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François Legault « fait une erreur » avec ses réformes en immigration, clame Jean Charest

Plutôt que de « resserrer » les programmes d'immigration, il faudrait « ouvrir les portes », juge l'ancien premier ministre.

Jean Charest et François Legault sont réunis pour un débat.

Jean Charest juge sévèrement les mesures prises par le gouvernement de François Legault.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

L'ancien premier ministre libéral Jean Charest se montre très critique envers François Legault. Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) créé par son gouvernement en 2010 est au cœur des réformes de l'équipe caquiste. Et, à ses yeux, il faudrait le rendre plus accessible au lieu de le resserrer.

« Il va de soi que nous allons nous priver d’un outil de recrutement qui était très efficace », juge Jean Charest, premier ministre du Québec de 2003 à 2012, au cours d'une entrevue accordée à Radio-Canada.

En 2010, alors que le Québec affichait un retard dans le nombre d'étudiants étrangers par rapport aux autres provinces canadiennes, le gouvernement libéral a lancé le PEQ, avec la possibilité d'accéder rapidement à l'immigration permanente.

Grâce à un énorme succès, affirme Jean Charest, ce chiffre a été grandement rehaussé. Cet automne, plus de 48 000 étudiants internationaux garnissent les bancs des universités québécoises, contre moins de 33 000 en 2013.

Avec ce programme, explique-t-il, ces personnes ont pu faire le choix de rester et contribuer à la société québécoise.

Désormais, à la suite des récentes annonces du gouvernement, seule une liste restreinte de formations offre la possibilité d'accéder au PEQ, qui était vu, à l'époque, comme une carte de visite pour attirer plus d'étudiants.

M. Legault, à mon avis, fait une erreur. Je ne dis pas qu’il est de mauvaise foi, mais à mon avis le gouvernement Legault, sur cette question-là, fait fausse route.

Jean Charest, ancien premier ministre du Québec

Il faut « élargir » ce programme d'immigration, clame-t-il

Selon Jean Charest, le Québec devrait miser sur les personnes formées dans la province. « Si elle est formée par nous, on n’a pas à se questionner sur ses compétences », indique-t-il, en faisant référence aux près de 140 000 postes vacants.

« Nous avons besoin d’hommes et de femmes, que ce soit des chercheurs, des professionnels, même de la main-d'oeuvre non qualifiée. Une personne qui vient au Québec, qui s’inscrit dans une maison d'enseignement au Québec, qui reçoit un diplôme québécois, on ne peut pas se tromper en lui offrant l’occasion de rester chez nous », précise-t-il.

Alors que François Legault a finalement ouvert la porte à des ajustements, l'ex-chef libéral applaudit cette initiative.

« À mon avis, oui, j'espère qu'il va réaliser que c’est une erreur de resserrer le programme. On devrait faire le contraire. On devrait l’élargir, le rendre le plus accessible possible », prône celui qui officie désormais à titre d'avocat.

On devrait faire une offensive qui nous démarque pour recruter des étudiants étrangers parce que nous sommes en compétition avec d’autres juridictions. On n’est pas les seuls sur le terrain, loin de là.

Jean Charest, ancien premier ministre du Québec

Une décision de Philippe Couillard dans sa ligne de mire

Il n'y a pas que François Legault dans la ligne de mire de Jean Charest. Ce dernier ne comprend pas la décision prise en 2015 par son successeur Philippe Couillard d'augmenter les frais de scolarité des Français venant étudier au Québec. Par le passé, les Français payaient les mêmes montants que les Québécois. Désormais, la facture est plus élevée, puisqu'ils déboursent des frais similaires à ceux que paient les étudiants venant d'autres provinces.

« Je vous avoue honnêtement que je n’aurais pas pris cette décision. J’aurais laissé les droits de scolarité au même niveau que les Québécois. On pourrait offrir des incitations économiques pour des étudiants français à venir chez nous, tellement nous avons besoin de main-d’œuvre, et de main-d’œuvre qualifiée », ajoute-t-il.

Charest veut « plus » de Français

Alors que le premier ministre Legault avait laissé entendre, en début d'année, au cours d'une visite officielle à Paris, vouloir accueillir plus d'immigrants français, Jean Charest ne cache pas qu'il est d'accord avec le chef caquiste sur ce point.

Bah oui, bah oui on en veut plus, insiste-t-il au téléphone. Mais si on en veut plus, il faut agir en conséquence, reprend-il, en évoquant l'idée « d'incitatifs économiques » ou de « bourses » pour attirer des « jeunes talents ».

« Le besoin est tellement important et la population est vieillissante », rappelle-t-il, en écartant cependant du revers de la main les blâmes du gouvernement Legault concernant l'héritage libéral en matière d'immigration.

Sous les derniers gouvernements libéraux, les délais d'attente pour obtenir le certificat de sélection du Québec (CSQ), première étape vers la résidence permanente, ont largement augmenté. La faute revient principalement à un nombre de personnes sélectionnées plus important que le nombre de personnes admises dans la province, ce qui a provoqué d'importants retards.

Le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, a d'ailleurs souvent répété qu'il doit à présent « réparer » ce système d'immigration.

« C'est de la politique, ça. Je comprends que quand les hommes politiques sont dans le feu de l'action, ça fait partie du jeu de blâmer le gouvernement précédent », répond-il, en disant vouloir regarder plutôt l'avenir.

À ses yeux, les mesures du gouvernement Legault, avec notamment l'élaboration de la loi 9, qui avait mené, en février, à une contestation judiciaire, ont « un effet » sur l'image du Québec. « Malheureusement, ça laisse une marque. »

De l'extérieur, assure-t-il, « c'est une régression » avec des « barrières additionnelles à l'entrée au Québec, alors que ça devrait être tout le contraire ».

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