•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prostitution juvénile à Québec : les leçons de l'opération Scorpion

Une femme en talons hauts se tient debout sur un trottoir.

Une femme en talons hauts se tient debout sur un trottoir.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Jean-François Nadeau

Au jour deux de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, plusieurs intervenants de la région de Québec ont décrit les méthodes d'intervention développées après l'opération Scorpion. Le démantèlement d'un important réseau de prostitution juvénile dans la capitale au début des années 2000 a forcé les autorités à revoir les stratégies mises en place.

Selon la capitaine du Service de police de la Ville de Québec Nathalie Thériault, la collaboration entre les divers intervenants est au coeur des bons résultats obtenus par cette approche peaufinée graduellement depuis plus de 15 ans.

L'enquête Scorpion a permis de comprendre l'importance du travail en partenariat avec le milieu, tout en respectant les rôles et mandats de chacun, résume-t-elle. Le constat majeur fut le manque d'outils et de connaissances des intervenants pour aider les jeunes impliqués dans la prostitution.

Formations et collaboration

Les autorités ont donc mis sur pied un programme de formation destiné à l'ensemble des policiers de la Ville de Québec, mais aussi aux travailleurs de l'hôtellerie, aux superviseurs de centres commerciaux, aux étudiants en technique d'intervention en délinquance et aux étudiants en sexologie.

La Table régionale de Québec en matière de prostitution juvénile a également été créée. Il s'agit d'un lieu de collaboration où la police, des intervenants du milieu de la santé, la DPJ, les milieux scolaires et les organismes communautaires travaillent ensemble pour enrayer l'exploitation sexuelle des mineurs.

Photo : Radio-Canada

Il a fallu qu'on se connaisse, qu'on se reconnaisse, qu'on dénoue des croyances, des mythes par rapport à nos pratiques. Des préjugés, on en avait tous. Cette collaboration dépasse maintenant les individus, a raconté la directrice générale du Projet intervention prostitution Québec, Geneviève Quinty.

Des policiers et des représentants d'organismes communautaires font le tour des écoles secondaires pour faire de la prévention et sensibiliser les jeunes aux dangers et aux effets destructeurs de la prostitution juvénile.

On rencontre autour de 3000 jeunes par année, généralement les secondaires 3, 4 et 5. C'est arrivé et ça arrivera encore qu'il y ait des dévoilements suite à nos ateliers. Il faut être capables de bien soutenir et accompagner ces jeunes, souligne Geneviève Quinty.

Meilleur soutien aux victimes

Ce travail en partenariat permet de tisser un filet pour mieux soutenir les jeunes.

Les travailleurs de rue sont là lorsque les enquêteurs ne sont plus là, lorsque les services traditionnels sont fermés. Les travailleurs de rue sont là le soir, très tôt le matin. Ils sont là quand les jeunes font des crises d'angoisse après un témoignage en cour. J'appelle ça de la garde partagée, illustre Geneviève Quinty.

Entre le signalement et la sentence, une jeune victime de la région de Québec peut voir une vingtaine d'adultes. Cela entraîne une rupture du lien de confiance. La personne est obligée de répéter son histoire plusieurs fois.

Les intervenants veulent humaniser, adoucir ce processus. Ils ont formé pour y arriver le comité dénonciation judiciaire. Ils demandent aussi la création de lieux sécuritaires, qui serviraient uniquement à accueillir les victimes de la prostitution juvénile.

Financement

Comme dans bien des secteurs, le nerf de la guerre, c'est le financement. Les budgets des organismes communautaires sont alloués à 70 % par projet. Les demandes de subvention sont toujours à recommencer et Geneviève Quinty réclame un financement plus stable.

C'est le moment maintenant de consolider, de sortir du financement par projet. Nos jeunes n'ont pas les moyens d'aller au privé rencontrer des sexologues, des psychologues. Le délai d'attente est parfois de deux ans. Quand les jeunes sont prêts à faire un pas en avant, c'est là qu'il faut les aider, soutient-elle.

La Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs devrait remettre ses recommandations dans un an.

À terme, les responsables de la lutte contre la prostitution juvénile de la capitale souhaitent que leur modèle puisse s'étendre à l'ensemble de la province.

Manque criant de ressources sur la Rive-Sud

Il manque d'intervenants dans Chaudière-Appalaches pour lutter efficacement contre la prostitution juvénile.

C'est le constat qui a été fait par l'organisme Alliance jeunesse Chutes-de-la-Chaudière. Selon eux, pour la région de Lévis, il y a une seule intervenante en matière de prostitution et elle travaille uniquement auprès des adultes.

Il n'y a pas assez de ressources pour intervenir auprès des mineurs.

Manque d'intervenants

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Crime sexuel