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Les universités « préoccupées » par les réformes en immigration de Québec

« On aurait apprécié être consultées », déplorent les universités québécoises.

Le campus de l'Université Concordia, au centre-ville de Montréal.

Plus de 48 000 étudiants internationaux se trouvent, cet automne, sur les bancs des universités de la province.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les différents changements qui ont été apportés par le gouvernement Legault au sein d'un programme d'immigration visant les étudiants internationaux nuiraient « à la crédibilité » des universités. Ces dernières affirment ne pas comprendre le changement des « règles du jeu » imposées par Québec en cours d'année.

On est assez préoccupé, confie Pierre Cossette, président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), un regroupement d'universités du Québec.

Au début du septembre, ce dernier avait écrit au ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, pour lui proposer la collaboration du milieu universitaire dans le cadre de réformes à venir.

Aucune réponse ne lui a été fournie. On a appris la réforme comme tout le monde, déplore celui qui est également recteur de l'Université de Sherbrooke.

Le principal point dans la ligne de mire des universités? Le resserrement à l'accès au Programme de l'expérience québécoise (PEQ).

C'est un programme qui fonctionnait très bien, soutient pourtant Pierre Cossette.

Le recteur de l'Université de Sherbrooke parle devant une caméra.

Pierre Cossette, qui est recteur de l'Université de Sherbrooke, préside le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

Photo : Radio-Canada

Désormais, pour postuler au PEQ, un étudiant étranger doit détenir un diplôme figurant dans une liste publiée par le ministère de l'Immigration. Cette énumération serait en lien avec les besoins de main-d'oeuvre. Des restrictions similaires, liées à l'emploi occupé, existent aussi pour les travailleurs temporaires.

L'Union étudiante du Québec (UEQ) réclame pour sa part un retour en arrière. Ces listes, c'est un non-sens du gouvernement, clame Philippe LeBel, président de cette importante association étudiante.

On fait de la marchandisation de l'immigration au profit de l'économie, ajoute quant à lui Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

Près d'un étudiant étranger sur quatre reste au Québec

Selon le BCI, environ un étudiant au Québec sur six n'est pas citoyen canadien ou résident permanent à l'automne 2019. Parmi ces étudiants étrangers, près d'un sur quatre demeure au Québec après sa formation, au moyen de différents programmes. Pour l'année 2019, environ 12 000 certificats de sélection (CSQ) devraient être délivrés par l'intermédiaire du PEQ, en comprenant également le volet concernant les travailleurs temporaires, d'après des déclarations d'un sous-ministre adjoint du ministère de l'Immigration.

Une clause de droits acquis réclamée

Deux revendications sont proposées par les universités et ces associations étudiantes : une révision des listes et l'instauration d'une clause de droits acquis pour les étudiants déjà dans la province.

Selon Pierre Cossette, des domaines essentiels, dans des secteurs clés comme la biologie, la chimie ou l'environnement ne sont pas mis de l'avant. Ces disciplines sont essentielles pour faire face aux défis climatiques.

Ces mesures mettent aussi à risque des étudiants qui prévoyaient de rester, détaille Philippe Clément.

Le gouvernement a changé les règles du jeu en cours de route, sans prévoir de clause de protection pour des gens qui étaient déjà dans le système ou qui approchaient de la fin du système, reprend Pierre Cossette.

C’est un peu un bris de contrat implicite. Les gens sont arrivés ici, ils se sont inscrits dans une dynamique particulière et juste à la fin, ça change. C'est assez embêtant pour les universités. Ça mine notre crédibilité.

Pierre Cossette, président du Bureau de coopération interuniversitaire

Les associations étudiantes abondent dans le même sens, alors que plus de 48 000 étudiants internationaux se trouvent, cet automne, sur les bancs des universités de la province.

Il faut au minimum une clause grand-père pour ceux déjà aux études, insiste Philippe LeBel.

C'est complètement trompeur de la part du gouvernement d'avoir accepté des étudiants étrangers, de les inciter à rester avec le PEQ et maintenant de leur dire qu'ils ne pourront pas y avoir accès.

Philippe Clément, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec

Des candidats à une pleine « intégration »

Pour le BCI, ces mesures prises sans prévenir le milieu universitaire pourraient « nuire » à l'attrait des programmes québécois dans leur recrutement international.

Ça nuit à notre image de marque, spécifie Pierre Cossette, tout en reconnaissant néanmoins la légitimité au gouvernement de revoir ses politiques.

Par ailleurs, il estime que ces étudiants internationaux figurent parmi les meilleurs candidats susceptibles de s'intégrer pleinement à la province.

On continue de penser que l’obtention d’un diplôme universitaire au Québec est l’un des meilleurs facteurs pour prédire l’intégration dans notre société. Évidemment, il n’y a pas de garantie, mais c'est l’une des meilleures façons de diminuer les risques, poursuit-il.

François Legault parle devant un micro.

Interpellé par plusieurs experts, dont Yoshua Bengio, François Legault a mis de l'avant de possibles ajustements aux réformes d'immigration de son gouvernement.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre François Legault a de son côté déjà ouvert la porte à des ajustements.

En réponse aux craintes formulées par des experts en intelligence artificielle, dont les principales formations sont exclues des listes présentées par Québec, M. Legault a promis d'accueillir ces talents internationaux.

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