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La pénurie de main-d'œuvre frappe de plein fouet les restaurateurs de l'Outaouais

Deux employées dans un restaurant.

La pénurie de main-d'œuvre frappe durement le milieu de la restauration en Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Radio-Canada

La pénurie de main-d'œuvre dans le domaine de la restauration touche durement l'Outaouais depuis plusieurs mois. Les restaurateurs doivent redoubler d'ingéniosité pour trouver du personnel et le retenir.

Lors de la dernière saison touristique, on dénombrait 13 000 postes vacants dans le domaine de la restauration dans la province. Selon l'Association restauration Québec (ARQ), ce nombre pourrait grimper jusqu'à 18 000 d'ici une quinzaine d'années.

On manque de serveurs, on manque de commis, même de commis-comptables, gestionnaires, pis c’est essoufflant, affirme Isabelle Lacroix, qui est copropriétaire du Groupe Portobella, qui compte environ 80 employés dans ses 5 établissements.

Une femme sourit à la caméra sur le comptoir d'un restaurant.

La copropriétaire du Groupe Portobella, Isabelle Lacroix, a de la difficulté à trouver de la main-d'oeuvre qualifiée pour ses cinq restaurants dans la région.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

On essaye de combler les trous avec les gestionnaires en ce moment, on essaye d'engager des gens qui viennent de l'extérieur, on essaye aussi d'engager des gens plus vieux, affirme Mme Lacroix.

On dirait que c’est arrivé d’un coup. Avant, je n’ai jamais eu de la difficulté à engager des gens. Je ne sais pas ce qui se passe, peut-être moins de gens, moins de jeunes, moins d'intérêt pour la restauration.

Isabelle Lacroix, copropriétaire du Groupe Portobella

La recherche de nouveaux employés représente maintenant un défi pour les restaurateurs, qui tentent d'attirer le même type de travailleurs. Selon l'ARQ, 43 % des postes en restauration sont occupés par des jeunes de 15 à 24 ans. Un bassin démographique qui est en décroissance de 9 % depuis 2012.

Un cuisinier prépare des tacos.

La pénurie de personnel touche durement les restaurants de l'Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie: Isabelle Lacroix

De nombreux restaurants doivent même restreindre leurs heures d'ouverture en raison du manque de personnel.

La rétention est le nerf de la guerre, soutient Martin Vézina, responsable des communications et des affaires publiques à l’ARQ. Je connais des restaurateurs qui donnent des primes de fin de semaine, d’autres qui donnent des bonus de présence. Par exemple, si vous restez un certain nombre de mois, il y a une prime en argent qui est versée. Certains restaurateurs paient les études de leurs employés-cadres afin de les garder.

Certains restaurateurs tentent d’attirer des employés en offrant de meilleurs salaires, mais leur marge de manœuvre est bien mince.

Tout le monde se bat pour les mêmes clients, donc si on augmente les prix pour donner plus d’avantages aux employés, il y aura moins de clientèle, les employés auront moins d’emplois. Ça peut être un cercle vicieux.

Tony Priftakis, propriétaire du Buffet des continents

Le problème, c'est que si on ajoute beaucoup [de salaire], c'est le consommateur qui va payer, affirme Tony Priftakis, propriétaire du Buffet des continents à Gatineau.

Un homme en entrevue regarde la journaliste.

Le propriétaire du Buffet des continents, Tony Priftakis, est d'avis que les restaurateurs doivent miser sur l'immigration et que les règles pour les travailleurs étrangers doivent être assouplies.

Photo : Radio-Canada

L’ARQ explore plusieurs pistes de solution pour amoindrir les effets de cette pénurie. L’harmonisation du calendrier scolaire collégial avec le calendrier universitaire pourrait permettre aux restaurateurs de profiter un peu plus longtemps du congé estival des étudiants.

Faciliter l’arrivée d’immigrants

La main d'une cuisinière qui prépare un taco.

L’ARQ croit qu’il faut miser sur l’immigration et simplifier le programme de travailleurs étrangers temporaires pour réduire les impacts de la pénurie de main-d'oeuvre.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

L'Association restauration Québec croit qu’il faut aussi miser sur l’immigration et simplifier le programme de travailleurs étrangers temporaires pour permettre plus facilement aux restaurateurs d’en profiter. Selon Martin Vézina, le processus comporte en ce moment beaucoup trop d’embûches.

Ce sont des contraintes qui font que, pour un gestionnaire de PME, c’est trop lourd d’aller chercher de la main-d'œuvre temporaire. Il faut assouplir ça, assouplir les délais. On attend parfois de six à huit semaines avant d’avoir les autorisations nécessaires pour faire venir des travailleurs temporaires, affirme M. Vézina.

Une génération qui a d'autres priorités

Même si certains restaurateurs réussissent à offrir un bon salaire, ce n'est pas nécessairement ce que la jeune génération de travailleurs recherche.

Chez ces jeunes, la qualité de vie prend souvent une place plus importante, et ils souhaitent de moins en moins avoir des horaires atypiques comme le nécessite le domaine de la restauration.

Un cuisinier prépare des plats.

Selon l'Association restauration Québec, le nombre de postes vacants dans le domaine de la restauration pourrait grimper jusqu'à 18 000 d'ici une quinzaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Travailler en restauration, c’est les soirs et les week-ends, donc c’est sûr que ça ne fait pas l'affaire de tout le monde, affirme Isabelle Lacroix.

On a commencé à leur donner les assurances collectives, le plan dentaire. Mais ce n’est pas ce qu'ils veulent, les jeunes. Ils veulent une qualité de vie, ils veulent être reconnus.

Isabelle Lacroix, qui est copropriétaire du Groupe Portobella

On les convoque en entrevue et la plupart du monde ne vient même pas. Ou s’ils viennent dans les entrevues et qu’on les embauche, ils ne viennent pas à leur première journée de travail, affirme Tony Priftakis.

Baisse marquée du nombre d’étudiants

Les élèves sont aussi moins nombreux à s'inscrire dans les cours de cuisine et de restauration au Centre de formation professionnelle de Buckingham.

Gérard Fischer, professeur de cuisine à l‘École hôtelière de l’Outaouais depuis maintenant 14 ans, constate les changements. On a moins de classes, moins d'élèves. C’est conjugué à plus d’absentéisme, moins de respect des horaires.

Des étudiants dans une cuisine.

Le nombre d'étudiants en cuisine est en baisse depuis quelques années au Centre de formation professionnelle de Buckingham.

Photo : Radio-Canada / Stephanie Allard

Le besoin urgent de main-d’œuvre et la baisse des inscriptions ont poussé le Centre de formation à offrir un nouveau programme, en partenariat avec les restaurateurs. Chaque semaine, les étudiants passent trois jours en classe et quatre jours en entreprise.

Mais pour les restaurateurs, le temps presse tellement que certains d'entre eux préfèrent former eux-mêmes la relève.

Si les restaurateurs sont prêts et que le chef est prêt à investir du temps pour former quelqu'un, ça peut être aussi bon que l'école, affirme Tony Priftakis.

L’ARQ croit qu’il faut aussi valoriser les métiers en restauration auprès des jeunes. L’organisme travaille d’ailleurs en ce moment avec d’autres partenaires du monde du tourisme à une campagne de promotion qu’il entend lancer sous peu.

Avec les informations de Stéphanie Allard

Ottawa-Gatineau

Emploi