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  • Il y a 30 ans, le mur de Berlin s’écroulait

    Radio-Canada

    Le 9 novembre 1989 débute la destruction du mur de Berlin. Cette démolition soulèvera d’immenses espoirs chez les Allemands. Mais se sont-ils réalisés? Des reportages de journalistes de Radio-Canada apportent des amorces de réponses à cette question.

    Les grandes retrouvailles

    Tout s’est passé tellement vite qu’on a de la peine à y croire. Le mur s’en va.

    Raymond Saint-Pierre, 11 novembre 1989

    En cette première moitié du mois de novembre 1989, l’Allemagne vit depuis plusieurs jours l’Histoire en accéléré.

    Peu d’Allemands cependant soupçonnent que le 9 novembre, le symbole de la division de leur peuple depuis 1961, le mur de Berlin, va s'écrouler.

    Dans un geste surprenant, et encore mal expliqué de nos jours, les autorités de la République démocratique allemande décident de laisser passer les gens vers Berlin-Ouest en ouvrant les portes du mur.

    Les Allemands de l'Est s'engouffrent dans la brèche. Le mur est tombé.

    Téléjournal, 11 novembre 1989

    Le 11 novembre 1989, les journalistes Raymond Saint-Pierre et Francine Bastien décrivent pour le Téléjournal animé par Céline Galipeau l’atmosphère de fête qui s’est emparée de l'Allemagne.

    Le reportage de Raymond Saint-Pierre montre des Berlinois occupés à détruire frénétiquement le symbole qui a divisé leur ville pendant 28 ans.

    En cette nuit du 9 au 10 novembre, Berlin célèbre sa liberté retrouvée.

    Le jour venu, comme le constate la journaliste Francine Bastien, ce sont des milliers d’Allemands de l’Est qui partent à pied ou en voiture pour se rendre en Allemagne de l’Ouest et à Berlin-Ouest.

    Un à un, des véhicules remplis d’Allemands de l’Est émus passent les frontières.

    Ils sont encouragés par les applaudissements d‘Allemands de l’Ouest.

    On assiste en direct à la réconciliation, et aux grandes retrouvailles, du peuple allemand.

    Ces scènes, suggère Francine Bastien, sont le symbole le plus bouleversant qui milite en faveur de la réunification de l’Allemagne.

    Berlin-Ouest, de même que les villages frontaliers près de la ville, sont investis par des milliers d’Allemands de l’Est.

    Ces derniers reçoivent 100 marks que le gouvernement ouest-allemand leur donne comme cadeau de bienvenue et qu’ils peuvent dépenser à leur guise.

    Plusieurs en profitent pour acheter des provisions de denrées inconnues en Allemagne de l’Est.

    Dans cette atmosphère de fête, on voit pointer tout de même un petit bémol qu’exprime Suzanne Bégin, une Québécoise qui vit à Berlin depuis 14 ans.

    Elle confie à Raymond Saint-Pierre que certains Berlinois de l’Ouest étaient inquiets de cette marée d’Allemands de l’Est.

    Ces derniers, plus pauvres et parfois chômeurs, pourraient venir s’installer à Berlin-Ouest.

    Mais cette inquiétude a été vite balayée dans l’atmosphère de la fête.

    Annexée plutôt que réunie

    Le Point, 3 octobre 1990

    Le 3 octobre 1990, la journaliste Madeleine Poulin présente à l’émission Le Point un portrait de Berlin, un an presque après la chute du mur.

    La journaliste constate que la fête est finie.

    Le processus de réunification de l’Allemagne n’est pas à la hauteur des espoirs exprimés par plusieurs Allemands de l’Est et de l’Ouest en 1989.

    Le malaise, observe Madeleine Poulin, s’exprime d’abord chez les militants d’extrême gauche qui s’opposent à la réunification allemande.

    Selon eux, le nationalisme allemand exprimé par le nazisme pourrait renaître dans une Allemagne réunifiée.

    Plusieurs concluent que la mentalité qui a donné naissance au nazisme n’est pas morte avec la Seconde Guerre mondiale.

    À l’autre bout du spectre politique, les militants d'extrême droite grognent aussi contre la réunification.

    Celle-ci est dominée dans leurs esprits par le grand capitalisme et par l’ignorance volontaire du problème que constituent les étrangers en Allemagne.

    Il y a aussi surtout le mécontentement d’une partie importante de la population est-allemande.

    Selon plusieurs, l’Allemagne de l’Est ne s’est pas réunifiée avec l’Allemagne de l’Ouest.

    On a plutôt assisté à une annexion pure et simple.

    Peut-être le symbole le plus dramatique du malaise est l'émergence d'un débat dans l'ex-Allemagne de l'Est autour des biens confisqués par les communistes après 1945.

    Dans la ville de Postdam, Madeleine Poulin rencontre plusieurs anciens propriétaires qui veulent récupérer leurs immeubles et maisons.

    Elle interviewe aussi des locataires inquiets d’être expulsés ou de voir le prix de leurs logements exploser.

    « L’ostagie »

    Les Allemands de l’Est ont été [depuis 1989] trop passifs et les Allemands de l’Ouest se sont comportés comme des administrateurs coloniaux.

    Propos de Jens Reich, un des initiateurs de la révolution qui a fait tomber le régime est-allemand en 1989, rapportés par le journaliste Don Murray

    Le Téléjournal/Le Point, 8 novembre 1999

    On assiste, 10 ans après la chute du mur, comme le rappelle le journaliste Don Murray dans un reportage présenté à l'émission Le Téléjournal/Le Point du 8 novembre 1999, à « l’ostalgie », la nostalgie de l’Allemagne de l’Est.

    Le gouvernement de l’Allemagne réunifiée a dépensé 800 milliards de dollars pour effacer la partition des parties occidentale et orientale du pays.

    Mais la fracture, née de l’existence du mur de Berlin, ne s’est pas pour autant ressoudée.

    Beaucoup d’Allemands de l’Est perçoivent la réunification comme une prise de contrôle dans laquelle ils ont très peu d'influence.

    L’instauration du capitalisme a par ailleurs acculé à la faillite des dizaines d’industries est-allemandes.

    Le taux de chômage dans l’ex-Allemagne de l’Est atteint 18 % en 1999.

    Beaucoup d’Allemands de l’Est ne craignent plus la police secrète.

    Ce qu’ils craignent, c’est de perdre leurs emplois et leurs maisons.

    Don Murray termine son reportage par une histoire à première vue anodine, mais chargée de signification.

    Deux maçons ouest-allemands cimentent des briques dans le pavé tout le long de l'ancien tracé du mur de Berlin.

    Ce projet, décrété par la ville de Berlin pour se souvenir de ce qui s'est passé, est décrié par beaucoup d’Allemands qui voudraient tout oublier.

    Mais plusieurs souhaiteraient que ce projet aille plus loin.

    En fait, ils rêvent que le mur soit reconstruit!

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