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analyse

Le gouvernement Legault et les limites du populisme

Plan rapproché de François Legault répondant à des questions de journalistes dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

Le premier ministre François Legault pourrait bien voir la fin de la lune de miel de son gouvernement, écrit Michel C. Auger.

Photo : Radio-Canada

Michel C. Auger

Depuis un an, le gouvernement de François Legault surfe sur une lune de miel avec un électorat heureux de s’être débarrassé des libéraux après un trop long règne et sur quelques mesures populistes, bien vues dans les sondages et conçues pour plaire à une majorité, comme la loi 21 sur la laïcité ou l’abaissement des seuils d’immigration.

Ainsi, jeudi, M. Legault déclarait, à propos de sa réforme de l’immigration que sur mon Facebook, je dirais que 90 % des gens sont d’accord avec ce que nous faisons. Mais la société québécoise ne s’exprime pas que sur la page Facebook du premier ministre.

Ce qu’on voit ces jours-ci, avec les critiques nombreuses de sa réforme de l’immigration, c’est que le populisme finit souvent par se heurter à la dure réalité du terrain et, dans ce cas-ci, aux promesses électorales de la Coalition avenir Québec (CAQ) elles-mêmes.

Pendant la campagne électorale, François Legault avait promis d’être un premier ministre économique. Il disait aussi que la priorité de son gouvernement allait être l’éducation. Sauf que sa réforme de l’immigration heurte de front et les milieux d’affaires et le monde de l’éducation.

Les arguments utilisés par M. Legault, jeudi, risquent fort d’avoir un effet boomerang. Selon lui, les dirigeants des collèges et des universités sont motivés par l’argent.

Les universités et cégeps sont financés par étudiant, donc les étudiants qui sont dans des domaines où il n’y a pas de besoins, ça rapporte quand même, dit-il.

Allez dire cela au directeur du Cégep de Baie-Comeau, dont le programme de Technologie forestière accueille 55 % d’étudiants étrangers et où tous les finissants trouvent un emploi dans la région. Une histoire de réussite qui a une incidence économique réelle dans la communauté et qui serait fragilisée par cette réforme de l’immigration.

Quand on sait l’importance des établissements comme les cégeps ou les universités en région, il est bien difficile de croire que les propos du premier ministre sur ces institutions qui travaillent pour l’argent seront accueillis avec enthousiasme.

Pour garder les salaires bas...

Pour les milieux d’affaires, le premier ministre avait un message tout aussi réducteur. Ceux-ci veulent avoir le plus de main-d’oeuvre possible pour garder les salaires bas. Sauf qu’on ne parle pas ici de travailleurs agricoles au salaire minimum, mais de gens hautement formés et qui commanderont des salaires élevés et liés à leurs compétences.

Outre le fait que cet argument a souvent été utilisé par les partis anti-immigration un peu partout dans le monde, on notera que la pénurie de main-d’oeuvre n’a pas été créée artificiellement pour enrichir les milieux d’affaires, mais qu'elle est la conséquence directe du vieillissement de la population.

En fait, ces affirmations du premier ministre sont inexactes et quelque peu insultantes pour les milieux de l’éducation et des affaires qui se débrouillent comme ils peuvent pour contrer les pénuries de main-d’oeuvre.

Il s’agit surtout d’un argument clairement populiste qui vise à diviser les Québécois et à rejeter le blâme sur des élites comme les établissements d’enseignement supérieur ou les milieux d’affaires face à un gouvernement qui serait seul à travailler pour les intérêts du peuple. La manoeuvre est aussi vieille qu’elle est maladroite.

Un problème de compétence

Ce que la réforme de l’immigration révèle surtout, c’est un problème de compétence de la part du gouvernement et du ministre responsable. La liste des 218 formations admissibles au Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a été extrapolée à partir d’un rapport de la Commission des partenaires du marché du travail sur le marché de l’emploi dans les régions.

Sauf que ce rapport n’a jamais été conçu pour dresser une liste de formations donnant accès ou pas au PEQ. C’est comme essayer de faire entrer une pièce carrée dans un trou rond.

Normalement, une réforme d’une telle importance devrait être examinée et décortiquée par un comité ministériel, les collègues du ministre Simon Jolin-Barrette, justement pour en trouver les faiblesses susceptibles d'embarrasser le gouvernement.

C’est un instrument essentiel de bonne gouvernance qui semble ici avoir été en panne.

Enfin, on notera que, même si la grogne s’est un peu calmée chez les étudiants à la suite de l’ajout d’une clause de droits acquis, cela ne sert qu’à gagner du temps. Il reste toujours qu’à l’avenir, bien des étudiants pourraient commencer, de bonne foi, une formation menant au PEQ pour voir le gouvernement la retirer de la liste après un, deux ou trois ans, les laissant sans recours.

Cependant, la grogne ne s’estompera pas de sitôt dans les milieux d’affaires, dans les collèges et les universités ainsi que dans les régions qui seront touchées négativement par une réforme qui, sous prétexte d’adapter les formations aux besoins du marché du travail, risque plutôt d’aggraver de très réelles pénuries de main-d’oeuvre.

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