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Les téléphones cellulaires interdits en classe dès aujourd'hui en Ontario

Il reste toutefois possible pour les élèves ayant des besoins particuliers d'utiliser un cellulaire.

Des enfants utilisant un téléphone intelligent.

Le gouvernement de l'Ontario met en place sa directive pour restreindre l'accès aux cellulaires dans les écoles.

Photo : getty images/istockphoto / Ridofranz

Camille Feireisen

À compter de lundi, les élèves ontariens ne peuvent plus utiliser leur téléphone cellulaire ou d'autres appareils mobiles personnels en classe, à moins que ceux-ci ne fassent partie du cours. Bon nombre de conseils scolaires avaient déjà mis sur pied des pratiques pour encadrer le cellulaire à l’école. Qu’est-ce que cela changera?

Jusque-là, l’utilisation du cellulaire en salle de classe était à la discrétion des écoles et des enseignants. Certains conseils l’avaient déjà banni, d’autres non. C’est désormais une directive imposée par le gouvernement.

Chaque enseignant a une grosse boîte où les élèves doivent déposer leur cellulaire au début du cours jusqu’à la fin, sauf en cas d’indication du prof qu’on peut le prendre, explique la présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) Karelle Sikapi.

Dans son école, les restrictions ont été mises en place dès le début l'année, même si le gouvernement avait laissé un temps supplémentaire d'adaptation aux conseils scolaires pour établir des règles plus strictes.

Karelle estime pourtant que son cellulaire est un outil utile dans le cadre de ses cours. En anglais pour chercher des informations sur une œuvre, en français pour chercher un mot dans le dictionnaire, en maths pour voir de plus près un graphique sur l’application Desmos, illustre-t-elle.

La jeune fille regrette que ces restrictions rendent déjà plus réticents certains enseignants à utiliser les appareils mobiles autant qu’avant.

une fille qui sourit.

La nouvelle présidente de la FESFO, Karelle Sikapi, est élève à l'École secondaire Ronald-Marion de Pickering.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Je crois qu'on devrait prendre le temps en salle de classe de montrer aux élèves qu'on a des outils utiles dans le contexte pédagogique, plutôt que de vouloir interdire ou restreindre l'accès.

Karelle Sikapi, présidente de la FESFO

Objectif : moins de distraction à l’école

Selon le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, il s’agit d’avoir un cadre identique aux différents conseils scolaires. Je pense que ce qui était incohérent avec l’ancien gouvernement libéral, c’est que certains conseils interdisent [le cellulaire], d’autres pas, assure-t-il.

Je l’ai entendu lors de consultations et l’entends toujours, il y a beaucoup de distractions, plus dans cette génération que dans la mienne, alors que notre objectif est de garder les enfants concentrés.

Stephen Lecce, ministre de l'Éducation
Stephen Lecce levant les yeux au ciel durant un point de presse.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce.

Photo : The Canadian Press / Cole Burston

Il existe par ailleurs quelques exceptions : les élèves ayant besoin d'un téléphone pour des raisons de santé ou médicales peuvent le garder. Un mot du parent ou du responsable de l’enfant est suffisant, précise le ministère.

Il est aussi possible d'utiliser un cellulaire pour appuyer les élèves ayant des besoins particuliers ou à des fins éducatives selon les directives du personnel enseignant.

Une mesure vraiment nécessaire?

Selon la directrice générale du Centre Cyber-Aide, Cathy Tétreault, cette directive est une excellente idée, qui devrait être mise en place partout.

Elle ajoute que lors de ses visites dans des écoles du primaire jusqu’à l’université, son constat est sans appel : il s'agit d'une très grande distraction, même si le cellulaire se trouve dans le sac ou dans la boîte à crayons.

Ce qui est difficile, c’est que c’est une norme d’avoir accès à un écran et, oui, cela peut être pédologique, mais le problème, c’est qu’il n’y a jamais eu de mode d’emploi des comportements sains et sécuritaires à avoir, ni de prévention, on est dans une zone grise.

Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-Aide
 La directrice générale du Centre Cyber-Aide, Cathy Tétreault

La directrice générale du Centre Cyber-Aide, Cathy Tétreault

Photo : webcam

Elle cite en exemple certains enseignants qui mettent des boîtes à l’entrée des classes pour récupérer les cellulaires. Ils ont remarqué une amélioration de la concentration, de la participation, des échanges entre les élèves donc c’est sûr que c’est positif de faire ça, c’est certain, affirme-t-elle.

Selon elle, cette loi est aussi le résultat de conséquences déjà visibles dans la société.

L’association de physiologie le dit : c’est deux heures maximum devant un écran entre 5 et 17 ans, c’est donc un encadrement nécessaire et un choix stratégique à faire, estime-t-elle.

Un homme aux cheveux courts qui porte un veston, une blouse et une cravate regarde vers sa droite en souriant un peu.

Thierry Karsenti, titulaire à la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation à l’Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Au contraire, pour le professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation, Thierry Karsenti, le gouvernement ontarien envoie le mauvais message.

Il rappelle que les gouvernements qui ont interdit le cellulaire en classe, comme la France en juillet 2018, n’ont pas réussi pour autant à le bannir totalement.

Les enfants le cachent à la place, alors que la mission de l’école c’est quoi? C’est d’éduquer, et là on envoie juste le message qu’on veut interdire, regrette-t-il.

Éduquer plutôt qu’interdire

Le chercheur estime lui aussi que les écrans sont un problème, mais il considère que cela nécessiterait davantage d’investissements dans les programmes d’éducation à la cyberdépendance par exemple, ainsi qu’aux bonnes utilisations des cellulaires et aux impacts sur la santé.

Avec une interdiction, on est en train de repousser la bataille et de faire l’autruche et je pense que ce n’est réellement pas la bonne solution.

Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire recherche du Canada sur les technologies de l'information et de la communication en éducation

Dans l’enquête auprès des parents mise de l’avant par le gouvernement ontarien, ce dernier soulignait avoir l'appui des parents pour cette interdiction.

Pourtant ce sont souvent les parents qui achètent les cellulaires, alors est-ce que cela veut dire qu'une fois à la maison les jeunes vont moins utiliser leur cellulaire? questionne-t-il.

M. Karsenti s’inquiète aussi qu’avec de telles restrictions, les enseignants délaissent l’usage du cellulaire à des fins pédagogiques, que ce soit pour du montage vidéo ou de la création graphique. On rate des occasions, conclut-il.

Des enfants portant des sacs à dos tiennent un appareil électronique dans leurs mains et le regardent. Ils sont accotés sur un mur de brique.

La directive qui interdit l'utilisation des cellulaires en salle de classe, sauf certaines conditions, entre en vigueur lundi 4 novembre en Ontario.

Photo : iStock

Révision des codes de conduite

La plupart des conseils scolaires disent avoir déjà des codes de conduite bien en place pour répondre à la nouvelle directive.

Le Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB) a revu la semaine dernière son code de conduite que toutes ses écoles devront désormais respecter. La notion du respect de l’environnement propice à l’apprentissage et à l’enseignement inclut désormais la directive du ministère de l'Éducation en matière d’utilisation contrôlée des appareils mobiles personnels en salle de classe.

On a toujours encouragé l’utilisation des cellulaires, mais seulement à des fins éducatives, donc avec cette loi on a juste formalisé cela dans le code de conduite, explique Ryan Bird, porte-parole pour le TDSB.

Selon la nouvelle directive ministérielle, chaque conseil décidera des sanctions imposées aux élèves contrevenants. La plupart des conseils laisseront la décision à la discrétion des écoles.

Les conseils scolaires francophones de la province avaient pour la plupart déjà mis en place des règles strictes sur l’utilisation des cellulaires en classe.

Au sein du conseil scolaire Viamonde, les appareils mobiles personnels en salle de classe ne sont déjà autorisés que dans un cadre pédagogique.

La nouvelle législation provinciale n’entraîne pas de changement, puisque les attentes provinciales sont conformes à nos pratiques actuelles, soutient le porte-parole du conseil scolaire, Steve Lapierre.

Un gros plan sur les mains d'une jeune fille qui tient un téléphone intelligent. Ses mains sont posées sur son pupitre d'école, par-dessus un cahier ligné.

Bon nombre de conseils scolaires avaient déjà mis sur pied des pratiques pour encadrer le cellulaire à l’école.

Photo : iStock

Au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, le surintendant de l'éducation Guy Dubois explique qu'il y a déjà une politique encadrant l’utilisation des cellulaires et autres appareils technologiques qui sont par ailleurs utilisés comme outils d’apprentissage.

Avec l'arrivée de cette note du gouvernement, on revoit notre code de conduite, en utilisant un langage plus commun et en uniformisant notre approche d'une école à l'autre, précise-t-il.

Une lettre sera aussi envoyée aux parents pour rappeler le message pédagogique et la directive du gouvernement.

Ça va peut-être obliger, dans certaines écoles, de rencontrer le personnel et d’apporter des précisions sur quand utiliser les cellulaires et comment, mais c’est plutôt une bonne chose.

Guy Dubois, surintendant de l'éducation

Le Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario a déjà mis sur pied une politique très avant-gardiste de l’utilisation des appareils mobiles, indique le directeur des services éducatifs, Éric Génier.

Nous ne cherchons pas à interdire l’utilisation des cellulaires, nous avions déjà un code de conduite prenant en compte ces enjeux-là et nous faisons confiance aux enseignants pour gérer leur classe.

De son côté, le Conseil scolaire catholique MonAvenir dit avoir bien reçu les consignes du ministère et de les respecter, sans toutefois préciser si cela entraînera un quelconque changement ou si les pratiques ont dû être révisées.

Le ministère de l'Éducation rappelle quant à lui que les conseils scolaires demeurent toutefois indépendants et, à ce titre, la responsabilité leur incombe de surveiller la mise en œuvre et l’application des politiques que le ministère leur impose.

Toronto

Éducation