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L’industrie des sans-abris rapporte des millions de dollars à des propriétaires de refuge

En 2018-2019, Leonard Phair a reçu plus de 1,1 millions de dollars du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador pour héberger des sans-abris. Les hébergements comme celui de M. Phair fixent leurs propres tarifs, qui en 2018 ont atteint 350 $ par nuit.

Photo : CBC / Bruce Tilley

Patrick Butler

À Terre-Neuve, le gouvernement alloue jusqu’à 250 $ la nuit à des entrepreneurs privés pour qu'ils hébergent des sans-abris. Les propriétaires de ces logements d’urgence fixent leurs propres tarifs et n’ont pas à offrir de services de santé à leurs clients ni d'aide pour qu'ils se trouvent un logement à plus long terme.

La Société d’habitation de Terre-Neuve-et-Labrador (SHTNL) paie des logements privés pour héberger les sans-abris quand il manque d’espace dans les refuges à but non lucratif. Les hébergements privés acceptent également certains clients qui souffrent de dépendance et de maladie mentale sévère, mais à un prix plus élevé.

Selon des documents obtenus par Radio-Canada, certains sans-abris demeurent dans ces hébergements d’urgence durant des mois.

10 000 $ par mois pour héberger une personne

Leonard Phair est sans doute le propriétaire de refuge privé qui a profité le plus du système actuel à Terre-Neuve.

En automne 2018, il a reçu plus de 10 000 $ par mois pour héberger une seule personne. Entre juin et décembre de la même année, un autre itinérant a trouvé refuge dans l'une des habitations de M. Phair pendant presque cinq mois. La facture totale pour ce deuxième locataire : 36 750 $.

Au total, en 2018-2019, Leonard Phair a récolté plus de 1,1 million de dollars du gouvernement provincial pour héberger des membres de la population itinérante à Saint-Jean, une somme que le propriétaire lui-même qualifie de gaspillage.

J’adore faire de l’argent. Mais je déteste voir le gouvernement gaspiller de l’argent. Et maintenant, il gaspille de l’argent.

Leonard Phair, propriétaire de refuge privé

[La Société d’habitation de Terre-Neuve-et-Labrador] déplace ces gens d’un refuge à l’autre au lieu de les aider à trouver leur propre logement, indique M. Phair.

Aucune motivation pour aider les sans-abris à trouver des logements plus stables

Un refuge à but lucratif gagne plus d’argent si les lits sont occupés. Il n’y a aucune motivation pour un refuge à but lucratif à aider quelqu’un à quitter le refuge ou à lui donner du soutien pour améliorer son sort, affirme Dan Meades, le directeur de l’Association des maisons de transition de Terre-Neuve-et-Labrador.

Il n’y a pas de personnel à la plupart de ces endroits. Il n’y a rien pour décourager la consommation d’alcool et de drogues, et le travail du sexe [...] On les met dans une situation qui est meilleure que dormir dans la rue, mais qui est toujours insalubre et dangereuse.

Portrait de Dan Meades.

Dan Meades, directeur de l'Association des maisons de transition de Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Des tarifs fixés par les refuges

Les tarifs des refuges privés de la SHTNL sont fixés par les propriétaires. Ils varient selon les services offerts, la disponibilité des lits et les besoins du client. Ils varient actuellement entre 110 $ et 250 $ la nuit par client, selon la SHTNL. En 2018, ils ont parfois atteint 350 $ la nuit.

En comparaison, les refuges à but non lucratif qui offrent des services en toxicomanie et en santé mentale peuvent être moins bien rémunérés. La SHTNL verse entre 70 $ et 216 $ par client par nuit à certains refuges à but non lucratif. D’autres refuges à but non lucratif reçoivent un financement global pour exploiter leur établissement.

Une note de breffage obtenue par Radio-Canada indique que ce type de financement ne permet pas aux refuges d’augmenter les tarifs de manière arbitraire.

Les coûts s’envolent

Depuis 2015-2016, le budget pour les refuges d’urgence à Terre-Neuve-et-Labrador a grimpé d’environ 70 %.

En juin 2018, la SHTNL a pris la responsabilité des hébergements d’urgence, jusque-là assumée par le ministère de l’Enseignement supérieur, des Compétences et du Travail. À l’époque, le gouvernement a proposé cette transition pour améliorer la gestion et la coordination du secteur de refuges.

Mais le budget continue d'augmenter.

Lisa Dempster, la ministre des Enfants, des Aînés et du Développement social, a refusé d’accorder une entrevue à Radio-Canada.

Dans une déclaration écrite, la SHTNL indique qu’elle examine le programme des refuges d’urgence pour assurer que nous répondons aux besoins de nos clients et que nous atteignons nos objectifs.

Lisa Dempster

Lisa Dempster, la ministre des Enfants, des Aînées et du Développement social de Terre-Neuve-et-Labrador, n'a pas voulu accorder d'entrevue à Radio-Canada.

Photo :  CBC / Jacob Barker

Selon une note de breffage préparée en février 2018, les refuges privés et à but non lucratif à Terre-Neuve-et-Labrador hébergent environ 850 personnes par année.

Doug Pawson, le directeur général de l'organisme End Homelessness St. John’s, voué à l’élimination de l’itinérance, soutient que la province doit réduire sa dépendance envers les refuges privés.

Mais il souligne que si nous fermions ces refuges privés immédiatement, nous aurons un énorme problème. Selon M. Pawson, les refuges privés représentent actuellement 40 % des lits offerts à la population itinérante à Saint-Jean.

Portrait de Doug Pawson.

Doug Pawson, directeur général de l'organisme End Homeless St. John's

Photo : Radio-Canada

Dan Meades soutient que le budget pour les refuges d’urgence devrait être mieux géré par la SHTNL, mais ne devrait pas être réduit.

Ce qu’on ne veut pas voir, c’est des coupes au budget pour les refuges d’urgence. Ce budget pour les refuges d’urgence est très important pour la prestation des services aux clients qui sont très difficiles à héberger, explique-t-il.

Nous avons besoin de trouver des solutions qui sont meilleures pour les clients et je pense qu’on peut le faire en économisant de l’argent.

Avec les informations de Ryan Cooke

Terre-Neuve-et-Labrador

Pauvreté