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Discrimination des Autochtones : les médias sur le banc des accusés

Des microphones de différents médias disposés sur un lutrin.

Les médias sont pointés du doigt dans le rapport final de la commission Viens. (Archives)

Photo : iStock

Thomas Deshaies

Le commissaire de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, Jacques Viens, a identifié quatre grandes causes pour expliquer la discrimination systémique des Autochtones au Québec. L'une d'entre elles est le traitement médiatique historique des enjeux autochtones.

L'enjeu a été plusieurs fois mentionné lors des audiences de la commission d'enquête et est abordé dans le rapport final qui a été dévoilé en septembre dernier. En dehors des périodes de crise, les réalités autochtones demeurent très peu représentées dans les médias, avait notamment déploré le commissaire Jacques Viens lors de son discours de dévoilement du rapport.

Plusieurs observateurs s'entendent pour dire que la couverture des enjeux autochtones était particulièrement problématique durant la période située entre les événements d'Oka, en 1990, jusque dans les années 2010. Un constat partagé par Éric Cardinal, expert-conseil en affaires autochtones et qui avait témoigné lors de la commission d'enquête. Dans les années 1990, beaucoup d'éditorialistes et chroniqueurs émettaient des opinions sur les Autochtones avec beaucoup de préjugés, de méconnaissance, et même du racisme, souligne-t-il.

Encore aujourd'hui, on peut lire des chroniqueurs qui ont des préjugés gros comme le bras, puis qui font des généralités qui ne devraient pas être là.

Isabelle Picard, ethnologue

Un constat que partage l'ethnologue Isabelle Picard, qui mentionne aussi de multiples erreurs journalistiques par le passé qui ont contribué à accroître les préjugés. Pendant toute la période [1990-2012], ce sont les médias la source d'information par rapport aux Premières Nations, explique-t-elle. Ça a teinté les connaissances des Canadiens, c'est certain. Les préjugés, on les a entendus, puis souvent ça venait de là [des médias].

La professeure à l'École d'études autochtones de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Suzy Basile estime que les médias ont souvent véhiculé des discours qui suscitent la peur dans la population, sans pour autant vérifier si ces discours reflètent la réalité. Je trouve dommage que les médias ne prennent pas la peine d'aller sous la croûte, sous le croustillant, explique-t-elle, faisant référence à des enjeux territoriaux. Les journalistes ont souvent très peu de temps, ce qui fait en sorte que souvent on escamote l'essentiel.

Des améliorations

Éric Cardinal, Isabelle Picard et Suzy Basile constatent toutefois des efforts de la part de certains médias pour couvrir plus adéquatement ou, du moins, constamment les enjeux autochtones.

Ce ne sont toutefois pas tous les sujets qui bénéficient de la même qualité de traitement journalistique, croit M. Cardinal. Selon lui, la couverture d'enjeux reliés aux droits de l'être humain vient compenser « le biais d'être Autochtone ». Il se rapporte notamment à la couverture des dénonciations des femmes autochtones de Val-d'Or en 2015. Lorsqu'il est question d'enjeux territoriaux ou d'autonomie gouvernementale, on voit que l'évolution de la couverture médiatique n'est pas aussi grande, souligne-t-il.

Suzy Basile souhaiterait quant à elle que les médias nationaux collaborent davantage avec les médias autochtones et fassent fi de la logique de compétition. Ils pourraient tisser des partenariats avec des médias qui sont sur le terrain et connaissent les réalités autochtones pour faire des choses ensemble, propose-t-elle.

Des efforts dans la formation

Nous avons contacté trois établissements qui forment bon nombre des journalistes au Québec : l'Université du Québec à Montréal (UQAM), le Cégep de Jonquière et l'Université Laval. Aucun de ces établissements n'offre de cours spécifique sur la couverture journalistique des enjeux autochtones. Leurs représentants assurent toutefois leur accorder une place importante de manière « transversale ».

Le Département de communications dans les médias au Cégep de Jonquière a cependant mis sur pied un programme spécifiquement consacré aux Autochtones afin d'améliorer leur représentativité dans les médias. Bien que pour l'instant aucun étudiant ne se soit inscrit, de nouveaux étudiants ont intégré le programme régulier. On a quatre étudiantes et étudiants qui sont issus des communautés et on travaille fort pour améliorer la sous-représentativité des populations autochtones dans les médias du Québec, souligne le coordonnateur du programme, Blaise Gagnon.

Le responsable du programme de journalisme à l'UQAM, Jean-Hugues Roy, songe quant à lui à offrir des écoles d'été en milieu autochtone. À tous les étés, il y a des écoles d'été, comme à Prague, en cinéma, mais pourquoi on traverse les océans alors qu'on ne connaît même pas la réalité de l'autre bord du fleuve? s'exclame-t-il.

M. Roy constate que les nouveaux étudiants sont beaucoup plus sensibilisés qu'avant, ce qui laisse présager une amélioration de la couverture journalistique. Ils sont très sensibilisés et ce sont eux qui nous proposent des idées de reportage dans différentes communautés autochtones, précise-t-il.

Isabelle Picard souligne que le milieu journalistique doit comprendre que le journalisme autochtone : Ça se fait autrement. Il faut établir une relation, c'est plus long et tout ça doit être compris aussi. Si on veut avoir une bonne histoire, on ne peut pas se rendre à une place puis en deux minutes avoir un topo chez les Autochtones, affirme-t-elle. Un constat que partage Suzy Basile.

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