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analyse

Le film au ralenti de l'économie qui décélère

Des employés installent des drapeaux lors d'une rencontre entre des ministres chinois et une délégation américaine à Pékin.

Le spectre d’une guerre monétaire entre la Chine et les États-Unis relance les inquiétudes sur la possibilité d’un ralentissement économique mondial.

Photo : Reuters / Jason Lee

Gérald Fillion

Le conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, évoque une possible baisse d’impôt pour la classe moyenne aux États-Unis en 2020, juste à temps pour l’élection présidentielle de novembre. Un tel geste pourrait stimuler temporairement l’économie, comme on a pu le voir à la fin de 2017 et au début de 2018, après la réforme fiscale du président. Cette baisse d’impôt pourrait atténuer le ralentissement économique en cours.

Malgré une hausse plus importante qu'attendu de la création d'emplois en octobre aux États-Unis, on remarque bien que la croissance économique chez nos voisins du Sud est de moins en moins forte. Depuis avril, l’économie américaine n’est arrivée qu’à une seule occasion à dépasser la barre des 200 000 nouveaux emplois. Et la croissance du PIB ne cesse de décélérer. 

Dans son rapport sur la politique monétaire publié mercredi, la Banque du Canada a d’ailleurs révisé à la baisse sa prévision pour 2019 aux États-Unis : la croissance du PIB a atteint 2,9 % en 2018, mais va baisser à 2,3 % en 2019, puis à 1,9 % en 2020 et à 1,7 % en 2021.

Ce ralentissement ne signifie pas nécessairement que les États-Unis entrent en récession. Mais cela crée une forte pression sur la croissance mondiale. La Banque du Canada a décidé d’abaisser également sa projection de la croissance mondiale pour 2019, la faisant passer de 3 % à 2,9 %, tout comme celle pour 2020, de 3,2 % à 3,1 %. L’essor de certaines économies émergentes devrait permettre une remontée à partir de 2021, selon la banque centrale.

35 banques centrales se montrent accommodantes

Cela dit, le ralentissement en cours pousse les banques centrales à abaisser leur taux d’intérêt. La Banque du Canada affirme que plus de 35 banques centrales des économies avancées et émergentes ont assoupli leur politique monétaire depuis le mois de juillet et que les marchés anticipent une accentuation de la détente monétaire au cours des prochains mois. La Banque du Canada s’est montrée patiente, pour sa part, mais on a senti cette semaine qu’une baisse de taux au Canada ne pouvait pas être exclue dans l’avenir.

La raison principale de ce ralentissement, ce n’est pas la gestion de la politique monétaire à la Réserve fédérale, comme l’affirme le président américain, mais davantage les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Malgré les signes de progrès observés récemment dans les négociations entre les deux pays, écrit la Banque du Canada, l’incertitude s’est accrue à l’échelle mondiale. Ces facteurs ont concouru à une détérioration supplémentaire des perspectives de croissance et à une chute des prix des produits de base.

Chute de la confiance des entreprises

La réalité est la suivante : les investissements des entreprises, la production manufacturière et le commerce dans le monde sont en fort ralentissement. Depuis le dernier sommet, en 2017, alors que la progression des investissements, de la production et des échanges commerciaux s’établissait à environ 5 %, on est tombé à des niveaux anémiques, entre 0 et 2 %.

L’incertitude augmente, accentuée par un protectionnisme commercial qui grandit, et la confiance des entreprises chute. La croissance de la production manufacturière, importante source de demande d’exportations canadiennes, écrit la banque centrale, a diminué au cours de la dernière année, et les investissements des entreprises ont nettement décéléré.

Métaux et pétrole en baisse

De plus, l’indice des métaux de base est en baisse depuis avril dernier, tout comme le prix du pétrole Brent, qui est passé d’environ 75 $ US le baril à 60 $ US. Une grande incertitude persiste quant à l’évolution future des prix du pétrole, dit la banque. Les prix pourraient encore diminuer si les membres de l’OPEP décidaient d’assouplir les réductions de la production pétrolière en 2020. Cependant, une montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient exercerait des pressions à la hausse sur les prix.

L’Alberta va ralentir l’économie

Par ailleurs, la Banque du Canada prévoit que le ralentissement de l’économie se poursuivra au pays : la hausse du PIB passera de 1,9 % en 2018 à 1,5 % cette année, avant de remonter légèrement à 1,7 % et 1,8 % les deux années suivantes, des prévisions qui ont toutefois été révisées à la baisse. La consommation demeure solide, mais les investissements des entreprises ralentissent.

Les tensions commerciales et l’incertitude qui leur est associée influent à la fois directement et indirectement sur l’économie canadienne, affirme la banque. Elles exercent directement un frein supplémentaire sur les investissements et les exportations en renforçant l’incertitude et en minant la confiance des entreprises au Canada.

La Banque du Canada ajoute qu’un ralentissement plus important de l’économie mondiale pourrait influer sérieusement sur les exportations canadiennes, les dépenses des ménages et les investissements des entreprises. Selon l’institution, le dollar canadien enregistrerait une dépréciation de l’ordre de 15 % en comparaison du scénario de référence.

Sans trop faire de bruit, la banque centrale affirme que l’austérité budgétaire du gouvernement de Jason Kenney en Alberta va ralentir l’économie canadienne. En 2020 et en 2021, écrit la banque centrale, la demande étrangère plus faible, l’incertitude accrue entourant les politiques de commerce extérieur et le profil des dépenses plus modeste du dernier budget de l’Alberta pèseront sur la croissance, mais ces facteurs seront en partie compensés par des taux hypothécaires plus bas et une population en âge de travailler de plus grande taille.

Manque à gagner : 700 milliards américains

Tout ça pour dire qu’il n’est pas du tout clair que les États-Unis et le reste de l’économie mondiale entreront éventuellement en récession. Mais ce repli, qui se déroule comme un film au ralenti, est bien réel. Et, tant que les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se maintiendront, l’économie risquera de ralentir davantage. C’est un manque à gagner de 700 milliards de dollars qui est à prévoir en matière de croissance et de commerce, selon le Fonds monétaire international, en lien avec cette guerre commerciale.

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Économie