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  • Envoyé spécial
  • Des communautés isolées et appauvries, graves conséquences des manifestations en Haïti

    Les activités ont repris timidement mardi à Port-au-Prince, après huit semaines de manifestations.

    De nombreuses personnes s'affairent dans un marché public.

    Le marché de Kenscoff a repris vie, mardi.

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Philippe Leblanc

    Contrairement à ce qu'on voyait tous les jours depuis le début de septembre, les manifestants qui réclament la démission du président Jovenel Moïse n'ont dressé aucune barricade sur les artères de la capitale haïtienne, mardi. Les routes praticables ont enfin permis le transport de marchandises vers les régions asphyxiées économiquement par la paralysie générale qui frappe le pays.

    Dans la petite commune agricole de Kenscoff, perchée dans les montagnes à 45 minutes de Port-au-Prince, de nombreux commerçants souffrent de cette opération « péyi lock », ou pays bloqué. Au cours des dernières semaines, la seule route en provenance de la capitale était barrée chaque jour.

    Seul dans son local de béton presque vide, Paul Barthélémy essaie d'écouler le peu de marchandises qu'il lui reste. Normalement, son commerce est rempli jusqu'au plafond : poches de sucre ou de riz et autres produits essentiels, comme de l'huile, sont du nombre.

    Un homme assis sur une poche de riz met de l'argent dans un tiroir.

    Paul Barthélémy vend des vivres à Kenscoff, en Haïti. Les dernières semaines ont été dures pour lui.

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Des fois, je suis obligé de fermer mon commerce plus tôt, explique-t-il en créole. Je fais ça pour ne pas tout vendre en une seule journée, tellement je n'ai rien en raison du fait que les marchandises ne se rendaient pas jusqu'ici.

    Quelques clientes potentielles lui demandent s'il a des spaghettis à vendre, du son de blé ou une sorte particulière de riz. Il répond non chaque fois. Puis, une autre dame vient acheter sa dernière demi-poche de sucre.

    J'ai dû changer mes habitudes à la maison en conséquence, raconte-t-il. Mon frère, sa femme, son enfant et moi dépensions 2500 gourdes [35 $] par semaine au total pour la nourriture. Maintenant, on se limite souvent à 1500 gourdes [21 $] parce qu'on gagne moins d'argent depuis le début des manifestations.

    Le marché de Kenscoff, mardi.

    Le marché de Kenscoff, mardi

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Des fruits et légumes frais pourrissent

    De l'autre côté de la rue, le marché de Kenscoff n'avait pas arrêté de fonctionner, mais il reprend maintenant vie. Les résidents ont moins peur de sortir faire leurs emplettes. Yolaine Excellent est assise derrière un gros bol de pois verts qu'elle écosse d'une main experte. Elle vend aussi de la laitue, des choux, des carottes et des limes. Autant de fruits et légumes flétris ou qui commencent à pourrir. Elle n'a pas pu écouler sa marchandise.

    Les gens ne sortaient pas et ils ne venaient rien acheter, dit-elle en créole. On perd tout. Les légumes pourrissent dans nos mains. C'est comme ça depuis huit semaines. J'ai des dettes partout. Je dois de l'argent à tout le monde et mes clients aussi. Je ne sais pas comment j'arriverai à tout repayer.

    Une femme assise avec des produits frais devant elle.

    Yolaine Excellent vend des légumes au marché de Kenscoff.

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Elle croit que le président Jovenel Moïse devrait démissionner pour mettre fin à l'impasse et alléger les souffrances d'une bonne partie de la population, qui peine à vivre.

    Je dirais même que la situation était moins pire après le tremblement de terre de 2010, parce qu'au moins, on pouvait continuer à manger, lance-t-elle. Après le séisme, il y avait beaucoup d'aide humanitaire pour les Haïtiens.

    L'opération « péyi lock » influe aussi sur les finances de la commune de Kenscoff. Puisque les résidents locaux sont peu nantis, 85 % des impôts fonciers sont payés par des propriétaires qui viennent de Port-au-Prince et qui possèdent une résidence secondaire dans la région. Pourtant, ils vont moins souvent à Kenscoff en raison des routes bloquées et n'ont pas encore payé leurs impôts fonciers, qui étaient dus le 1er octobre.

    La mairesse adjointe de Kenscoff, Enid Amilcar, en compagnie du directeur général de la commune, Pierre-Richard Valéus.

    La mairesse adjointe de Kenscoff, Enid Amilcar, en compagnie du directeur général de la commune, Pierre-Richard Valéus

    Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

    Malgré le manque de revenus, on essaie de se prendre en main, précise la mairesse adjointe Enid Amilcar, accompagnée du directeur général de la commune, Pierre-Richard Valéus. On doit continuer de nettoyer les rues et d'offrir des services, mais on n'a pas beaucoup de moyens.

    L'accalmie risque d'être de courte durée en Haïti, mais les conséquences des manifestations et de la violence des dernières semaines se feront sentir à long terme.

    Notre envoyé spécial Philippe Leblanc est en Haïti toute la semaine pour rendre compte de la situation sur le terrain alors que le pays traverse une profonde crise.

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    Crises politiques

    International