•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mais quel est donc cet Ouest canadien dont on parle tant?

Une carte avec une loupe centrée sur l'Ouest du Canada

L’Ouest canadien est une région généralement considérée comme étant constituée des provinces qui se trouvent à l’ouest de l’Ontario, selon les politologues et les professeurs de science politique.

Photo : Radio-Canada

Laïssa Pamou

Après l’élection fédérale du 21 octobre et la montée du mouvement Wexit, « l’Ouest canadien » revient sur toutes les lèvres. Mais qu’est-ce que l’Ouest canadien? Une région? Une identité? Un concept politique? Trois experts expliquent.

L’Ouest canadien regroupe en général les provinces qui se trouvent à l’ouest de l’Ontario : la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba.

Vraiment?

Car cette définition géographique est sujette à des controverses depuis le début de la Confédération et varie en fonction des enjeux politiques et économiques de l'heure, estiment les politologues Raymond Hébert, Rémi Léger et Frédéric Boily.

Le politologue manitobain Raymond Hébert explique que, au fil des ans, l'Ouest canadien a souvent désigné les trois provinces des Prairies, ou même une seule de ces provinces.

Souvent, il y a confusion, car on parle des quatre provinces de l’Ouest, mais, en réalité, pour être précis, il faudrait plus parler des trois provinces des Prairies.

En 1986, par exemple, fait remarquer M. Hébert, l’attribution du contrat de plus de 1 milliard de dollars pour le maintien des avions de combat CF-18 était présentée comme une « confrontation entre le centre du Canada et l’Ouest ». Or, en réalité, l’Ouest, dans ce cas, se limitait au Manitoba.

La décision d’Ottawa d’offrir le contrat au Québec, au détriment du Manitoba, avait tout de même laissé un goût amer à plus d’une province de l’Ouest, rappelle Raymond Hébert.

Raymond Hébert en entrevue avec Radio-Canada à l'Assemblée législative du Manitoba.

Le politologue Raymond Hébert a été sous-ministre adjoint pour le Bureau de l'éducation française, entre 1976 et 1979.

Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

 Le Manitoba avait la meilleure soumission qui était la moins coûteuse, dit-il. Les politiciens et des chefs d’entreprise ici avaient accusé Ottawa de prendre des décisions pour des motifs purement politiques qui avantageaient le centre du pays.

Rémi Léger, professeur adjoint de sciences politiques à l'Université Simon Fraser, donne un autre exemple.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la création du Parti réformiste du Canada, en Alberta, a eu un effet important en Colombie-Britannique et donné une nouvelle définition de l’Ouest canadien, explique-t-il.

Les appuis de ce parti se trouvaient presque exclusivement en Alberta et en Colombie-Britannique, mais il se considérait comme le défenseur des intérêts de l’Ouest canadien, mécontent du gouvernement fédéral.

Ce parti se voyait comme un parti politique de l’Ouest qui représentait les politiques de l’Ouest, dit Rémi Léger.

Les leaders du Parti réformiste croyaient que l’Ouest avait besoin de son propre parti pour se faire entendre, ajoute le professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean, en Alberta, Frédéric Boily.

M. Boily souligne que la dénomination « Ouest canadien » a également souvent été utilisée pour parler de certains secteurs économiques en particulier.

Selon lui, au cours de cinq dernières années, quand on parle de l’Ouest, c'est surtout pour désigner l’industrie pétrolière et, dans une moindre mesure, les régions agricoles.

Ceci explique le fait que l’Alberta soit la chef de file dans les mouvements qui sont désignés comme mouvements de l’Ouest, ces jours-ci, précise-t-il. Il cite en exemple le Wexit et fait remarquer qu’il est présenté dans de nombreux médias comme une vague séparatiste de l’ouest du pays.

Les trois experts sont d’avis que cette définition changeante au gré des enjeux politiques crée parfois un sentiment d’incompréhension et accentue l’aliénation de l’Ouest.

Afin de donner l’impression qu’on est face à un mouvement important, les gens, et même les médias, vont utiliser le vocable "de l’Ouest". Or, lorsqu’on va voir au-delà de la surface, on se rend compte qu’on parle d’une province en particulier, de deux provinces ou d’une industrie.

Rémi Léger, politologue

Les politologues notent aussi que le fait de mettre les quatre provinces de l’Ouest dans un même panier n’aide pas toujours la cause des citoyens. Au cours des années, les intérêts de chaque province ont évolué et se sont parfois éloignés les uns des autres.

Rémi Léger, professeur adjoint de sciences politiques à l’Université Simon Fraser.

Rémi Léger, professeur adjoint de sciences politiques à l’Université Simon Fraser

Photo : Radio-Canada

Raymond Hébert mentionne ainsi que l’Alberta est la province la plus américanisée du pays. Selon lui, l’industrie pétrolière a attiré beaucoup d’entrepreneurs qui s’y sont installés et ont importé leurs valeurs entrepreneuriales, d’individualisme, qu’on retrouve beaucoup moins dans le reste du pays.

La Saskatchewan est une province surtout agricole qui se diversifie notamment dans le secteur du pétrole, relève-t-il.

Le Manitoba ressemble de plus en plus à l’Ontario, selon Raymond Hébert. Son économie est beaucoup plus diversifiée, et sa population, très organisée. Les résultats de la dernière élection le montrent bien, affirme-t-il.

La Colombie-Britannique est considérée comme une grande région en soi du fait de la grande barrière des montagnes Rocheuses, et aussi en raison de son ouverture à l’Océan pacifique, ajoute-t-il.

Selon Frédéric Boily, l’identité commune que toutes ces provinces ont gardée malgré les années, c'est le sentiment d’être laissées pour compte par le gouvernement fédéral.

La vision stéréotypée des régions à l’ouest de l’Ontario a créé, au fil des années, des frustrations au sein de la population, dit-il.

L’Ouest canadien est ainsi une région mal comprise.

D’après Frédéric Boily, la fin de la confusion, lorsqu’on parle de l’Ouest, viendra en partie lorsqu’Ottawa cessera de vouloir « trouver une politique qui plaît à l’ensemble de l’Ouest ».

C’est une mission pratiquement impossible, ajoute-t-il. Ce sont des politiques sectorielles qui doivent être prises.

Le politologue Frédéric Boily dans son bureau, avec des bibliothèques remplies de livres derrière lui.

Le professeur de sciences politiques à l'Université de l'Alberta Frédéric Boily

Photo : Radio-Canada

Frédéric Boily ajoute que l’écart entre le poids politique des régions à l’ouest de l’Ontario et leur poids économique accentue le sentiment de frustration.

Ces régions, surtout celles des Prairies, se sont souvent plaintes de ne pas être prises en compte par Ottawa. Or, l’élection récente vient de montrer qu’il est possible de gagner et de diriger le pays sans avoir des sièges en Alberta et en Saskatchewan, et très peu au Manitoba.

Frédéric Boily, politologue

Ces provinces donnent beaucoup, économiquement, à la Confédération, mais leur poids politique est peu important. Que croyez-vous que ces provinces vont penser?, conclut-il.

Dans l’Ouest, la Colombie-Britannique a 42 représentants à Ottawa. L’Alberta en a 34. La Saskatchewan et le Manitoba ont chacune 14 députés au fédéral. Les quatre provinces possèdent 104 sièges sur les 338 que compte la Chambre des communes.

Manitoba

Politique fédérale