•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Rien ne va plus en obstétrique à Shawville : 2 médecins quittent le navire

Montage photo d'un gros plan du ventre d'une femme enceinte avec une illustration superposée des fréquence d'un électrocardiogramme.

Il y a eu, depuis les derniers mois, de nombreuses interruptions de services en obstétrique à l'Hôpital de Shawville.

Photo : Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

Laurie Trudel

Les femmes enceintes du Pontiac pourraient devoir accoucher dans un autre hôpital que celui de Shawville pendant encore plusieurs mois. Radio-Canada a appris que deux des cinq médecins de l’unité d’obstétrique quitteront définitivement l’établissement à la fin de décembre, alors que les accouchements y étaient déjà mis en péril par une pénurie d’infirmières.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais a confirmé ces départs à Radio-Canada, sans toutefois en révéler les raisons.

Dès le début de janvier, des médecins du milieu urbain pourraient être mis à contribution afin de maintenir le service d’obstétrique en place à Shawville.

Un prêt de service d’une autre région pourrait aussi être envisagé, une solution semblable à celle utilisée par l’Hôpital de Maniwaki l’an dernier, et qui aura permis d’éviter certaines interruptions de services en chirurgie.

Ces nouvelles informations s’ajoutent au manque criant d’infirmières formées en obstétrique, une situation qui a donné lieu à cinq suspensions des services en un mois cet automne. Selon les informations colligées par Radio-Canada, le renfort annoncé ne sera pas suffisant pour éviter d’autres interruptions.

Douze infirmières formées en obstétrique et cinq médecins obstétriciens sont nécessaires pour assurer le service complet et sécuritaire de cette unité à l’Hôpital de Shawville. Seulement cinq infirmières assurent les services à l’heure actuelle.

Depuis le début du mois de novembre, deux infirmières de l’Hôpital général juif de Montréal viennent prêter main-forte tour à tour à leurs consœurs de Shawville.

Toutefois, le risque d’autres ruptures de services est encore bien présent. Si une infirmière de l’équipe d’obstétrique tombe malade, part en congé prolongé ou démissionne, le CISSS n’a pas de marge de manœuvre.

Il se retrouvera avec une autre interruption sur les bras et les femmes enceintes devront, une fois de plus, être redirigées ailleurs. Le départ de deux médecins complique le casse-tête.

Le directeur adjoint aux ressources humaines, Robert Giard, doit composer avec ce défi au quotidien et tenter de trouver des solutions à court, moyen et long terme. Il se demande constamment comment il pourra maintenir le service d’obstétrique à Shawville.

La situation est fragile, c’est un travail d’acrobaties qu’on doit faire actuellement.

Robert Giard, directeur adjoint à la Direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CISSS de l’Outaouais

C’est vraiment l’engagement du personnel qui fait qu’on réussit à maintenir le minimum qui est là et c’est un engagement qui est hors de l’ordinaire, reconnaît-il.

Robert Giard discute avec une journaliste autour d'une table dans son bureau.

Robert Giard (à gauche) est directeur adjoint à la Direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CISSS de l'Outaouais.

Photo : Radio-Canada

Près de 600 heures supplémentaires… en 2 mois

Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais constate d’ailleurs un essoufflement alarmant dans ses rangs.

Des données obtenues par Radio-Canada révèlent que les infirmières en obstétrique de l’Hôpital de Shawville ont fait un total de 582 heures supplémentaires en deux mois seulement, en plus de leurs quarts réguliers de travail.

L’épuisement dont sont victimes les professionnelles en soins de ce département les place dans une situation difficile. Les risques d’erreurs sont élevés, selon le président du syndicat.

Il y a un très gros risque. Elles veulent donner le maximum, mais en ayant moins de gens à la tâche, c’est difficile et ça ajoute à la lourdeur et au stress. C’est sûr que quand les gens sont épuisés, on est plus à risque de faire des erreurs, s’inquiète Patrick Guay.

C’est très difficile. [...] Il aurait fallu agir, pas maintenant! Il aurait fallu réagir bien avant ça.

Patrick Guay, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais

L’arrivée de sang neuf provenant de l’Hôpital général juif de Montréal dans l’équipe est accueillie à bras ouverts par les infirmières, selon le président de leur syndicat, mais il croit qu’il s’agit d’un band-aid, malheureusement.

Patrick Guay pose pour la caméra dans le stationnement d'un hôpital.

Patrick Guay est président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Un stress additionnel pour les futures mamans

Marie Pier Carle doit donner naissance à son premier enfant à la mi-novembre. Enceinte d’un peu plus de 38 semaines, elle ne sait toujours pas dans quel hôpital elle va accoucher.

Elle et son conjoint ont choisi de s’établir dans le Pontiac, d'où est originaire Mme Carle, après leurs études. Ils comptent y élever leurs enfants. Elle aimerait vivre son premier accouchement dans sa communauté, auprès du personnel qu’elle connaît et qui est au courant des détails de sa grossesse, qui se déroule heureusement très bien jusqu’ici.

Marie Pier Carle pose pour la caméra.

Marie Pier Carle est une future maman qui habite dans le Pontiac.

Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel

Toutefois, si le personnel est en nombre insuffisant à l’Hôpital de Shawville pour la naissance de son garçon, elle devra se tourner vers l’Hôpital de Gatineau ou celui de Pembroke, en Ontario. Même si elle tente de demeurer positive, la future maman du petit Jack doit se préparer à tous les scénarios.

Elle et son conjoint ont choisi Gatineau comme plan B, entre autres parce qu’ils préfèrent vivre ce moment merveilleux, mais tout de même stressant, dans leur langue maternelle, le français.

Ce qui fait cependant augmenter leur l’anxiété d’un cran, c’est la distance qui les séparent de l’hôpital.

C’est 20 minutes aller à Shawville. Ça nous donne une heure trente à peu près si on roule à une vitesse régulière pour se rendre à Gatineau. C’est certain que c’est inquiétant.

Marie Pier Carle

Mme Carle craint de ne pas avoir le temps de se rendre à l’hôpital pour accoucher, comme ce fut le cas pour une autre résidente du Pontiac le mois dernier.

Elle se demande aussi ce qui arrivera si, à l’inverse, elle se rend trop tôt à Gatineau et que le travail n’est pas officiellement commencé. Ça veut dire qu’il faut que je revienne une heure et demie et que je retourne une autre heure et demie? se demande- t-elle.

Une carte des distances qui séparent les hôpitaux de Pembroke, Shawville et Gatineau de la municipalité de Litchfield, en Outaouais. n

Pour Marie Pier Carle, aller à Gatineau représente un trajet d'environ une heure et demie en voiture.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Pas de solution miracle à la crise avant plusieurs mois

Une solution permanente à court terme est difficilement envisageable pour le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais.

Demain matin, j’aurais 10 infirmières qui voudraient aller travailler à l’Hôpital de Shawville, ces 10 infirmières-là si elles sortent de l’école, je dois les amener dans une orientation d’une durée de 6 mois, explique Robert Giard, qui aimerait bien trouver une façon de réduire cette période d’orientation.

L’été dernier, des sages-femmes de l’Outaouais ont évité de justesse une rupture de services en obstétrique à l’Hôpital de Shawville.

C’est pendant leurs journées de congé de la Maison de naissance de l'Outaouais que ces sages-femmes ont pris soin des futures mamans du Pontiac. Les autorités de santé parlaient alors d’une situation temporaire de pénurie de personnel.

Mais cet automne, le CISSS de l’Outaouais n’a pu éviter cinq interruptions des services en un mois, en raison d’un manque d’infirmières.

La façade de l'Hôpital du Pontiac, à Shawville, en automne.

L'Hôpital du Pontiac, à Shawville.

Photo : Radio-Canada / MICHEL ASPIROT

En plus des deux infirmières prêtées par l’Hôpital général juif de Montréal, des démarches sont aussi en cours afin d’obtenir l’appui de main-d’œuvre indépendante.

Le CISSS de l’Outaouais est en recrutement intensif auprès d’institutions d’enseignement et affirme recruter en France également. Les autorités de santé tentent même de convaincre des infirmières retraitées du Pontiac formées en obstétrique de faire du mentorat auprès d’infirmières intéressées à la pratique.

Le Centre intégré de santé est en période d’affichage pour deux postes à temps complet dans le Pontiac, soit un agent de gestion du personnel et un technicien en administration.

L’objectif est d’optimiser le recrutement et la gestion de personnel alors que l’Hôpital de Shawville est aux prises avec une crise majeure, qui n’est pas sur le point de s’estomper.

En moyenne, 114 accouchements par année ont lieu à l’Hôpital de Shawville, selon le CISSS de l’Outaouais, alors qu’il y en a plus de 2200 à l’Hôpital de Gatineau chaque année.

Ottawa-Gatineau

Établissement de santé