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Archives

Réinventer la ferme familiale

Des enfants posent dans les escaliers d'une ferme familiale.

Le modèle de la ferme traditionnelle familiale est de moins en moins la norme au pays.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En moins d'un demi-siècle, les fermes du Canada sont passées de petites exploitations autosuffisantes à de véritables entreprises industrielles. Nos archives témoignent de cette transformation et de certaines initiatives pour ramener l’agriculture à une dimension plus humaine.

Avant les années 1950, la majorité des terres agricoles du Canada étaient exploitées par des familles nombreuses.

Les petites fermes familiales autosuffisantes deviennent une exception au cours des années 60. À partir de cette époque, la ferme traditionnelle s'éclipse graduellement devant la ferme industrielle.

Les agriculteurs doivent désormais acquérir toute une machinerie, et parfois recruter de la main-d'œuvre extérieure, pour continuer à vivre de leurs récoltes ou de leur élevage.

De génération en génération

Les travaux et les jours, 16 avril 1967

Avant de devenir des fermes familiales, les terres fertiles ont dû être défrichées par des colons.

C’est ce que nous rappelle l’émission Les travaux et les jours du 16 avril 1967 qui dresse le portrait de Jean « Johnny » Bergeron dont la famille a remporté le titre de « famille terrienne » de l’année.

Comme son père et son grand-père l’ont fait dans d’autres régions du Québec, il a « ouvert » une terre à Saint-Prime, dans le comté de Roberval, en 1918.

À 76 ans, malgré son attachement à la ferme, la force de défricher, labourer et semer lui font défaut.

Rendu au terme de son œuvre, les muscles fatigués, légèrement courbés sous le poids des années, il se rappelle bien ses gestes de défricheur. Fier d’avoir tracé large le chemin, il se réjouit aujourd’hui de voir ses descendants, en colonnes rangées, l’emprunter à sa suite.

Le narrateur Charles Dussault

« Aujourd’hui, ça a changé, la terre! », raconte Johnny Bergeron en 1967 sur le fruit de son travail qu’il lègue à quatre de ses fils.

« Jamais je n’ai entendu parler mon père qu'il avait besoin de finances ni d’emprunter de l’argent. Il n’était pas question de petits prêts, grands prêts, toutes sortes de prêts », témoigne-t-il, évoquant l’automatisation agricole et l’augmentation du coût de la vie.

Emprunter pour récolter

Au début des années 1980, le nombre de fermes a diminué de moitié au pays. Par contre, leur taille moyenne et la production totale sont désormais supérieures.

Cette industrialisation, doublée d’une hausse des coûts associés aux normes d'hygiène concernant le bétail et les aliments, provoque de nombreuses faillites au Canada.

Certains agriculteurs, ruinés ou épuisés, doivent se résoudre à vendre leurs biens à l'encan ou à laisser les banques saisir leurs équipements.

Téléjournal, 18 avril 1983

Une centaine d’agriculteurs bloquent une ferme pour empêcher les créanciers de la saisir. Ces agriculteurs militent dans un nouveau mouvement qui a pour but de sensibiliser les gouvernements et la population aux problèmes des fermiers.

L’animateur Bernard Derome

Comme l’illustre ce Téléjournal du 18 avril 1983, la faillite agricole est un enjeu qui entraîne des élans de solidarité et de confrérie.

Nombreux fermiers se regroupent au cours de cette période au sein de syndicats qui encouragent les gouvernements à adopter des politiques en faveur de la production agricole.

« J’aimerais ça donner mon support et mon avis », explique au journaliste Yves Desautels un fermier qui a rejoint l’Association pour la survie de la ferme, « parce qu’on va être tous dans le même sac si ça continue ».

Une relève au féminin

À l'aube du 21e siècle, la large majorité des fermes se transmettent toujours de père en fils au Québec. Un héritage considérable, si l'on tient compte de la valeur et du coût grimpant des propriétés agricoles.

Et qu’en est-il des filles?

Dans les années 70 et 80, des agricultrices du Québec s’unissent pour faire reconnaître le rôle de premier plan joué par la femme à la ferme et obtenir un statut officiel dans l'entreprise familiale.

Première édition, 2 mars 1987

Au Québec, Monique Paquette est l’une des premières femmes à acquérir le titre de propriétaire de la ferme qu’elle exploite avec son mari à Saint-Placide.

« Je voulais prendre part aux décisions. Partager et les tâches et le pouvoir », explique-t-elle à la journaliste Patricia Coste pour l’émission Première Édition du 2 mars 1987.

« Quand on arrive dans les discussions, ce n’est plus “J’ai fait”, c’est “On a fait”. Ce n’est plus “Je m’en vais vers telle tendance en production”, mais “On s’en va vers telle tendance en production” », renchérit son mari Yvon Leroux.

En 1987, 90 % des femmes qui participent aux tâches et responsabilités de la ferme le font sans salaire.

Unir les petits producteurs

Au tournant des années 2000, certains agriculteurs s'inquiètent de la mainmise des grandes entreprises sur la production agricole.

Fondée en 2001, l'Union paysanne privilégie « une agriculture durable, plus respectueuse de la nature, avec des fermes à dimension plus humaine ».

Ce syndicat agricole québécois se veut une alternative à l'Union des producteurs agricoles (UPA), jugée trop favorable aux grosses entreprises polluantes.

Au départ, environ 1000 petits producteurs et citadins solidaires de la cause se joignent à l'organisation.

La semaine verte, 9 septembre 2001

L’émission La semaine verte du 9 septembre 2001 se rend dans le village de Saint-Germain-de-Kamouraska pour y rencontrer le fondateur de l’Union paysanne, Roméo Bouchard.

Ancien agriculteur bio aujourd'hui retraité, Roméo Bouchard explique pourquoi il s’attaque à la mainmise de l'UPA sur le monde rural.

Au cours des dernières décennies, l'UPA a édifié un système de développement unique qui a participé à la valorisation et l’émancipation des fermiers québécois.

Seulement, soutient Roméo Bouchard, l’UPA opère un virage vers l’agriculture industrielle et orientée vers l’exportation.

Il faut se mobiliser de toute urgence pour mettre un frein à cette agriculture contre nature qui est en train de nous détruire.

Roméo Bouchard

Pour sa part, l'Union paysanne souhaite rendre les petits fermiers solidaires pour qu'ils puissent survivre à la mondialisation de l'économie. L'Union paysanne encourage une meilleure répartition des subventions gouvernementales entre les petites et les grosses entreprises.

En 2001, plus de 4000 fermes au Québec sont jugées trop petites pour être reconnues par l'Union des producteurs agricoles. Ce sont des exploitations qui ont rapporté moins de 5000 $ au cours de l'année.

Inspirée par des groupes bien implantés en Europe, l’Union paysanne prône une réduction de l'usage des pesticides et des engrais de synthèse et souhaite faciliter la production d'aliments biologiques.

« Aménager pour retrouver un plaisir de vivre », conclut Roméo Bouchard sur son idée maîtresse dans ce reportage de Jean-Pierre Dussault et Aubert Tremblay. « Le but de la vie ce n’est pas rien que faire de l’argent ».

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