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Les doutes de Michel Tremblay, le cœur en bandoulière

Il sourit au micro.

Le scénariste, écrivain et dramaturge Michel Tremblay

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Radio-Canada

Michel Tremblay publie aujourd'hui le livre Le cœur en bandoulière, une espèce d'hybride entre le roman et la pièce de théâtre. Il était de passage à l'émission Le 15-18 pour s'entretenir avec Catherine Richer sur les doutes de « vieil artiste » qui l'ont mené vers cet objet un peu particulier.

Énième ajout à son abondant catalogue, ce nouveau « roman hybride » nous plonge dans les méandres de l'esprit d'un dramaturge qui peine à accoucher d'une pièce de théâtre, assailli par le doute. Ce doute, Michel Tremblay l'a vécu lui-même au cours des dernières années, alors qu'il a complètement figé en plein milieu de l'écriture d'une pièce en hommage à l'écrivain russe Anton Tcheckhov, intitulée Cher Tchekhov.

Ce que ça raconte est vrai. J’ai commencé une pièce, il y a cinq ans maintenant, que je n’ai jamais finie parce qu’elle me faisait peur. J’avais un petit peu peur d’où ça menait, d'où ça s’en allait et j’ai comme figé explique-t-il en entrevue avec Catherine Richer.

Au début de cette année-ci, j’ai pensé à en faire une partie de roman, de parler du doute d’un auteur qui vieillit, qui a commencé une pièce quatre ans plus tôt et qui décide de la terminer. Qui décide de la relire et de se rendre au bout coûte que coûte.

Le personnage principal du roman de Michel Tremblay est Jean-Marc, son double depuis 1981. Il y a une double mise en abîme, [...] il y a l'alter ego de mon alter ego, donc on est trois, précise-t-il.

Avec cette œuvre, l'auteur souhaitait faire part à son public du processus mental qui accompagne l'écriture d'une pièce, une incursion dans la création d'une pièce inédite. Je voulais montrer comment ça fonctionne, les autocritiques qu’on se fait, les reproches qu’on peut se faire, [mais] les beaux côtés aussi.

Cher Thekhov, projet avorté

Environ au deux tiers de l'écriture de Cher Tchekhov, Michel Tremblay s'est donc retrouvé bloqué, envahi par la peur.

Il y a deux choses qui m'ont fait peur. La première, c'est que ça se passe dans une famille d'artistes. [...] J’ai eu peur que les acteurs ne m’aiment pas, [qu'ils] pensent que je ne les aime pas, que je les critique. Parce qu’il y a beaucoup de "bitcheries", beaucoup de choses inside évidemment. Et ça m’a fait peur explique-t-il.

J’ai eu peur que les acteurs ne m’aiment pas, [qu'ils] pensent que je ne les aime pas, que je les critique.

Michel Tremblay

Je n'ai jamais rien écrit qui se passait dans le milieu artistique. [...] Comme c’est la première fois, [je me suis demandé] est-ce qu’ils vont mal le prendre? Est-ce que même à la limite une actrice ou un acteur va vouloir jouer Benoît et Claire?

La deuxième chose qui a fait peur à Michel Tremblay, c'est qu'il s'est rendu compte qu'il était en train d'écrire une pièce réaliste.

Ce qui m’a fait le plus peur en fait, c’est que j’aime beaucoup le théâtre réaliste, mais je n’aime pas en écrire. Ça a beau être un hommage à l’un des auteurs que j’aime le plus [...], est-ce que je veux donner une pièce réaliste? Je n’étais pas sûr… C’est la deuxième chose qui m’a un petit peu figé.

Après quatre ans, les doutes se sont estompés et Michel Tremblay a récupéré sa pièce à moitié écrite pour en faire quelque chose de complètement nouveau, qui culmine aujourd'hui avec la sortie du Cœur en bandoulière.

Un rapport ambivalent aux critiques

Dans son dernier roman, Michel Tremblay ne manque pas d'écorcher au passage les personnes qui s'adonnent à la critique, mais pas n'importe lesquelles.

Je voulais parler non pas de la critique, parce que [c'est] un très beau métier. Quelqu’un qui consacre sa vie à analyser ce que les autres font, c’est formidable, c’est une espèce de sacerdoce. [...] Mais je voulais parler des critiques, ces individus – je pourrais même vous en nommer –, ces gens qui me donnent l’impression de se considérer comme au-dessus des choses qu’ils critiquent.

À 77 ans, l'auteur qui a maintes fois fait ses preuves est tout de même affecté par les critiques, et il ne s'en cache pas.

C’est drôle parce qu’après une carrière de 51 ans, j’ai eu plus de bonnes critiques que de mauvaises, mais c’est quand même les mauvaises que tu gardes en mémoire. [...] Chaque fois, depuis 51 ans, c’est toujours aussi difficile à vivre. 

C’est drôle hein, là où ça fait mal, ça continue à faire mal longtemps. Là où ça fait plaisir, ça passe.

Michel Tremblay

Selon lui, la critique est particulièrement difficile lorsqu'on exerce le métier d'auteur, parce qu'un écrivain est toujours critiqué sur son passé. Quand t’es critiqué, c’est quelqu’un que t’étais il y a deux ans, c’est quelqu’un que t’étais l’année passée.

Michel Tremblay demeure lucide et est conscient de ses accomplissements et de la chance qu'il a eue. C’est sûr que je suis content, je suis très heureux, je suis le gars le plus chanceux au monde. [...] J’ai gagné le million, le jackpot et je l’apprécie.

Il avoue toutefois être davantage affecté par le négatif, ce qui selon lui serait peut-être une question d'éducation. On est un pays défaitiste, on a été élevé dans des familles de défaitistes, alors c’est très difficile de croire que ça peut être aussi beau, lance-t-il­.

Quoi qu'il en soit, et c'est tant mieux pour son lectorat, l'un des dramaturges les plus prolifiques du Québec dit avoir fait la paix avec la critique, qu'elle soit négative ou positive.

Je ne suis pas tuable, il n'y a rien jamais qui m'a empêché de faire ce que je pensais être la chose que je devais faire, conclut-il.

Avec les informations de Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l'émission Le 15-18

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