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Le rapport de l'expert-conseil concernant l'unité d'obstétrique de La Sarre enfin dévoilé

Un homme assis à une table avec des documents devant lui

Le mandataire spécial du CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue, Sylvain Gagnon, au travail (archives)

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'expert-conseil Sylvain Gagnon croit que le ministère de la Santé et des Services sociaux doit en faire davantage pour aider les régions éloignées aux prises avec des problèmes de main-d'oeuvre. À la suite de la fermeture de l'unité d'obstétrique-natalité à La Sarre en avril dernier, la ministre de la Santé, Daniel McCann, avait mandaté Sylvain Gagnon pour régler le problème.

Dans son rapport, Sylvain Gagnon conclut que la direction du CISSS-AT doit en faire davantage pour éviter d'autres fermetures, mais qu'elle ne pourra y arriver sans l'intervention du ministère.

Son rapport va d'ailleurs bien au-delà du département d'obstétrique-natalité à La Sarre. Dans son rapport, Sylvain Gagnon émet 17 recommandations. Pour lui, les équipes sur le terrain sont aujourd'hui fragilisées et les conditions de travail sont difficiles.

Il affirme même que certains ont l’impression d’être au centre d’une spirale sans fin qu'on parviendra difficilement à contrôler. Ce phénomène est également présent chez plusieurs cadres de l’organisation, selon lui.

Il identifie deux principales causes à cette situation : la réforme effectuée par Gaétan Barrette et la pénurie de main-d'oeuvre.

Il mentionne d'entrée de jeu qu'il sera difficile, voire impossible, pour le CISSS-AT de revenir à une situation d’équilibre budgétaire sans le soutien du Ministère de la Santé et des Services sociaux.

Pénurie de main-d'oeuvre

Concernant la pénurie de main-d'oeuvre, il constate que 778 postes sont vacants dans la région et comme la problématique est provinciale, la solution passe selon lui par l'international.

Sylvain Gagnon croit qu'il doit y avoir une coordination nationale effectuée par le ministère de la Santé et des Services sociaux plutôt que de déléguer ce pouvoir aux régions, comme c'est le cas en ce moment.

Il souligne que le MSSS doit aussi reconnaître que la pénurie de main-d'oeuvre est bien pire dans les régions éloignées et mettre en place des mécanismes pour améliorer la situation rapidement.

Selon lui, sans cette reconnaissance, au mieux, les établissements vont maintenir dans la précarité des services essentiels, au pire, on assistera inévitablement à des ruptures chroniques de ceux-ci, voire leur fermeture progressive et définitive.

Le CISSS-AT aussi doit mieux faire

Le CISSS-AT a son rôle à jouer selon Sylvain Gagnon. La direction doit trouver une façon de retenir sa main-d'oeuvre. Au cours de la dernière année, le CISSS-AT a pu embaucher ou réembaucher 840 personnes, mais 842 autres ont quitté l'organisation, ce qui donne un taux de roulement du personnel de plus de 15 %.

Les absences pour congé maladie sont aussi de plus en plus nombreuses. Au 31 mars 2016, 1065 infirmières étaient actives, dont 153 en absence longue durée. Au 31 mars 2019, 1032 infirmières étaient actives, dont 194 en absence longue durée. Le taux d'assurance salaire est à 9,47 %.

Caroline Roy écoute une personne hors champ durant un réunion du conseil d'administration.

Caroline Roy, PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

La présidente-directrice générale du CISSS-AT, Caroline Roy, assure avoir déjà récemment mis en place certaines mesures pour la rétention du personnel.

Une personne infirmière ou infirmière auxiliaire au sein de notre établissement maintenant a une garantie de poste d'un minimum de sept jours travaillés sur quatre. Présentement, on fait la deuxième étape de bonifier jusqu'à un temps complet ceux qui le souhaitent. C'est un exercice qu'on veut faire pour tous nos titres d'emplois avec ce qu'on appelle de la surdotation. Pour chacun des titres d'emplois, on sait qu'il y en a toujours qui sont absents, en maladie, en maternité, en férié, en vacances, donc ça nous prend un nombre supplémentaire d'employés pour maintenir notre offre de service, c'est un exercice qu'on est en train de réaliser, précise-t-elle.

Sylvain Gagnon souligne également qu'il n’existe pas de planification de la main-d’œuvre au CISSS-AT, permettant de dresser un portrait fidèle des besoins de l’établissement pour les prochaines années, ce qui devra être fait dans un avenir rapproché.

On doit savoir non seulement les départs à la retraite, mais anticiper aussi les congés maternité, regarder notre historique d'absences maladie, notre gestion des congés, il y a plusieurs indicateurs comme ça qu'on peut regarder puis anticiper nos besoins de main-d'oeuvre pour déjà se mettre en oeuvre, ça c'est un volet qui n'était pas réalisé de cette façon dans les dernières années, affirme Caroline Roy.

Sylvain Gagnon affirme qu'on lui a aussi fait état de curriculum vitae qui se perdent dans les dédales administratifs et de l'absence de suivis diligents auprès des candidatures reçues.

La FIQ satisfaite

La présidente par intérim du syndicat de la FIQ en Abitibi-Témiscamingue, Véronique Éthier, n'est pas surprise des conclusions de ce rapport. Elle croit que c'est un pas dans la bonne direction.

Le ton que l'employeur a envers nous est vraiment différent, on sent vraiment une volonté de vouloir travailler en partenariat avec nous. Je pense qu'il y a de l'amélioration, mais on ne veut surtout pas que ce rapport se retrouve sur une tablette et qu'on n'en parle plus du tout, soutient-elle.

Concernant plus précisément la rupture de services en obstétrique-natalité en Abitibi-Ouest, Sylvain Gagnon propose d’introduire un nouveau titre d’emploi dans les unités d’obstétrique en région, dont la présence d’aides-soignantes, comme on en retrouve en maison des naissances, par exemple.

La réforme Barrette

L'expert-conseil rappelle que lors de la réforme Barrette, 69 postes cadres ont été supprimés à la faveur du nouvel établissement. Selon lui, les conséquences de cette compression se font encore aujourd’hui sentir, notamment par une charge de travail beaucoup plus importante pour les gestionnaires.

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Gaétan Barrette en conférence de presse à l’Assemblée Nationale (archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Véronique Éthier, est aussi de cet avis. Avant, on avait des problèmes dans chacun de nos secteurs, mais jamais à la hauteur de ceux qui sont là présentement. On était capable de discuter avec nos employeurs, on pouvait trouver des solutions avec nos employeurs, mais depuis la réforme Barrette, on a un employeur et il veut tout uniformiser, alors que c'est impossible parce qu'on a des secteurs très différents les uns des autres.

La présidente-directrice générale du CISSS-AT, Caroline Roy, souligne que la réforme a aussi eu du bon. La volonté dans cette réforme c'était d'améliorer l'accès pour l'usager et la continuité pour l'usager entre tous les services pour lesquels il a accès en santé et services sociaux. En étant un seul établissement dans la région, on améliore l'accès et on assure une meilleure fluidité et une meilleure coordination des services pour l'usager. À l'interne, ce sont des défis auxquels on est encore confrontés après quatre ans pour certains processus, mais avec ces recommandations et nos plans d'action en cours, moi je suis confiante pour l'avenir, laisse-t-elle entendre.

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