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Les jeunes dans la rue : un problème majeur à Edmonton

Un jeune se prenant la tête dans les mains en étant assis sur le sol.

De plus en plus de jeunes se retrouvent sans logement à Edmonton selon la Société des centres de jeunesse d'urgence d'Edmonton (YESS).

Photo : iStock

Nafi Alibert

En 10 ans, le nombre d’itinérants a fondu de moitié à Edmonton, selon l’organisme Homeward Trust, le principal acteur de la lutte contre l'itinérance de la ville. Autant dire que la capitale albertaine fait figure de modèle, alors qu’elle accueille en ce moment la Conférence nationale pour mettre fin à l’itinérance. Toutefois, la proportion de jeunes qui composent la population itinérante d’Edmonton reste préoccupante selon l'organisme.

Nous aidons actuellement 800 jeunes par année, explique Margo Long, la présidente de la Société des centres de jeunesse d'urgence d'Edmonton (YESS).

Et ce n’est que la pointe de l’iceberg, craint-elle. Pourtant, cette pointe dépasse trois fois les estimations de l’organisme Homeward Trust, qui calcule que 17 % des quelques 1600 itinérants d’Edmonton sont des jeunes.

Margo Long justifie en partie cet écart par le moins grand nombre de ressources disponibles pour les jeunes.

Qu’ils aient été battus, abusés sexuellement ou qu’ils soient abandonnés par leurs familles, beaucoup d’entre eux sont pris dans une spirale de la honte. Même si des choses horribles leur sont arrivées, ils croient que c’est de leur faute, observe-t-elle.

Invisible

Aujourd’hui doctorante à l’Université McGill, Jayne Malenfant a connu la rue dans son adolescence avant d’en faire le sujet de sa thèse.

C’était plus comme une itinérance cachée pour moi, je suis rentrée dans le système d’hébergement, [je dormais sur] les sofas des amis, raconte-t-elle en marge de la présentation qu’elle est venue donner à la Conférence nationale pour mettre fin à l’itinérance.

Shayana Narcisse, Mickey Watchorn et Jayne Malenfant devant la salle de conférence.

Shayana Narcisse, Mickey Watchorn et Jayne Malenfant font partie du groupe de chercheurs de McGill Youth Action Research Revolution

Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos

La face cachée de cette itinérance juvénile rend les interventions d’autant plus compliquées pour YESS. D’autres jeunes en détresse se cacheraient dans les zones boisées et les ravins d’Edmonton, raconte Mme Long.

Il est d'autant plus difficile de les rejoindre dans la capitale albertaine que six jeunes itinérants sur dix appartiennent à des communautés autochtones qui représentent des populations déjà marginalisées.

Miroir

Dans ce contexte, plus de 1500 intervenants de partout au pays se sont réunis à Edmonton dans l’idée de partager leurs réussites et leurs erreurs en matière de lutte contre l’itinérance.

Nous sommes particulièrement intéressés d’être à Edmonton, puisqu’ils ont mieux réussi que les autres villes au Canada à réaliser une réduction réelle en itinérance, dit le coprésident du conseil d’administration de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance, Matthew Pearce.

Matthew Pearce est debout dans le hall du Centre des conférences.

Matthew Pearce, co-président de l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance

Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos

Venu de Montréal où il dirige aussi la Mission Old Brewery, Matthew Pearce salue le travail de collaboration entre les différents acteurs de la lutte à l’itinérance d’Edmonton.

Communautaire, gouvernement, santé… Tous les joueurs sont ralliés autour d’une vision pour mettre fin [au problème] plutôt que de se concentrer à mieux gérer le problème, poursuit-il.

Depuis 2008, le nombre d’itinérants dénombrés par l’organisme Homeward Trust est passé de 3000 à 1600 personnes.

La collaboration est la clé, reconnaît la directrice de la Ville en matière de logement et d’itinérance, Christel Kjenner. La recette du succès est d’avoir mis le conseil municipal, les organismes communautaires et les agences sociales sur la même longueur d’onde, d’où les impacts sur le terrain.

Coordonnateur de l’hébergement à l’organisme montréalais Dans la rue, Dave Dumouchel a profité de sa venue à Edmonton pour visiter d’autres associations locales qui travaillent avec des jeunes défavorisés.

Ici, ils pratiquent beaucoup la méthode de divergence, remarque-t-il. Plutôt que d'accepter tout de suite [son] hébergement, la première fois qu’ [un jeune ] débarque, [il] va aller voir c’est quoi les autres possibilités parce que [le refuge] c’est la dernière place où tu veux être. Alors qu’à Montréal on les accueille et on travaille avec notre système à partir de ce moment-là sans nécessaire les référer ou les retourner ailleurs.

Réparer

Margo Long est catégorique : 100 % des jeunes qui frappent à la porte de YESS vivent avec différentes formes de choc post-traumatique.

Nous devons donc travailler à soigner ces blessures avant de leur demander de retourner à l’école, trouver un emploi et de devenir des contribuables comme les autres, dit-elle.

Margo Long adossée à un mur.

Margo Long, directrice générale de la Société des centres de jeunesse d'urgence d'Edmonton

Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Ayant souvent connu un contexte d’abus dans leur cercle familial, c’est le sentiment de réinsertion qui est important, car ils n’ont pas d’attachement envers la société, le rejoint M. Pearce.

D’autres embrassent la rue comme une aventure, reconnaît-il. Eh oui, certains de ces jeunes qui avaient à la base un esprit d’aventure sont restés à la rue, parce que les services l’ont permis.

Il y a une quinzaine d’années que son organisme a changé de stratégie pour suivre aussi une voie plus proche de la méthode de divergence, après avoir réalisé qu’ils avaient créé une offre de service qui a, malgré elle, contribué à ancrer les gens dans l’itinérance.

Quand on n’a rien et qu’un organisme dit qu’il est là pour vos besoins fondamentaux, [que ] c’est gratuit et vous avez accès à ces services autant que vous avez besoin, on a créé un contexte où la chronicité a été permise. On ne s’est pas vu comme une entité qui doit résoudre le problème de cette personne.

Or, pour M. Dumouchel aussi, le but ultime est de prévenir l’itinérance chronique parce que le passage de l’itinérance jeune peut souvent terminer en itinérance adulte, termine-t-il en rappelant l’importance d’offrir des services axés sur la réinsertion.

Alberta

Pauvreté