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Le déraillement de train de Mississauga il y a 40 ans, une catastrophe humaine évitée de justesse

Un train déraillé et du feu, avec un camion de pompier devant.

Le 10 novembre 1979, la plus grande évacuation de l’histoire canadienne se produit à la suite du déraillement d’un train du Canadien Pacifique à Mississauga, en banlieue de Toronto (archives).

Photo : Radio-Canada

Marguerite Gallorini

Il y a 40 ans, la plus grande évacuation de l’histoire canadienne se produit à la suite du déraillement d’un train du Canadien Pacifique à Mississauga, en banlieue de Toronto. Le train contient des matières dangereuses et des gaz mortels, qui au moment de l’impact créent un champignon de gaz vert au-dessus de la ville. Pourtant, l’épisode ne fait aucune victime.

Cette nuit-là, j’étais allée au lit tôt, et mon plus jeune fils m’a appelée : “Maman, je crois que la mairie a explosé”, raconte la mairesse de l’époque, Hazel McCallion.

Du feu.

Le déraillement d'un train du Canadien Pacifique à Mississauga le 10 novembre 1979 a provoqué une explosion visible à 100 km à la ronde (archives).

Photo : Radio-Canada

La catastrophe humaine est évitée alors que les circonstances laissaient présager le pire. Trois wagons contiennent du toluène (un composant du T.N.T.), et un autre renferme du chlore – tous deux étant mortels, même à petite dose. Trois autres wagons contiennent de la soude caustique, une substance très corrosive pour la peau, et 11 wagons du train transportant du propane explosent. Les flammes sont visibles à plus de 100 km à la ronde.

Une évacuation sans heurts

Environ 218 000 résidents sont évacués, soit plus des trois quarts de la ville.

Ils ont dû partir dans leurs pyjamas, la police ne leur avait pas permis de s’habiller.

Hazel McCallion, ancienne mairesse de Mississauga

Elle est restée la plus grande évacuation en temps de paix en Amérique du Nord jusqu'à celle de La Nouvelle-Orléans en raison de l'ouragan Katrina en août 2005.

Une vieille dame en entrevue dans son bureau.

Hazel McCallion fut la mairesse de Mississauga pendant 36 ans, et était encore nouvelle dans son rôle lorsque le déraillement d'un train du Canadien Pacifique a eu lieu en 1979.

Photo : Radio-Canada

Nous avons dû prendre nos décisions d’évacuation en nous basant sur la façon dont le vent soufflait pour protéger la population de ces gaz, se remémore Hazel McCallion. L’évacuation qui m’a le plus touchée était celle de l’hôpital de Mississauga, ajoute celle qui a été mairesse de Mississauga pendant 36 ans.

Une femme prend la pose près d'un chemin de fer.

Alena Sarnavka était infirmière à l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Mississauga. Ici près de la voie ferrée à Mississauga où l'accident a eu lieu, elle se souvient bien de cette journée pas comme les autres.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Alena Sarnavka, ancienne infirmière de l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Mississauga, s’en souvient très bien. Elle est arrivée au travail à 7 h 30 ce matin-là. Le personnel de l’hôpital avait déjà été informé sur l’accident et la possibilité d’évacuation.

Les ambulances étaient phénoménales. Je ne pouvais pas croire à quel point c’était organisé. Et c’était en 1979, nous n’avions pas toute la technologie que nous avons aujourd’hui!

Alena Sarnavka, ancienne infirmière à Mississauga

L’ancienne infirmière se rappelle la camaraderie face à la crise, et la bonté des gens. Elle et sa famille ont pu trouver refuge chez des amis d’amis à Toronto pendant deux jours, alors qu’ils ne se connaissaient pas.

La générosité du public et des commerçants de Mississauga était extraordinaire. Les [gérants] d’épiceries ont ouvert leurs portes et disaient “Entrez, prenez ce que vous voulez”, se souvient Hazel McCallion. Cela montre clairement qu'en cas d’urgence, les gens savent répondre.

Image d'un plan d'évacuation avec les différentes heures d'évacuation par région.

Plan d'évacuation de la ville de Mississauga suite au déraillement d'un train du Canadien Pacifique le 10 novembre 1979.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

La majorité des résidents regagnent leur domicile deux jours plus tard, une fois l'incendie maîtrisé. Certains devront attendre jusqu'au 16 novembre.

Le Canadien Pacifique rembourse les frais de séjour des résidents délogés. Un montant qui s'élève à 8 millions de dollars.

Le « miracle de Mississauga »

Cette date anniversaire est l’occasion de créer un lien entre tous les résidents de la ville autour d’une même histoire, dit Matthew Wilkinson, historien à la fondation Heritage Mississauga, un organisme de protection du patrimoine de la ville.

Un homme parle en entrevue.

Matthew Wilkinson est historien à la fondation Heritage Mississauga, un organisme de protection du patrimoine de cette ville de la banlieue de Toronto.

Photo : Radio-Canada

C’est probablement le plus important chapitre de notre histoire locale. [...] Cela est devenu un moment clé pour une génération, le souvenir de toute une communauté.

Matthew Wilkinson, historien à la fondation Heritage Mississauga

Tous les souvenirs que nous avons recueillis au fil des ans sont invariablement positifs. Nous n’avons encore pas entendu une seule histoire négative, explique l’historien.

En effet, malgré les risques posés par les gaz mortels s’échappant du train, cet accident n’a fait aucune victime directe, ce qui a valu à cet épisode le titre de « miracle de Mississauga ».

Depuis, une sécurité accrue

L'enquête a déterminé que l'essieu de l'un des wagons avait cédé à cause d'un manque de lubrifiant, menant au déraillement. À l’époque du déraillement, 98 % des réglementations [actuelles] n'existaient pas, explique l'ancienne mairesse.

Vue aérienne d'un accident de train avec du feu, et d'un nuage de fumée au-dessus de la ville.

Le train contient des matières dangereuses et des gaz mortels qui, au moment de l’impact, créent un champignon de gaz vert au-dessus de Mississauga (archives).

Photo : Radio-Canada

À la suite de cet épisode, Hazel McCallion a été sélectionnée par le gouvernement fédéral de l’époque pour participer à un comité spécial qui, pendant deux ans, a œuvré à améliorer la réglementation relative aux transports de matières dangereuses au Canada.

Les autres municipalités de l’Ontario ont aussi pris des mesures. La plupart des municipalités de l’Ontario n’avaient pas de plan d’urgence, nous, si. Ça nous a énormément aidés, explique Mme McCallion. Après le déraillement de Mississauga, la province a imposé à toutes les municipalités d’avoir un plan d’urgence.

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