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Nouvel espoir devant l’ONU pour la Québécoise Judith Brassard

Judith Brassard.

La cause de la Québécoise Judith Brassard, condamnée en Colombie pour le meurtre de son mari, est portée devant le groupe des détentions arbitraires des Nations unies.

Photo : Radio-Canada

Jean-Michel Leprince
Martin Movilla

Emprisonnée depuis 11 ans en Colombie, une Québécoise condamnée pour le meurtre de son mari continue à se battre pour prouver son innocence. Malgré un nouveau revers, la cause de Judith Brassard fera son chemin la semaine prochaine devant l’Organisation des Nations unies.

Après que la Cour suprême de la Colombie eut refusé une nouvelle fois la réouverture du dossier, les organisations non gouvernementales En Vero et Fondejusticia y Verdad ont décidé de porter la cause devant le groupe des détentions arbitraires des Nations unies.

Selon ces deux organisations de défense des droits de la personne – l’une au Canada et l’autre en Colombie – la justice colombienne s’est acharnée sur Judith Brassard, au mépris de la présomption d’innocence et du doute raisonnable. Elles assurent que seule la communauté internationale peut faire quelque chose dans son cas.

La Québécoise a été condamnée en 2010 à 28 ans de prison pour avoir commandé le meurtre de Felipe Rojas Gnecco, abattu par un tueur à gages, sans aucune preuve matérielle et sur la base de faux témoignages qui viennent d’être reconnus comme tels par la justice colombienne.

Des faux témoignages

John Osorio et Katherine Pitre.

John Osorio et Katherine Pitre, la femme de ménage de Judith Brassard à l'époque, ont été condamnés pour faux témoignages.

Photo : Radio-Canada

Après une décennie d’enquête, le bureau du procureur a présenté des accusations de faux témoignages et de fraude procédurale (manipulation de la justice) contre les principaux témoins opposés à Judith Brassard. 

Les deux accusés ont reconnu les faits et deux juges différents les ont condamnés. John Osorio, celui qui a organisé le meurtre et incriminé Judith Brassard, a écopé d’une peine de 10 ans. Katherine Pitre, sa femme, a été condamnée à 6 ans de prison.

Dans une des décisions, le juge considère que la version de John Osorio était contradictoire et inconsistante et que les déclarations contre Judith Brassard n’étaient pas crédibles. Ces déclarations ont, selon lui, entraîné la condamnation d’une personne innocente.

La belle-famille de Judith Brassard a cependant contesté les deux jugements pour faux témoignages et a obtenu gain de cause auprès de la Cour suprême – une nouvelle fois et en dépit de nouvelles preuves.

Dans un avis juridique, l’avocat de la famille assure qu’il n’y a jamais eu de faux témoignages et que ces sentences sont le résultat de la mauvaise foi, de l’ignorance ou de la naïveté des juges. Et il n’en reste pas là. Il affirme que ces jugements n’ont qu’un seul objectif : rouvrir le procès de Judith Brassard.

La Canadienne a toujours clamé son innocence, mais pour sa belle-famille et pour la justice colombienne, il n’y avait qu’elle qui pouvait profiter de la mort de Felipe Rojas Gnecco.

La chambre où la Québécoise est emprisonnée.

Judith Brassard est emprisonnée dans cette chambre en Colombie, mais a droit à des sorties temporaires chaque mois.

Photo : Radio-Canada

Derrière l’assassinat de Felipe et la condamnation de Judith Brassard, il y a une sombre histoire remplie de mystères, de mensonges, de manipulations, d’acharnement judiciaire et de décisions juridiques contradictoires.

Un meurtre qui a brisé plusieurs vies

Cette saga judiciaire commence le lundi 4 décembre 2006 à Santa Marta, un endroit paradisiaque des Caraïbes colombiennes.

À quinze rues de la plage, l’orthodontiste Felipe Rojas Gnecco s’approche de sa voiture qui est garée devant la clinique La Perla del Caribe, où il a son cabinet dentaire. Deux sicarios – ces tueurs à gages utilisés par les criminels pour attaquer leurs ennemis – l’attendent près de la porte.

L’un d’eux sort son pistolet et tire trois fois, à bout portant, sur l’orthodontiste. Le crissement des pneus et les cris des gens se fondent en un seul bruit pendant que les deux criminels disparaissent dans le trafic. Il laissent derrière eux le cadavre d’un homme jeune, père de deux enfants.

Un portrait de la famille Brassard-Rojas.

Judith Brassard et son défunt mari Felipe Rojas Gnecco ont eu deux enfants.

Photo : Radio-Canada

Au moment du meurtre, cette dernière est à Montréal, où elle est venue avec ses enfants pour s’éloigner d’une vie qu’elle n’aimait plus.

L’assassinat arrive au moment où une procédure de divorce et une lutte acharnée pour obtenir la garde de leurs deux enfants, nés en Colombie, sont en cours.

Dans les dernières semaines avant l’assassinat de son mari, Judith Brassard avait décidé de se séparer, de garder ses enfants, de demander le divorce et de prendre – sans autorisation de Felipe et en falsifiant sa signature – l’argent que le couple détenait dans une banque aux États-Unis. 

Toutes ces décisions, auxquelles se sont ajoutés mensonges et infidélités, étaient reliées à une relation de couple qui battait de l’aile. Mais jumelées aux faux témoignages, ces décisions sont devenues, pour la justice colombienne, des justifications menant à la condamnation de Judith Brassard.

Une condamnation annoncée

L'épitaphe de Felipe Rojas Gnecco.

Felipe Rojas Gnecco a été tué à bout portant en pleine rue, à Santa Marta, le 4 décembre 2006.

Photo : Radio-Canada

Dès le début de son procès, des médias colombiens – surtout ceux qui étaient convaincus de sa culpabilité –ont surnommé Judith Brassard « la veuve noire canadienne ».

Le 24 février 2010, après un procès de neuf mois, la Québécoise est condamnée à 28 ans de prison et à 2 millions de dollars d’amende en dommages et intérêts à la famille de la victime. Sans qu’aucune preuve n’ait été fournie aux tribunaux.

Aujourd’hui, En Vero et Fondejusticia y Verdad veulent attirer l’attention des Nations unies et du monde entier sur l’absence de doute raisonnable et de présomption d’innocence dans le système judiciaire colombien jusqu’au plus haut niveau, alors qu’il repose sur ces principes mêmes.

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