Senga

Nord de l'Ontario

Protection des espèces