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La thérapie psychédélique suscite un engouement

Le reportage de Jacaudrey Charbonneau

Photo : iStock

Jacaudrey Charbonneau

LSD, ecstasy et champignons magiques sont des drogues souvent associées à des activités festives ou encore aux années hippies. Mais ces drogues psychédéliques, lorsqu’elles sont administrées sous supervision, ont également le potentiel de soigner les troubles de santé mentale. Si bien que la recherche en la matière s’accélère et suscite l’intérêt des psychiatres et des psychologues.

Les possibilités qui s'ouvrent en santé mentale sont passionnantes. C'est ainsi que le psychologue Joe Flanders a commencé la soirée de conférence sur les thérapies par les hallucinogènes, vendredi soir, à l'Université McGill.

Des étudiants en neuroscience, des psychologues ou encore des citoyens se sont déplacés pour entendre trois chercheurs qui dirigent des études sur les hallucinogènes.

Les drogues comme le LSD, la MDMA ou encore la psilocybine, l'ingrédient actif des champignons magiques, sont reconnues pour causer des hallucinations. Or, depuis quelques années, les chercheurs étudient ces substances pour leur potentiel de traitement de certains troubles de santé mentale.

Le psychiatre Simon Amar dirige une étude à Montréal qui porte sur le traitement du choc post-traumatique par la MDMA, qui est l'ingrédient actif de l'ecstasy.

C'est une molécule qu'on donne dans cette étude à trois reprises et les thérapeutes sont là sur place pendant 8 h à travailler en thérapie avec le patient, explique-t-il.

Un homme répond aux questions d'une journaliste.

Le psychiatre Simon Amar dirige une étude qui porte sur le traitement du choc post-traumatique par la MDMA, qui est l'ingrédient actif de l'ecstasy.

Photo : Radio-Canada

La recherche sur les hallucinogènes vit en quelque sorte une renaissance. Elle avait été interrompue dans les années 1970 en raison de la lutte menée contre les drogues aux États-Unis.

Pour le milieu, cela représente une révolution, puisqu'il s'agit d'une tout autre approche aux traitements offerts actuellement.

C'est un changement de paradigme en santé mentale. On parle de vraiment aider les gens à guérir, pas seulement rendre leurs symptômes plus tolérables pour les rendre plus fonctionnels, mais de guérir des blessures plus profondes.

Simon Amar, psychiatre

Au-delà du stress post-traumatique et de l'anxiété, d'autres problèmes comme la toxicomanie font l'objet de ce type d'études un peu partout dans le monde.

Malgré l'illégalité de ces drogues, l'intérêt pour ces thérapies est bien réel. La santé mentale, c'est une communauté qui n'a pas assez de ressources pour servir les besoins dans notre société. Alors, il y a une certaine impatience, une demande pour de nouvelles technologies, de nouvelles sortes de thérapies, affirme Joe Flanders, qui dirige MindSpace, une organisation montréalaise ayant pour objectif de promouvoir le bien-être des gens, des entreprises et des collectivités.

Une mise en garde

Attention toutefois aux débordements, certains groupes de discussions sur Internet témoignent du phénomène de la thérapie par soi-même. Moi, c'est une expérience que j'ai eue avec quelqu'un en qui j'avais confiance, une expérience que je serais peut-être prête à refaire, confie Joëlle Bélisle-Cuillerier, qui est venue assister à la conférence par intérêt personnel.

Cette idée d’y aller par soi-même est mauvaise, selon les chercheurs. Le psychiatre Simon Amar dit craindre l'utilisation de ces hallucinogènes à l'extérieur du contexte de recherche pendant lesquels il pourrait y avoir des accidents ou de mauvaises expériences.

Le contexte de recherche est très contrôlé et mesuré. On fait très attention à la sélection des candidats. Et ce sont des drogues très puissantes qui peuvent avoir un effet thérapeutique à la longue, mais pendant l'expérience, même les gens peuvent avoir beaucoup plus d'anxiété temporairement. Avec deux thérapeutes, on peut les aider à comprendre cette anxiété, à la vivre d'une manière différente. Sans cette formation, les gens peuvent être laissés à eux-mêmes, explique-t-il.

Une formation pour intégrer les hallucinogènes

En attendant la légalisation à plus grande échelle, le monde de la psychologie et de la psychiatrie se prépare. Une soixantaine de psychologues étaient réunis à Montréal en fin de semaine dans le but d'en apprendre davantage et de pouvoir mieux aider les patients qui ont vécu des expériences avec ces drogues.

Une approche qui vise à réduire les méfaits sachant que les professionnels ne peuvent empêcher la consommation à des fins récréatives.

On s'est rendu compte que bien des thérapeutes ne savaient comment accompagner des patients qui avaient eu ou qui manifestaient l'intention d'avoir recours à une expérience hallucinogène. Alors, on veut leur permettre d'être mieux outillés.

Elizabeth Nielson, psychologue

Bien qu'il reste encore de la recherche à faire, les chercheurs estiment que d'ici un horizon de trois ans, le traitement assisté par hallucinogène pourrait être reconnu et utilisé dans la population.

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