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Envoyé spécial

Haïti : le combat pour la guérison dans un pays en souffrance

Radio-Canada est allé à la rencontre d'Haïtiens en attente de traitements médicaux.

Une longue file de gens devant les bureaux de la police nationale.

De nombreux Haïtiens se sont présentés, mercredi, à la base navale de Carrefour afin d'obtenir des soins médicaux.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Philippe Leblanc

Des milliers d'Haïtiens ont fait la file sous un soleil de plomb pendant des heures, mercredi, dans l'espoir de voir un médecin américain. Le navire-hôpital USNC Comfort, accosté à la base navale Carrefour en banlieue sud de Port-au-Prince, offre des services médicaux gratuitement jusqu'au 13 novembre. Les conditions de vie se sont lourdement détériorées en Haïti dans les dernières semaines en raison des violentes manifestations. Voici quelques Haïtiens rencontrés à Carrefour.

La santé avant la politique

La jeune Perpétue a une joue très enflée.

Célienne Leméton et sa fille Perpétue, 14 ans

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Célienne Leméton est arrivée en file à 2 h du matin, six heures avant que les médecins américains n'ouvrent les portes de la clinique temporaire. Elle est venue avec sa fille de 14 ans, Perpétue, qui a une immense excroissance à la joue droite. Elle a été opérée pour une tumeur en février, mais sa joue a recommencé à enfler depuis. Célienne Leméton n'a pas les 400 $ CA nécessaires pour aller passer les tests d'imagerie médicale dans un laboratoire privé. Elle espère donc que les médecins américains pourront l'aider.

Je n'ai pas d'opinion sur le "péyi lock" [pays bloqué] ou la politique en général. Je prie simplement Dieu pour que ma fille obtienne de l'aide médicale, confie-t-elle.

Un diagnostic difficile à obtenir

Portant la casquette, Jean-Claude regarde au loin.

Jean-Claude Jérismé est atteint d'une maladie du foie, selon ses médecins.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Jean-Claude Jérismé a fait huit heures de route dans l'espoir de voir les médecins. Il est parti de Tiburon, dans le sud du pays. Il a vu des médecins haïtiens quatre fois dans la dernière année et il a même passé des radiographies. Il n'arrive pas à manger et son ventre est enflé. Les médecins lui ont dit que c'est son foie qui est malade. Il aimerait faire la file mais elle est si longue et la chaleur si intense qu'il ne peut pas. Il n'en a pas la force.

Les médecins haïtiens ont retiré de l'eau de mon ventre, mais c'est revenu. Ils disent qu'ils n'ont pas de traitements à m'offrir, que ma maladie au foie est intraitable. J'espère voir les Américains pour obtenir une autre expertise, dit-il.

Pauvreté amplifiée par la crise

Une femme regarde la caméra, ses deux enfants dans les bras.

Widline Noël avec sa fille Danaicka, 2 ans, et son fils Ismael, 3 mois

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Widline Noël est arrivée peu avant l'ouverture de la clinique. Elle tient sa fille de 2 ans, Danaicka, dans son bras droit. Son fils de 3 mois, Ismael, dort dans son bras gauche. Ils ont respectivement une toux et la diarrhée. Widline veut des médicaments pour guérir ses enfants, mais elle n'a même pas d'argent pour payer les 7 $ CA de frais de consultation auprès d'un médecin haïtien. Elle est marchande de bonbons dans la rue et elle ne gagne presque plus d'argent depuis le début des manifestations.

Le "peyi lok" n'est pas bon pour le pays. Tout est rendu encore plus cher. Nous avons besoin de beaucoup d'aide. Les enfants ne peuvent plus aller à l'école, car les écoles sont fermées. On ne gagne presque rien et on n'arrive pas à manger et à payer le loyer, raconte-t-elle.

Inutile de faire la queue

Un homme devant une porte close, avec une femme derrière la porte.

Fritznel Thiophin et Simone Alexandre

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Fritznel Thiophin et son amie Simone Alexandre ne font pas la longue file chaotique pour le navire-hôpital américain, et ce, même s'ils habitent en face de la clinique temporaire. Il a des problèmes au ventre et un éternel mal de dos. Elle a des problèmes de digestion et des maux de tête si intenses qu'elle n'ose plus se peigner tellement la douleur est insupportable. Ils ne veulent pas perdre leur temps dans la queue.

Ce que je pense des manifestations? Je ne veux pas entrer dans une logique de renversement du président, car je ne vois pas ce qui pourrait aller mieux après son départ. Je souhaite par contre du changement dans le pays. Les Haïtiens doivent s'unir et former une coalition quelconque. J'aimerais que les différents groupes s'unissent. Notre slogan national est l'union fait la force. C'est ce que je souhaite, lance-t-elle.

Le curieux

Ce commerçant local est venu voir ce qui se passait près de chez lui, mercredi.

Ce commerçant local est venu voir ce qui se passait près de chez lui, mercredi.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Un commerçant qui demeure à quelques coins de rue de l'interminable file d'attente vient voir ce qui se passe par curiosité. Il n'est pas malade et n'a pas besoin de soins. Il souhaite un dénouement rapide de l'impasse en Haïti. Il trouve que ça a trop duré.

Le président, Jovenel Moïse, doit partir. C'est la seule façon que la vie reprenne son cours, que les écoles rouvrent. Mais ce n'est pas la solution finale. Il faut que le système politique change. Si Jovenel Moïse s'en va, un autre groupe va simplement le remplacer et d'autres insatisfaits vont réclamer une autre démission. Non, on a besoin que les groupes d'opposition au président travaillent ensemble pour changer le système. C'est la seule solution pour le pays, lance celui qui n'a pas voulu s'identifier.

Notre envoyé spécial Philippe Leblanc est en Haïti toute la semaine pour rendre compte de la situation sur le terrain alors que le pays traverse une profonde crise.

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