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La France resserre sa politique d'immigration

Édouard Philippe s'adresse aux journalistes lors d'une conférence de presse.

Le premier ministre français, Édouard Philippe, et le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, ont présenté une série de mesures concernant la politique migratoire française.

Photo : pool/afp via getty images / CHARLES PLATIAU

Agence France-Presse

Le premier ministre français Édouard Philippe a affirmé que son gouvernement voulait « reprendre le contrôle de [la] politique migratoire » nationale, en présentant mercredi une série de mesures à ce sujet, comme des quotas pour l'immigration économique.

Le sens général de notre action, c'est la souveraineté [...] C'est exprimer et assumer des choix clairs en matière d'accueil et d'intégration et assurer un juste équilibre entre les droits et devoirs, a déclaré M. Philippe.

Quotas d'immigrés pour certains emplois, délai de carence pour les demandeurs d'asile avant d'accéder à la prise en charge financière des soins de santé, lutte contre les fraudes à l'Aide médicale d'État qui bénéficie aux sans-papiers... Le gouvernement a détaillé ses mesures sur l'immigration, déjà largement dévoilées et controversées.

Des « quotas migratoires » inspirés du modèle canadien

Selon la ministre française du Travail, Muriel Pénicaud, citée par le quotidien Les Échos, la volonté de son gouvernement d’établir des seuils chiffrés d'immigration professionnelle pour mieux combler des besoins de main-d’œuvre s’inspire des pratiques en place au Canada et en Australie, qui constituent des modèles en matière de quotas migratoires, selon elle.

L’idée d’établir chaque année un nombre déterminé d’immigrants (excluant les réfugiés, les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires) dont la candidature est évaluée en fonctions de critères prédéfinis comme la compétence, l’expérience professionnelle ou la connaissance de la langue du pays dans le but d’atteindre des objectifs de développement économique et social, comme on le fait au Canada, n’est pourtant pas nouvelle en France.

Il y a 13 ans, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait fait adopter une loi qui ouvrait les portes à ce concept d’immigration professionnelle choisie alors baptisé immigration de travail.

Mais les effets de la crise économique de 2008 qui firent exploser à plus de 24 % le taux de chômage des étrangers sur le territoire français et la vague migratoire qui déferla sur la France à la suite du printemps arabe de 2011 ont eu raison des efforts du gouvernement Sarkozy pour instaurer un modèle d'Immigration professionnelle à la canadienne.

Lutte contre l'immigration clandestine

Il prévoit ainsi un tour de vis envers l'immigration clandestine : les étrangers sans papiers ainsi que les personnes déboutées de leur demande d'asile ne pourront bénéficier d'un maintien de leur protection maladie que pendant six mois, au lieu de douze jusqu'à présent.

Nous ne toucherons pas à la question du regroupement familial, mais nous luttons contre toutes les fraudes, y compris au sein du regroupement familial, a répété pour sa part le ministre français de l'Intérieur Christophe Castaner.

Le ministre a aussi promis l'ouverture de trois nouveaux centres de rétention ainsi que 16 000 nouvelles places d'hébergement pour les réfugiés.

M. Castaner a encore annoncé que les campements de migrants insalubres du nord-est parisien, où se trouvent entre 1500 et 3000 exilés, seront évacués avant la fin de l'année.

Des migrants entassés dans des abris de fortune, dans le campement de Porte de la Chapelle, à Paris.

Des migrants entassés dans des abris de fortune, dans le campement de Porte de la Chapelle, à Paris.

Photo : Reuters / Pascal Rossignol

Encore plus d'étudiants étrangers

Parallèlement, la France s'est fixé pour objectif d'attirer 500 000 étudiants étrangers d'ici à 2027 pour accentuer [son] rayonnement international, contre environ 325 000 aujourd'hui.

Le nombre de titres de séjours délivrés pour des raisons économiques [près de 33 502 en 2018] ne représente qu'une petite partie des quelque 255 956 titres octroyés en 2018, selon les chiffres officiels provisoires.

Le secrétaire général du syndicat modéré de la CFDT, Laurent Berger, premier syndicat français, s'est dit choqué par la volonté du gouvernement d'instaurer ces « quotas », mais aussi un délai de carence pour accéder à la protection universelle maladie.

Les migrants économiques, c'est 30 000 personnes en France par an [...] Je ne crois pas qu'il y a besoin d'agiter des chiffons rouges sur ce sujet, a-t-il tempéré.

On aura bonne mine quand on aura mis un délai de carence, qu'une personne sera porteuse de maladie et qu'elle aura développé cette maladie pendant trois mois un peu plus et transmis cette maladie, a-t-il expliqué.

Ça va avoir des conséquences désastreuses pour les personnes concernées, pour les travailleurs sociaux, pour les bénévoles dans les associations, les personnes dans les centres de santé, etc., a déploré le syndicaliste.

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