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Les mises à pied commencent aujourd’hui chez Bombardier

Extérieur de Bombardier à Thunder Bay.

Les 451 mises à pied vont s’échelonner sur les prochaines semaines.

Photo : Google Street View

Caroline Bourdua

C’est une journée sombre en ce 8 novembre, alors que commencent les mises à pied massives à l’usine de Thunder Bay, en Ontario. Six travailleurs sur dix perdent leur gagne-pain chez Bombardier.

Les quelque 750 employés de production ont appris cet été qu’en raison du manque de nouveaux contrats, des mises à pied étaient à prévoir.

Après les attritions et des départs volontaires, ce sont 451 personnes qui se retrouvent au chômage, des mises à pied qui s’échelonneront d’ici la fin de l'année, et au plus tard en janvier 2020.

Ce qui arrive à Thunder Bay est assez unique, explique le chef de l’exploitation, David Van der Wee.

Un homme avec un métro derrière.

Le chef de l’exploitation David Van der Wee se dit optimiste malgré les jours sombres que traversera l’usine Bombardier de Thunder Bay dans la prochaine année.

Photo : CBC/Jeff Walters

L’industrie étant cyclique, Bombardier terminera quasi simultanément deux importants contrats de la Commission de transport de Toronto et de Metrolinx.

C’est le plus haut niveau de livraison historiquement qu’on a connu à Thunder Bay. Et quand les contrats prennent fin en même temps, ça crée une situation très difficile pour les employés, dit M. Van der Wee.

Le plus inquiétant, c’est qu’on ignore tout à fait quand Bombardier rappellera le personnel mis à pied.

Dominic Pasqualino, président de la section locale 1075 du syndicat Unifor

Il reste environ 12 wagons à bâtir sur la commande de 204 tramways de la Commission de transport de Toronto.

Des gens assis et debout dans un wagon de métro.

Malgré les mises à pied massives, plus de 1300 personnes ont répondu à l’invitation de Bombardier lors de l’activité porte ouverte à son usine de Thunder Bay la semaine dernière.

Photo : Bombardier

Pour les voitures de Metrolinx, la chaîne de montage a été ralentie afin d’étendre le travail au-delà de décembre 2019 et maintenir le plus d’emplois possible.

J’aurais souhaité qu’il y ait des contrats dans le carnet de commandes et pouvoir donner une idée de la durée de la mise à pied, mais ce n’est pas le cas, dit M. Pasqualino.

Il y a bien un petit contrat de 36 wagons à deux étages supplémentaires de Metrolinx qui a été annoncé en septembre, mais Bombardier avoue que c’est insuffisant.

Un homme avec des lunettes qui sourit à la caméra.

M. Murray croit possible que des contrats d’entretien de wagons existants de la CTT de Toronto puissent être attribués à Bombardier.

Photo : Société de développement économique de Thunder Bay

Trente-six véhicules donnent de l’emploi à 100 personnes pour une période d’environ un an, explique M. Van der Wee.

Mesures protectionnistes

Bombardier a plusieurs contrats de construction de voitures de métro et de tramways aux États-Unis, notamment.

Mais la politique Buy American qui oblige un contenu local de 70 % n’aide pas Thunder Bay.

Nous exportions une partie de notre travail aux États-Unis auparavant, mais cela n’est plus possible, dit Doug Murray de la Société de développement économique de cette ville du Nord-Ouest.

Pendant un an et demi, des représentations ont été faites auprès de divers paliers de gouvernement, dont le Québec, l’Ontario et le fédéral.

L’on ne cherche pas à supplanter la concurrence, dit Bombardier, mais nous souhaitons que les gouvernements encouragent le contenu local. 25 % c’est déjà un bon début, explique M. Van der Wee qui croit toutefois que les mêmes règles doivent s’appliquer pour l’ensemble des entreprises.

Récemment, le gouvernement Ford a rejeté un projet de loi du député libéral de Thunder Bay-Supérieur Nord, Michael Gravelle, qui exigeait un contenu canadien de 60 % afin de garantir des emplois dans sa circonscription.

Bombardier n’est pas là pour critiquer les décisions des gouvernements, mais il est important d’atteindre un certain équilibre, dit M. Van der Wee.

Autre déception, celle où Ottawa a donné le feu vert pour que VIA Rail accorde à Siemens, une compagnie allemande, un contrat pour remplacer sa flotte de trains du corridor Québec-Windsor, une production qui sortira d’une usine californienne.

Le message de M. Gravelle a permis de démontrer que des pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis, la Chine et le Japon ont tous adopté des contenus locaux plus élevés que les 25 % acceptés par l’Ontario et le Québec.

Doug Murray, Société de développement économique de Thunder Bay

Tout comme Bombardier, M. Murray estime que le Canada est désavantagé.

Il croit que le pays hésite à mettre en pratique les clauses négociées dans le cadre d’entente de libre-échange.

Mais je ne peux répondre pour le gouvernement fédéral, conclut M. Murray.

Concurrence

À l’instar de la Ville de Sault-Sainte-Marie qui a récemment visité Oshawa pour courtiser les travailleurs de GM, M. Pasqualino craint un exode de la main-d’œuvre.

Doug Murray ne jette pas l'éponge.

Les trains à deux étages, les trains GO comme on les appelle, ont été pensés et conçus à l’usine de Thunder Bay, rappelle-t-il.

Des gens dans une station sortent d'un train.

Ce type de voiture se retrouve aussi dans des villes américaines, mais le protectionnisme fait qu’il est désormais difficile pour Bombardier d’obtenir des contrats pour ces villes.

Photo : Radio-Canada / CBC News

Deux wagons superposés ressemblant aux trains GO et construits dans l’usine de Thunder Bay sont destinés à la Floride.

Puisqu’aucun argent fédéral n’est injecté dans un projet mené par une communauté ou un État américain, l’usine de Thunder Bay pourrait participer à un appel d’offres, explique M. Murray.

La Ville de Toronto et le gouvernement Ford se sont récemment entendus pour le prolongement du métro et l’ajout de tramways, mais cela ne se fera pas avant plusieurs années.

Nous pourrions aussi avoir les contrats d’entretien et de restauration de la flotte existant dans la Ville Reine, mais rien n’est certain pour l’usine de Thunder Bay, pense M. Murray.

Photo d'un tramway rouge et blanc dans la rue

La commande de la CTT comprenait 204 tramways.

Photo : Radio-Canada / Michel Bolduc

Un centre d’ajustement de la main-d’œuvre a été installé pour aider les employés mis à pied à mettre à jour leur CV et à même recevoir de la formation.

Des gens pourraient décider de quitter Thunder Bay, dit M. Murray, mais je crois que le personnel mis à pied examinera d’abord ce qui s’offre à eux dans leur ville.

Les gouvernements fédéral et ontarien mettront la main à la pâte pour aider les travailleurs à se trouver un emploi.

L’industrie forestière, les mines et le camionnage, ce sont tous des secteurs en pénurie de travailleurs dans le Nord-Ouest, dit M. Murray.

C’est une période critique pour ceux qui ont de jeunes familles.

Dominic Pasqualino, président de la section locale 1075 du syndicat Unifor

Je comprends mes membres, dit Dominic Pasqualino. Il y a l’hypothèque à payer, les couches à acheter et les factures à acquitter.

Un homme en veste noire et chemise rouge

Dominic Pasqualino dit sympathiser avec les travailleurs de Bombardier, lui qui a vécu à maintes reprises des vagues de mises à pied.

Photo : CBC/Nicole Ireland

Le syndicat veut aussi faciliter des rencontres avec les banques afin d’aider ses membres à négocier des arrangements financiers.

La moyenne des travailleurs visés par les mises à pied est âgée de la mi-vingtaine, mi-trentaine, selon le syndicat Unifor.

Bombardier est le plus important employeur du secteur privé, dit-il.

De l’espoir malgré des licenciements massifs

L’on pourrait penser que les familles se sentent trahies par Bombardier.

Ce n’est pas le cas, dit M. Murray.

Une foule qui visite une usine de construction de wagons de trains.

L’usine de Bombardier est le plus important employeur du secteur privé à Thunder Bay.

Photo : Bombardier

Plus de 1300 personnes ont participé à un événement portes ouvertes le 2 novembre à l’usine Bombardier de Thunder Bay.

C’est certain qu’il y a de l’inquiétude, dit-il, mais la fierté des travailleurs et de la communauté était palpable.

Depuis mon retour chez Bombardier en 1987, je dirais avoir été mis à pied pour l’équivalent de deux années de travail, se rappelle Dominic Pasqualino. Dans le pire des scénarios, je crois que l’usine pourrait rappeler tous ses travailleurs dans un an.

Le nombre maximum de semaines de prestations régulières payables d’assurance-emploi à Thunder Bay est de 36 semaines.

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