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Oscars 2020 : un film nigérian écarté de la course parce qu'il contient trop d'anglais

Un acteur et une cinéaste sourient à la caméra.

L'acteur Nkem Owoh et la cinéaste Genevieve Nnaji pour le film « Lionheart » lors du Festival international du film de Toronto en septembre 2018

Photo : Getty Images / Gareth Cattermole

Radio-Canada

Lionheart est le premier film original de Netflix à provenir du Nigeria. Jusqu’à lundi, il représentait également la première soumission du pays dans la catégorie du meilleur film international aux Oscars, mais le film, jugé inéligible, a finalement été écarté de la course.

D'après un texte de Tashauna Reid, CBC News

Même si le film a été entièrement produit au Nigeria, la langue principale de Lionheart est l’anglais. C’est la raison pour laquelle l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui remet les Oscars chaque année, l'a retiré de la course, et ce, même si l’anglais est la langue officielle du Nigeria.

« Il y a des pays comme le Nigeria où l’anglais n'est pas seulement parlé, mais où c'est la langue officielle. Je crois que ça devrait être pris en compte » a affirmé Cameron Bailey, directeur artistique du Festival international du film de Toronto (TIFF).

Lionheart a fait sa première mondiale au TIFF en 2018. Le film, qui raconte l’histoire d’une femme nigériane affrontant le sexisme ambiant pour reprendre les rênes de l’entreprise de transport de son père, a reçu de relativement bonnes critiques.

« J’étais déçu. C’est un film important – important pour le Nigeria, mais également pour le monde du cinéma », a affirmé Bailey, en réaction à la disqualification du film pour les Oscars.

Le film de 95 minutes présente aussi des dialogues en langues igbo et haoussa, toutes deux parlées dans le pays ouest-africain. Il faisait partie des 93 longs-métrages soumis à l’Académie cette année pour l’Oscar du meilleur film international, le plus grand bassin de films jamais vu dans cette catégorie.

Dans une déclaration à CBC News, l’Académie a affirmé qu’elle maintiendrait sa décision de retirer le film de la course.

« Lors de l’évaluation des films soumis cette année, nous avons découvert que Lionheart avait seulement 11 minutes de dialogue dans une langue autre qu’en anglais, ce qui le rend inéligible à cette catégorie de prix. »

Des changements incohérents

En avril dernier, l’Académie a changé le nom de la catégorie de « meilleur film en langue étrangère » à « meilleur film international », invoquant le fait que le terme « étranger » était dépassé dans la « communauté cinématographique internationale ». L’Académie a ajouté qu’elle sentait que le changement de nom serait plus apte à promouvoir « une vision inclusive et positive du cinéma ».

Pourtant, malgré ce changement de vocable, les règles de qualification sont restées inchangées.

Ces règles stipulent que les films de la catégorie internationale doivent être des longs métrages produits à l’extérieur des États-Unis, comprenant en majorité un dialogue dans une autre langue que l’anglais.

« Les intentions derrière le prix demeurent les mêmes – de reconnaître les réussites des films créés hors des États-Unis, dans une autre langue que l’anglais », a ajouté l’Académie dans sa déclaration à CBC.

Des films internationaux pour l'Australie et le Canada, mais pas pour le Nigeria

Suivant ces règles, le Royaume-Uni, l’Australie et le Canada ont tous des films participants à la compétition cette année, avec des œuvres en chewa, en khmer et en français, respectivement.

Cameron Bailey croit que les règles imposées par l’Académie mériteraient d’être regardées de plus près.

« Je crois que ces règles ne couvrent pas toutes les situations pouvant survenir à travers le monde », a-t-il affirmé.

Au cours des dernières années, les soumissions canadiennes pour cette catégorie étaient essentiellement des films en français du Québec, comme le film soumis cette année, Antigone. Seuls quelques films ont été soumis pour le Canada dans d’autres langues, comme le film de 2001 Atanarjuat, de Zacharia Kunuk, en inuktitut, et le film de 2005 Water, de Deepa Mehta, en hindi et en sanskrit.

Bailey reconnaît que la question est compliquée, mais il dit espérer que l’Académie en profite pour réviser ses règles afin de voir s’il n’y a pas moyen de s’adapter pour l’avenir.

Vague de soutien pour Lionheart

La décision de l'Académie n'a pas tardé à faire réagir sur les réseaux sociaux.

La cinéaste américaine Ava Duvernay a partagé son indignation sur Twitter : « L'anglais est la langue officielle du Nigeria. Empêchez-vous à jamais ce pays de participer aux Oscars dans sa langue officielle? »

Genevieve Nnaji, qui a réalisé, coécrit et joué dans Lionheart, en avait également long à dire : « Ce film représente la façon dont nous nous exprimons au Nigeria. Cela inclut l'anglais, qui fait le pont entre les 500 langues et plus qui sont parlées dans notre pays. »

Nnaji a ajouté qu'on pouvait faire une comparaison avec la langue française, qui relie entre elles plusieurs communautés issues des colonies françaises.

« Nous n'avons pas choisi notre colonisateur », a-t-elle écrit.

Avec le Nigeria hors de la compétition, il reste 92 films en lice pour obtenir l'une des 10 places en présélection pour le prix. Cette liste sera dévoilée le 16 décembre prochain.

Avec les informations de CBC News

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