•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nos ancêtres ont marché beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait

Illustration artistique d'un Danuvius guggenmosi se tenant sur ses deux jambes dans un arbre.

Selon les chercheurs, le Danuvius guggenmosi possédait un large thorax, une longue colonne vertébrale et des hanches et des genoux allongés, comme chez les bipèdes.

Photo : Nature/Velizar Simeonovski

Alain Labelle

La découverte des restes fossilisés d’un singe inconnu, ayant vécu il y a 11,6 millions d'années sur le territoire actuel de l’Allemagne, semble montrer que les ancêtres de l’Homo sapiens ont commencé à marcher sur deux jambes beaucoup plus tôt dans l’évolution.

L’anthropologue canadien David R. Begun, de l’Université de Toronto, et des collègues allemands et américains ont publié une étude qui risque bien de créer des remous dans le monde de l’anthropologie dans les prochaines semaines.

Selon eux, des restes découverts en Bavière montrent que la bipédie est apparue des millions d’années plus tôt chez nos ancêtres par rapport à ce qu'on estimait à ce jour.

Auparavant, l’état des connaissances permettait de penser que les premiers ancêtres des humains capables de marcher debout étaient apparus il y a entre 4,4 et 7 millions d'années (Ardipithecus ramidus).

Or, le Pr Begun et de ses collègues affirment dans une étude publiée dans le magazine Nature (Nouvelle fenêtre) que le singe qu’ils ont appelé Danuvius guggenmosi vivait dans les arbres, mais se tenait aussi sur ses pattes arrière bien avant cette période.

Les fossiles comprennent des restes d'au moins quatre individus, avec un squelette partiel suffisamment complet pour décrire, en détail, la morphologie des membres et de la colonne vertébrale ainsi que les proportions du corps.

Madelaine Böhme, université de Tübingen
Les restes fossilisés d'un mâle Danuvius guggenmosi.

Les restes fossilisés d'un mâle « Danuvius guggenmosi ».

Photo : Nature/Christoph Jäckle

Le squelette le plus complet, comportant 21 os, appartenait à un mâle d'un mètre de haut qui devait peser environ 30 kg.

L’animal possédait un large thorax, une longue colonne vertébrale et des hanches et des genoux allongés, comme chez les bipèdes. Il avait aussi des membres antérieurs très allongés, une caractéristique observée chez tous les singes qui vivent dans les arbres (hominoïdes).

Danuvius guggenmosi combinait donc les adaptations des bipèdes et des grands singes arboricoles, et pouvait se déplacer sur ses pattes postérieures.

Ce singe possédait également un gros orteil qui lui permettait de marcher sur la plante des pieds. Cette caractéristique laisse à penser que le Danuvius guggenmosi pouvait marcher en posant le pied à plat sur les branches.

L'un des os fossilisés d'un gros orteil de Danuvius guggenmosi.

L'un des os fossilisés d'un gros orteil de Danuvius guggenmosi, entouré de reconstitutions de plâtre.

Photo : Nature/Christoph Jäckle

Les membres de cette espèce se déplaçaient d'une façon inconnue jusqu'à aujourd'hui.

Tracy Kivell, université du Kent

La paléoanthropologue Tracy Kivell pense que cette espèce pourrait bien représenter le modèle de locomotion des derniers ancêtres communs des grands singes et des humains.

Un débat à prévoir

Cette découverte remet donc en question l'idée largement acceptée dans la communauté scientifique selon laquelle la marche bipède a évolué beaucoup plus tard chez les Hominina, ancêtres des humains modernes.

Si elle se confirme, toutefois, cela voudrait dire que cette caractéristique était commune aussi aux Hominini, qui comprennent des espèces bipèdes postérieures à la séparation de la lignée Homo, comme les ancêtres des gorilles et des chimpanzés. (enlevé également)

Ce qui rend les choses vraiment complexes aujourd'hui, c'est que la bipédie définit habituellement les Hominini. Notre article pourrait créer un dilemme pour la définition même des Hominini.

Madelaine Böhme, université de Tübingen

En 2013, les origines de la bipédie humaine avaient été remises en question par des anthropologues britanniques. La Dre Isabelle Winder et ses collègues de l'université de York affirmaient que la capacité à se déplacer sur deux pieds serait apparue en raison des terrains escarpés où évoluaient les ancêtres de l'humain moderne en Afrique. Selon eux, il aurait été bien plus facile de se déplacer dans cet environnement debout sur deux jambes.

Anthropologie

Science