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L’économie des biens usagés dépasse désormais l’industrie forestière

La boutique Redeemed Consignment store, à Winnipeg, vend des vêtements et des articles de seconde main.

Photo : Radio-Canada

Mathias Marchal

En achetant ou en délaissant en moyenne 82 produits usagés en 2018, le Canadien typique a eu 1533 $ de plus dans ses poches l'an dernier grâce au marché de la seconde main, selon une étude de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) publiée lundi.

Les 2,4 milliards de produits usagés échangés au Canada en 2018 par l'intermédiaire des plateformes en ligne, des magasins à vocation sociale comme Renaissance, des friperies et des réseaux sociaux ont totalisé 27,3 milliards de dollars, selon les calculs de l’Observatoire de la consommation responsable de l'ESG UQAM.

Pour arriver aux résultats présentés dans la cinquième édition de l’Indice Kijiji de la seconde main, les habitudes de plus de 5000 personnes ont été décortiquées. Les chiffres indiquent que l’industrie des biens usagés a généré, en moyenne chez les participants, 961 $ de gains du côté des ventes et 723 $ d’économies pour les achats, pour un grand total de 1533 $ par an.

L’économie de la seconde main représente ainsi 1,23 % du produit intérieur brut (PIB) du Canada, et supplante de 10 % l’industrie forestière et ses produits dérivés que sont le bois et les pâtes et papiers.

Le phénomène de la seconde main commence à représenter quelque chose de très intéressant et ces résultats sont notamment dus à la déstigmatisation de la pratique.

Fabien Durif, professeur à l’ESG-UQAM et directeur de l’Observatoire qui a cosigné l’étude

Il fait ainsi remarquer que, contrairement aux croyances, 35 % des utilisateurs ont un revenu supérieur à 80 000 $ et que même certaines grandes enseignes offrent désormais des rayons de produits usagés dans leurs magasins.

C’est le cas d’Eram, un des leaders français de la chaussure, qui teste actuellement le reconditionnement en usine de certains de ses modèles usagés. Ces derniers sont ensuite revendus à moitié prix en boutique. Le programme "Revendez-les" d'Ikea propose aussi à ses clients de donner une deuxième vie à leurs anciens articles Ikea en échange d’un crédit. Les articles sont ensuite revendus tels quels en magasin avec un certain succès, mentionne M. Durif.

Cet essor du nombre de produits de seconde main échangés (+8 % en cinq ans) est aussi dû la présence de très gros utilisateurs, ceux qui acquièrent et se départissent de plus de 500 biens par année.

Des gens comme Vicky Payeur, 25 ans, qui tient le blogue Vivre avec moins. En 2015, elle a décidé de sortir de la spirale de la surconsommation (250 $ de vêtements neufs aux deux semaines) et de l’endettement.

J’avais environ 10 000 $ de dettes sur ma marge de crédit. Du jour au lendemain, j’ai décidé de changer et j’ai vendu 80 % de ce que je possédais sur des sites de petites annonces afin de me désencombrer.

Vicky Payeur

Elle estime avoir ainsi récupéré entre 5000 $ et 10 000 $.

Aujourd’hui, la moitié de ses meubles et 25 % de ses vêtements sont des biens usagés. Elle a acquis les premiers sur deux des principales plateformes que sont Kijiji et Facebook Marketplace. Pour les vêtements, elle utilise Shwap-club, une boutique d’échange de vêtements tendance basée sur le principe de l’abonnement.

Tous ces changements m’ont permis d’avoir désormais cette liberté pour vivre comme je le veux, conclut-elle.

Mais la jeune blogueuse de Rosemont n’est pas encore (totalement) prophète en son pays. En effet, le Québec est à la traîne par rapport au reste du Canada. Alors que la moyenne canadienne du dernier Indice est de 82 biens changeant de main par habitant, au Québec ce nombre plafonne à 59, bien loin de la Colombie-Britannique (99).

Au Québec, le pourcentage de personnes qui participent à l’économie de la seconde main est plus faible.

Fabien Durif

Il souligne que dans la province, le phénomène des délaissements par dons est bien moins répandu que dans l’ouest du pays.

Selon le professeur de l’ESG-UQAM, le contexte environnemental actuel fait que l’économie de la seconde main est appelée à croître. Selon lui, la clé de cette progression passera, entre autres, par l’augmentation de la durée de vie des produits, leur réparabilité et la conscientisation des consommateurs.

Méthodologie

Un sondage a été mené en ligne pour l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’UQAM auprès d’un échantillon de 5625 répondants au total, représentant la population canadienne. Les répondants, âgés de 18 ans ou plus, ont été sélectionnés à partir d’un panel web pancanadien. Étant donné que les réponses ont été obtenues d’un panel, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas. Cette recherche a été menée sous la supervision de Fabien Durif en collaboration avec Manon Arcand et Marie Connolly, tous trois de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

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