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Exploitation sexuelle des mineurs : « Le Québec, une pépinière pour le reste du Canada »

La silhouette d'une femme qui porte des talons hauts.

Pour lever le voile sur la prostitution juvénile, une commission parlementaire transpartisane s'ouvrira le 4 novembre à Québec.

Photo : iStock

Valérie Gamache

Le Québec est devenu une plaque tournante de l'exploitation sexuelle de mineurs au Canada. Si dans les milieux policiers il ne fait plus de doute que la province se trouve en tête du palmarès, le sujet demeure tabou au sein de la population.

Pour lever le voile sur le phénomène, une commission parlementaire transpartisane s'ouvrira lundi après-midi à Québec. Les députés veulent brosser le portrait de la prostitution juvénile et de ses conséquences sur la vie adulte.

On aime croire que ça ne se peut pas, affirme Ian Lafrenière. Cet ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal, devenu député de la Coalition avenir Québec, préside la commission parlementaire. Il reconnaît d'entrée de jeu qu'il sera difficile de peindre le tableau de la situation au Québec, puisque le nombre de victimes est sous-évalué. L'an passé à Montréal, il y a eu 400 plaintes, mais une victime sur 10 porte plainte. Ça signifie qu'en réalité, au Québec, il y a des milliers de cas, indique-t-il.

Et puis il faut maintenant parler d'un véritable trafic d'êtres humains entre les provinces canadiennes, selon lui : Le Québec est une pépinière pour le reste du Canada, dit-il.

Les jeunes filles recrutées ici sont en effet très demandées dans les autres provinces. Les jeunes Québécoises sont très prisées, très exotiques à cause de la langue, soutient Ian Lafrenière. Au Canada, les policiers estiment qu'une jeune fille peut rapporter entre 200 000 $ et 300 000 $ par année à son proxénète. Les policiers observent que les plus payantes sont celles qui ont le moins d'expérience et qu’il y a aussi une recrudescence du sexe sans protection, explique le député.

Et quand elles ne font plus l'affaire, elles sont vendues à un autre proxénète pour une somme de 15 000 $ à 25 000 $, ajoute-t-il.

Au Canada, près de 40 % des victimes de la traite sont des mineurs et, dans la majorité des cas, la traite vise l'exploitation sexuelle.

C'est une question de produits d'exportation. Les proxénètes se prennent pour des hommes d'affaires, raconte Maria Mourani. Cette criminologue sera appelée à témoigner devant les élus cette semaine. Elle donne l'exemple du projet Convalesce qui a permis aux policiers de démanteler, le 16 octobre, un réseau de prostitution en Ontario et dans l'Ouest canadien qui faisait la traite de personnes à partir du Québec.

Selon Mme Mourani, les proxénètes choisissent d’exporter une jeune fille pour deux raisons : premièrement, elle va rapporter plus cher et ça fait partie du dressage et de la prise de contrôle de la désorienter géographiquement.

Une norme Québec sans prostitution pour les hôteliers

Mme Mourani regardant droit dans la caméra lors d'une entrevue télévisée.

La criminologue Maria Mourani.

Photo : Radio-Canada

Maria Mourani croit qu'il faut s'attaquer à la clientèle en empêchant les proxénètes d'avoir accès à des lieux pour organiser leurs activités. Elle suggère au gouvernement de créer une sorte de norme de qualité qu'elle appelle Québec sans prostitution pour les hôteliers.

Ça pourrait être simplement une norme de performance à laquelle les hôteliers devraient adhérer et qui les obligerait à dénoncer toute activité de prostitution et à refuser de louer une chambre lorsqu'il y a un doute. Et pour encourager et permettre aux hôteliers de mettre en place des mesures concrètes, la criminologue propose de lier ce label à un crédit d'impôt.

Éduquer les clients

Le Service de police de la Ville d'Edmonton a également été invité à s'adresser aux élus. Les policiers de la capitale albertaine ont les clients de la prostitution dans leur ligne de mire depuis plusieurs années.

En 2017, 40 % de toutes les arrestations de clients de la prostitution au pays ont été effectuées à Edmonton, selon les données de Statistique Canada.

Pourtant, dans la majorité des cas, aucune accusation n'a été déposée, ce qui n'empêche pas l'opération d'avoir donné les résultats escomptés. Les clients sans dossier criminel ont été dirigés vers un programme de non-judiciarisation de l'unité d'exploitation sexuelle et de trafic humain. Il s'agit d'une solution de rechange au tribunal sous forme de justice réparatrice.

Les clients arrêtés passent une journée à entendre les témoignages de survivantes d'abus sexuels et de leurs familles. Il en coûte 750 $ au prévenu, et l'argent est investi dans un centre de soutien aux travailleuses du sexe. La police d'Edmonton estime que 80 % des clients qui suivent le programme ne récidivent pas, ou du moins ne se font pas épingler une seconde fois.

La situation chez les jeunes Autochtones

La commission va aussi faire une place à la situation des jeunes filles autochtones. Elle va se déplacer à Val-d'Or en janvier pour entendre des témoignages. Au Québec, 8 % des femmes ou des filles qui pratiquent la prostitution de rue sont autochtones au Québec.

La commission sur l'exploitation sexuelle des mineurs doit remettre son rapport à l'automne 2020.

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