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La vie spirituelle dans les écoles vouée à disparaître?

Un groupe de jeunes de l'école Henri-Bourrassa à Montréal-Nord écoutent leur animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire.

L'animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire Mireille Hajjar rencontre ses étudiants sur l'heure du dîner.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Marie-Josée Paquette-Comeau

Avec son projet de loi sur les commissions scolaires, le ministre de l’Éducation prévoit, au passage, effacer toute référence à la spiritualité dans le texte de la Loi sur l’instruction publique. Certains animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire s’inquiètent d’autant plus que l’intérêt des commissions scolaires pour leurs services diminue au profit des corps de métier plus clinique.

C’est jour de réunion de comité à l’école secondaire Henri-Bourassa de Montréal-Nord. Assis sur des bureaux, une trentaine d'adolescents font un remue-méninges avec leur animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire (AVSEC), Mireille Hajjar.

L'animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire, Mireille Hajjar devant son comité d'élèves

L'animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire, Mireille Hajjar

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

L’animation de vie spirituelle et d'engagement communautaire est un service qui s’adresse à tous les élèves. L’AVSEC « conçoit, planifie, organise et anime des activités qui permettent aux élèves de développer leur vie spirituelle et leur conscience sociale, de participer à l’amélioration de leur milieu et de la société », selon la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ).

Concrètement, Mireille Hajjar forme des comités, fait des tournées de classes pour parler d’égalité des sexes, d’environnement, de gestion du stress ou de médias sociaux et gère le programme de bénévolat de l’école. Un service complémentaire à la pédagogie.

La vie spirituelle, c'est quand on parle de développement de soi, d'intériorité, d'apprendre à se connaître et connaître ses valeurs.

Mireille Hajjar, animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire

Mireille Hajjar remarque que plusieurs confondent spiritualité et religion. L’AVSEC confirme qu’elle n’aborde pas ce sujet avec ses élèves. Je ne fais pas de prières et de trucs comme ça..

Une profession en déclin

Le nombre d’AVSEC dans les commissions scolaires fond comme neige au soleil, selon le président de la FPPE-CSQ, Jacques Landry.

Il doit avoir environ 50 % des effectifs de moins qu'il y a 20 ans. Seulement dans les 5 dernières années, il y a eu une baisse d'environ 20 % du nombre d'animateurs.

Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec

Jacques Landry précise que la majorité des postes ont disparu par attrition. Quand on ne remplace pas les postes, on en donne plus à ceux qui restent. Un moment donné, ç'a de moins en moins de sens.

Les animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire sont ainsi forcés à couvrir un plus grand nombre d’écoles par commissions scolaires. Selon les chiffres du syndicat, en 2018, le ratio était d’un animateur pour 4648 jeunes. En 2013, il était d’un pour 3497 élèves.

Souvent au primaire, [les animateurs] vont faire 7-9-10-12-14 écoles et au secondaire, on érode de plus en plus leurs présences là aussi.

Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec
Le visage Mireille Hajjar, animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire à l'école Henri-Bourassa, à Montréal-Nord.

L'animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire, Mireille Hajjar

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Bien que Mireille Hajjar travaille à temps plein, elle remarque qu’il est de plus en plus difficile pour ses collègues dispersés dans plusieurs écoles de réellement changer les choses.

C'est un problème, parce que je les vois mes collègues courir. Ils sont essoufflés. Tu es en demande, mais tu n'as pas le temps d'aller en profondeur dans un sujet ou avec un groupe.

Mireille Hajjar, animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire

Loi 40 : la fin de la spiritualité

Bien que le projet de loi sur l’organisation et la gouvernance scolaire vise principalement à transformer les commissions scolaires en centre de services, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut en profiter pour rayer au passage toute mention de la spiritualité dans la Loi sur l’instruction publique.

Ainsi, deux articles référant à la vie spirituelle seraient abrogés en totalité et un, en partie, effaçant ainsi toute trace de ce corps de métier.

Articles qui seront abrogés

Article 6 : L’élève, autre que celui inscrit à la formation professionnelle ou aux services éducatifs pour les adultes, a droit à des services complémentaires d’animation spirituelle et d’engagement communautaire.

Article 226 : La commission scolaire s’assure que l’école offre aux élèves des services complémentaires d’animation spirituelle et d’engagement communautaire.

Article qui sera modifié

Article 36 :  L’école est un établissement d’enseignement destiné à dispenser aux personnes visées à l’article 1 les services éducatifs prévus par la présente loi et le régime pédagogique établi par le gouvernement en vertu de l’article 447 et à collaborer au développement social et culturel de la communauté. Elle doit, notamment, faciliter le cheminement spirituel de l’élève afin de favoriser son épanouissement.

Source : Loi sur l’instruction publique

La présence dans la loi de leur titre d’emploi est un vestige de la déconfessionnalisation scolaire. Pour le ministre de l’Éducation, cette révision du texte de loi ne vise qu’à assurer la laïcité de l’instruction publique.

C'est un changement de mission, puis c'est en cohérence avec la laïcité de l'État...

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur

Le ministre ne croit pas que cela aura des répercussions sur les postes d’animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire, puisque ce titre est inscrit au Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire. Ce texte détermine les services complémentaires auxquels ont droit les élèves de la province.

Des élèves assis sur des bureaux dans une classe

Des élèves participent au comité de vie spirituelle et d'engagement communautaire organisé à l'école secondaire Henri-Bourassa à Montréal-Nord.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Le président de la FPPE-CSQ, Jacques Landry, dénonce ce changement. Selon lui, cette abrogation pourrait mettre en danger ce corps de métier en l’absence de protection législative. Le syndicat reconnaît tout de même que la profession n’est pas en péril à court terme, puisqu'elle se retrouve toujours parmi les 12 services complémentaires du régime pédagogique.

Comme il est encore dans les services complémentaires, on est convaincu qu'il va rester là. Cependant, c'est un corps d'emploi qui a été malmené durant les dernières années.

Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec

La FPPE-CSQ constate que les commissions scolaires ont tendance à prioriser les services professionnels avec une approche clinique aux services universels. Le syndicat note une augmentation des professions comme les orthophonistes et les psychologues, ce qu’il appelle « la clinicatisation » du système scolaire.

Et les jeunes dans tout ça?

Dans la classe de Mireille Hajjar, il est difficile de trouver un élève qui ne soit pas convaincu de la pertinence de ce service. Mohamed Bouarafa souligne l’aspect préventif des interventions de son AVSEC.

Un [travailleur social] ou une psychologue, ils interviennent après un événement. Le travail de madame Hajjar est de t'aider à aller mieux avant qu'un événement majeur se produise

Mohamed Bouarafa, élève de l'école secondaire Henri-Bourassa
Une jeune fille se tient la tête entre les mains.

L'étudiante Asmae Jabouirik croit que les animateurs de vie spirituelle et d'engagement communautaire ont un énorme impact sur la trajectoire des élèves au secondaire.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Le travail de prévention de Mireille Hajjar touche plusieurs sphères du développement de ces adolescents. Des sujets parfois qu’ils n’auraient jamais abordés, indique Asmae Jabouirik.

Si on n'avait pas quelqu'un comme ça de l'extérieur de nos cours, ce serait pas le même parcours au secondaire.

Asmae Jabouirik, élève de l'école secondaire Henri-Bourrassa

Dans cette classe de l’école secondaire Henri-Bourrassa, les jeunes sont unanimes : toutes les écoles devraient avoir un AVSEC.

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